31 octobre 2015

Najat Vallaud-Belkacem a prononcé un discours à l'Institut de l'engagement, intitulé "Qu'est-ce qu'être populiste ?"

Certains extraits, très politiques, font curieusement écho aux débats sur l'école.

 

[…]

Les formes que [le populisme] revêt dans notre société, mais aussi dans l’Europe et dans le monde, ne convoquent le peuple que pour semer la discorde. Ces populismes n’appellent pas à l’union, mais à l’exclusion.

Ils exploitent une détresse réelle pour servir leurs propres intérêts. La logique du populisme est une logique du pire, face à laquelle notre réaction et notre mobilisation doivent être sans failles.

Le populisme dont je vais parler est donc, sans ambiguïté aucune, un populisme qui se caractérise par la prétention de défendre le peuple, mais qui repose en réalité sur des manipulations rhétoriques.

Il s’appuie aussi sur une valorisation indue du court terme, un critère que j’emprunte à Guy Hermet et qui me semble essentiel pour comprendre ce à quoi nous faisons face.

Le populisme promeut un temps rapide, une immédiateté qui s’oppose au temps long que suppose toute action politique concrète et ambitieuse. Démagogique, il désigne des boucs émissaires et simplifie à outrance.

Face à ce danger, l’école doit, au contraire, enseigner une pensée complexe. Elle doit même donner à nos élèves le goût de la complexité.

[…]

C’est un enjeu essentiel : lorsque les mots font défaut, la discussion, le débat argumenté, qui font la vie d’une république et qui l’ont façonnée au fil des siècles, s’amenuisent, s’affaiblissent, et la violence resurgit.

Athènes sans l’agora, Rome sans le forum, la France sans l’assemblée, sans ces éclats de voix et ces échanges francs et vigoureux, ne seraient pas des démocraties.

La maîtrise des subtilités, des nuances de la langue, la richesse du vocabulaire, ne sont pas du luxe : mais des moyens précieux pour appréhender la complexité du monde, développer une argumentation qui se nourrisse de la variété des points de vue, et pour façonner avec autrui une relation respectueuse et enrichissante.

[…]

C’est ainsi que nous renouons avec cette pensée complexe, chère à Edgar Morin, qu’il me semble si important de défendre au sein de l’école.

Parce que le problème d’une réponse simple, comme les populistes se plaisent tant à les brandir, c’est qu’elle ne tarde pas à se briser sur les écueils d’une réalité complexe.

Et que lorsque cela se produit, inévitablement, on voit alors surgir une autre facette du populisme, qui lui est inhérente : le complotisme et toutes les formes de désinformation.

Les formes nouvelles du populisme doivent beaucoup aux évolutions technologiques. Les rumeurs sont relayées à une vitesse phénoménale.

Les contre-vérités s’accumulent, s’entrelacent, et lorsque vous parvenez péniblement à démontrer la fausseté d’un article, des centaines sont déjà en train de prendre le relais.

Ces nouvelles formes ne se contentent pas de la sphère médiatique traditionnelle. Elles ne se réduisent ni aux écrans de télévision, ni aux pages des journaux. Elles s’insèrent chez chacun d’entre nous. Alors brillent, dans l’obscurité et le silence d’une chambre d’adolescent, à la surface de l’écran, des vidéos de propagande et des pamphlets.

[…]

Un élève qui clique les premières fois sur des sites complotistes, sera de plus en plus systématiquement renvoyé sur ces sites.

A chaque recherche, il appréhendera sa question par ce filtre.

S’il tape mon nom après avoir consulté des sites populistes, il trouvera de nombreuses vidéos lui montrant que mon unique but est, bien entendu, la destruction totale de l’école. Inversement, un autre élève, aura, avec une même recherche, des résultats opposés.

Cela vaut pour tous les sujets. Ne pas connaître le fonctionnement de ce moteur de recherche, c’est donc ne pas avoir conscience d’un phénomène très grave.

Lorsque vous circulez sur internet par le biais de Google, vous n’élargissez pas votre horizon. Vous ne vous ouvrez pas à d’autres points de vue. Vous êtes enfermés dans une bulle qui correspond à vos opinions et à vos préjugés initiaux. Le seul monde que vous découvrez est celui que vous connaissez déjà. Et vous ne le savez pas.

C’est ainsi que naît parfois une véritable spirale, dont les effets peuvent être dévastateurs, et qui nourrit l’intolérance, la division, et les populismes.



Portrait de Loys
Loys a répondu au sujet : #872 il y a 1 an 8 mois

Inversement, un autre élève, aura, avec une même recherche, des résultats opposés.

Parce qu'il aura consulté exclusivement le site du MEN ? ^^