1er décembre 2015

Un comité d'évaluation et de contrôle a présenté son rapport à l'Assemblée nationale : "Politiques en faveur de la mixité sociale dans l'éducation nationale". Le rapport ne semble pas en ligne.

Dans la présentation du rapport, sont rapportés, parmi les "facteurs de ségrégation sociale" le fait suivant (sans source) :

80% des classes de latinistes sont des classes majoritairement très favorisées.

Dans les collèges, la classe accueillant le plus de bons élèves est dans 78% des cas une classe bilangue et comprend dans 87% des cas des latinistes.

Yves Durand, co-rapporteur (PS) :

J'étais moi-même enseignant, comme beaucoup d'entre vous : il y avait ce qu'on appelait - je reprends ce terme parce que je l'ai entendu très souvent - il y avait ce qu'on appelait les classes MAIF... avec les fils de profs.

 

Compte-rendu dans "Libération" du 2/12/15 : "«La mixité sociale ne peut pas être l’alpha et l’oméga de la politique scolaire»"



Portrait de Loys
Loys a répondu au sujet : #914 il y a 1 an 4 mois

80% des classes de latinistes sont des classes majoritairement très favorisées.


Dommage que le rapporteur ne donne pas la source de son affirmation.

Selon le CNESCO lui-même, les latinistes ou hellénistes ne constituent pas des "classes", mais des groupes dans 81% des établissements (CNESCO, 2015). Quel sens donc de parler de "classes latinistes", si ce n'est pour laisser croire à une ségrégation latinistes/non latinistes dans les établissements ?

Par ailleurs, selon le MEN lui-même, la classe sociale la plus favorisée (classe A) représente 37% des élèves latinistes : elle bien sur-représentée, mais pas "majoritaire". De fait 48% des latinistes sont issus de deux classes sociales les plus défavorisées.

avenirlatingrec.fr/actualite/sur-les-blo...-de-profs-c-est-faux

Dans les collèges, la classe accueillant le plus de bons élèves est dans 78% des cas une classe bilangue et comprend dans 87% des cas des latinistes.

Il ne s'agit donc pas de ségrégation sociale ici, mais scolaire (fondée sur le niveau). Les latinistes sont souvent de bons élèves (à 44%) mais pas majoritairement.

Il faut surtout relativiser cette affirmation. Qu'une classe "comprenne" des latinistes montre bien que les latinistes sont répartis sur plusieurs classes. Mais surtout l'étude du CNESCO montre que 55% de la ségrégation scolaire et 75% de la ségrégation sociale au collège s'explique... par le hasard. La ségrégation scolaire "active" n'atteint que 9%, dans le pire des cas (en 3e) : il ne s'agit donc que d'un écart de deux ou trois bons élèves dans une classe...

www.laviemoderne.net/grandes-autopsies/123-mixite-impossible

J'étais moi-même enseignant, comme beaucoup d'entre vous : il y avait ce qu'on appelait - je reprends ce terme parce que je l'ai entendu très souvent - il y avait ce qu'on appelait les classes MAIF... avec les fils de profs.

Il s'agit d'abord des classes CAMIF, et non pas MAIF. Et le rapporteur se fonde sur une expérience relativement ancienne ("il y avait les classes MAIF") : si elles n'existent plus (comme l'a prouvé le CNESCO) pourquoi incriminer les malheureux latinistes actuels, répartis dans des groupes avec des horaires alignés (et donc pénibles) ?

Par ailleurs il est amusant de noter que pour un député socialiste, les classes sociales favorisées sont encore aujourd'hui incarnées par les enseignants (et leur mutuelle).