30 septembre 2015

La directrice générale de l'enseignement scolaire (DGESCO), Florence Robine, intervient devant les personnels de direction à Caen. Pour le latin à partir de 1h11'40 :

La vidéo originale a été retirée par l'Académie de Caen le 8 octobre 2015.

Verbatim intégral de l'intervention :

Accueil par le recteur de l’Académie de Caen

 

Bonjour à tous et à toutes. Nous avons le plaisir d’accueillir Madame la Directrice Générale de l’Enseignement Scolaire, Florence Robine, qui vient nous préciser, comme nous l’avons dit soit jeudi soit vendredi les différentes orientations, les différentes (sic) points fondamentaux, les principes de la réforme du collège. Je vais pas être plus long parce que nous avons, euh, relativement peu de temps et je vais lui passer tout de suite la parole, et je compte effectivement aussi sur vous, pour ne pas hésiter à poser les quelques questions que vous avez à l’esprit et que nous n’avons pas pu aborder jeudi ou vendredi dernier. Florence, je te passe la parole.

 

Début de l’intervention de Florence Robine

 

Merci, M. le Recteur, Mesdames et Messieurs, Monsieur le Secrétaire Général, Mesdames et Messieurs, je suis vraiment ravie d’être parmi vous aujourd’hui. J’espère que ce sera une session intéressante et que vous allez vraiment pouvoir recevoir les informations dont vous avez besoin, et surtout, que nous puissions échanger, et effectivement, que vous puissiez poser absolument toutes les questions que vous souhaitez. En plus c’est une matinée assez importante puisque la Ministre ce matin fait la conférence de presse sur l’évaluation, donc, j’aurai le plaisir aussi de vous commenter cette partie sur l’évaluation, vous pourrez poser toutes les questions que vous souhaitez parce que nous sommes un peu au courant à la DGESCO, quand même, de ce qui se passe sur ce sujet.

Alors j’y vais, euh, j’y vais tout de suite.

Ce dont je voudrais vous parler en fait ce matin, vous allez le voir, c’est finalement un peu moins, mais j’en parlerai, des organisations concrètes, de la façon dont nous allons mettre en place la réforme du collège, mais j’en parlerai, que de l’esprit de cette réforme et du sens. Pour moi, c’est un point absolument essentiel, expliquer, finalement, en quoi cette réforme est d’abord et avant tout une réforme pédagogique, une réforme globale, voilà, pour que vous puissiez avoir tous les éléments essentiels pour effectivement l’expliquer aussi aux familles et travailler sur cette question avec vos équipes.

Alors cette réforme globale, je vais tout de suite en parler. En fait pourquoi est-ce que nous faisons une réforme sur le collège?

D’abord parce que le législateur nous l’a demandé et que c’est clairement inscrit dans la Loi de Refondation de l’Ecole, et d’autre part parce que nous savons bien que, effectivement, il est absolument indispensable de remédier aux insuffisances caractérisées du collège, que nous pouvons assez identifier. Alors je ne vais pas revenir sur les indicateurs globaux de réussite, etc., les évaluations, tout ça, je sais que vous connaissez. Non, je vais plutôt mettre l’accent sur les, finalement ce que tout le monde sait, lorsque les recteurs, les inspecteurs d’académie, les inspecteurs vont à la rencontre des principaux et des profs, je veux dire, nous connaissons parfaitement les points qui dysfonctionnent dans les collèges sur lequel (sic) tout le monde voudrait avancer.

Le premier, la première des grandes difficultés du collège, nous le savons bien, c’est la très grande hétérogénéité des élèves. C’est LE lieu de l’hétérogénéité des élèves. Les écoles sont moins hétérogènes parce que elles (sic) ont des bassins de recrutement assez circonscrits, bon, quelquefois y a des homogénéités qui sont pas faciles non plus à vivre, mais quand même, les lycées évidemment par construction le sont moins, le collège, c’est le lieu où tous les élèves de France se retrouvent, et d’ailleurs, j’en reparlerai, de ce point de vue là. Tous les enseignants, tous les principaux nous disent que les organisations sont trop rigides, “Laissez-nous vivre, ouvrez un peu les fenêtres pour que nous puissions nous adapter à la réalité de nos élèves”. Or nous savons bien que par rapport au lycée, effectivement, les organisations ne sont que très peu flexibles et que finalement il faut trouver tous les contournements possibles et imaginables pour arriver à faire évoluer un peu cela.

En ce qui concerne les contenus, bien entendu vous savez que le socle commun ne date pas de l’année dernière, que depuis la loi de 2005 nous avons beaucoup travaillé les uns et les autres sur la mise en place du socle commun. Moi-même à l’époque j’étais inspectrice générale de l’Education Nationale et j’avais en charge une partie de cette mise en œuvre sur le pilier 3 en particulier, tout ce qui concerne les sciences. Dix ans après, le constat est quand même extrêmement mitigé, on va dire, hein. Il y a des établissements qui se sont emparés du socle et qui ont quand même beaucoup de mal à y travailler, et puis on sait bien que dans la très grande majorité des établissements, nous n’avons pas vraiment réussi à mettre le socle au cœur de la pédagogie, au cœur des enseignements, pas tellement parce que, et même pas du tout parce que les principaux n’ont pas essayé de le faire, ou parce que les inspecteurs n’ont pas accompagné, mais parce qu’objectivement, rien ne le permettait. Lorsque nous avons des programmes qui ont juste rien à voir (sic) avec le socle commun, des évaluations qui sont totalement déconnectées des objectifs également du socle, beh nous sommes en vraie difficulté. Donc ce manque total de cohérence à l’heure actuelle de la politique éducative qui est menée au collège ne peut plus, à l’évidence, perdurer.

Alors, est-ce que nous n’avons rien fait? Non, y a beaucoup de points qui sont très positifs. Evidemment que (sic) il y a des collèges très ouverts sur le monde, en partenariat, qui mènent des dynamiques de projets, des projets innovants, qui sont le plus inclusifs possible pour traiter l’hétérogénéité des élèves, évidemment qu’il y a des enseignants très innovants sur les questions d’évaluation, nous le savons bien. Mais le problème est bien là. Il y a DES collèges, il y a DES professeurs, et de ce point de vue là, si nous voulons absolument gagner la bataille de la réussite de tous les élèves au collège, et finalement prendre vraiment à bras le corps cette question de l’échec durable d’une certaine frange de nos élèves, eh bien il est indispensable que nous ayons un saut qualitatif important. Nous ne pouvons pas nous contenter de nous cacher derrière les collèges qui avancent et les professeurs qui veulent bien le faire.

Donc c’est ce saut qualitatif, c’est ce changement presque, ce changement d’échelle, j’oserais dire changement de paradigme, un petit peu, que nous devons absolument réussir. Avec une ligne d’horizon extrêmement importante, je dirais une ligne rouge absolument et totalement infranchissable, c’est notre conviction absolue que tout ceci doit se faire dans le cadre du collège unique. Ça c’est vraiment une ligne de démarcation entre une certaine conception de l’école, que je qualifierais de républicaine, et d’autres conceptions. Et ça, ça fait vraiment une barrière infranchissable, de notre point de vue, donc voilà, qui nous oblige, très clairement. Oui, nous pensons fondamentalement, et c’est au cœur du code de l’éducation et de la loi de refondation, que le collège a vocation à accueillir tous les élèves du sol, qui sont sur le sol de France, quelles que soient leurs difficultés, quelle que soit leur origine, quel que soit leur bagage, intellectuel, social, culturel, et que ceci génère, par essence, une hétérogénéité assez forte des élèves. Et si pour autant nous voulons gagner la bataille de la réussite de tous les élèves, alors il est absolument nécessaire d’appuyer sur tous les leviers que nous connaissons et qui doivent permettre véritablement ce changement d’échelle.

Pourquoi est-ce que je dis que nous connaissons ces leviers? Parce que ce que nous proposons de faire dans la réforme du collège n’a rien d’extrêmement novateur, d’ailleurs beaucoup d’enseignants nous disent “Mais enfin ça, on le fait déjà!”, ben oui ça on le fait déjà mais on le fait par petits bouts, ici ou là, et sans que ça ait vraiment changé, nous le savons bien, la réussite globale des élèves. Alors effectivement, ces leviers, nous les connaissons. Nous savons parfaitement tous, les uns et les autres, ce qu’il faut faire pour faire réussir tous les élèves. Rappelons-le, et puis ce sont des choses que nous avons tous déjà faits (sic) ici ou là, je le rappelle, et à des moments donnés.

Nous sommes absolument convaincus que, effectivement, à partir du moment où nous avons une hétérogénéité aussi importante des élèves, il faut laisser aux élèves le temps d’apprendre. Les élèves n’arrivent pas tous avec le même bagage, ils ont besoin de temps différents pour apprendre, donc cette question de la temporalité des apprentissages, elle est essentielle et elle se traduit par la logique des cycles. La logique des cycles ça n’a rien de nouveau. Ça fait déjà un certain nombre d’années que nous avons essayé de l’implanter. Simplement quand on essaie de mettre en place des cycles en ayant quand même toujours des programmes annuels, en ayant des évaluations couperets à la fin de chaque année, des redoublements ou des choses comme ça, qu’est-ce que ça veut dire qu’une logique de cycle? Ça n’a pas de sens et nous n’avons pas vraiment réussi à la mettre en œuvre, nous le savons bien les uns et les autres.

Si nous voulons accueillir des élèves très différents dans nos classes, tous ensemble, il n’y a pas 25 façons de le faire. Il faut que les organisations pédagogiques permettent les plus grandes variations possibles de démarches pédagogiques et j’y reviendrai, et c’est cela, un peu, cette souplesse, cette marge d’autonomie, que nous voulons, absolument, mettre en place.

Nous savons que nous devons accompagner tous les élèves, ce que nous ne faisons pas, à l’heure actuelle. Nous savons également que nous devons repenser l’évaluation, parce qu’une évaluation qui s’adresse à tous les élèves doit permettre de suivre, enfin d’abord, de diagnostiquer, d’évaluer leurs besoins, et d’avoir, effectivement, un suivi de leurs progrès, d’être au service des progrès des élèves, ce qui ne veut pas dire une évaluation laxiste qui dit à tout instant “Tout va très bien, Madame la Marquise!”, c’est pas ça, mais de très clairement savoir où en est chaque élève, quelles sont les barrières qui sont devant lui et comment on va l’aider à les franchir. Et puis je crois que, fondamentalement, depuis les évolutions des formations des enseignants, de leur recrutement, nous ne pouvons plus agir comme si ces enseignants n’étaient pas des cadres, comme si l’encadrement n’était pas capable de mener un vrai pilotage pédagogique de qualité. Donc moi je crois fondamentalement que le système éducatif ne peut pas s’adapter à la diversité des situations qui existent sur ce territoire, non seulement des élèves dans les classes, mais du point géographique, du point de vue social sur l’ensemble du territoire français aussi complexe, si nous ne donnons pas aux acteurs la capacité d’agir sur leur environnement professionnel immédiat et ça, c’est un point absolument essentiel donc oui, il faut aller vers davantage d’autonomie, de marge de manœuvre des établissements, même si c’est difficile et qu’on est loin encore d’avoir totalement abouti sur cette question.

Donc tous ces leviers-là vous les connaissez, nous avons tous essayé de les mettre en œuvre à des moments donnés, mais nous avons globalement échoué parce que nous n’avons pas réussi à le faire de manière cohérente et coordonnée. Et je crois que c’est ça la question.

Alors, rappelons-nous quand même que la réforme du collège telle que nous vous la présentons elle ne date pas d’y a trois jours, hein, elle n’est pas sortie de notre chapeau récemment. C’est un long processus, que je vous rappelle là, brièvement, qui date d’abord de tout ce qui s’est fait dans les années passées, les dizaines d’années passées, qui s’est concrétisé autour de la concertation nationale de 2012, la Loi de Refondation. Si vous relisez le rapport annexé, vous retrouverez les grandes lignes de la réforme des collèges, ce qui veut dire que c’est la représentation nationale qui nous demande très clairement de mettre au cœur de la scolarité obligatoire en particulier l’obligation de construire pour tous les élèves les compétences et connaissances du socle commun. Depuis lors, eh bien nous avons pris un certain nombre de décrets d’application, évidemment nous avons travaillé sur la priorité au premier degré qui reste toujours totalement d’actualité, ai-je besoin de le dire?, mais nous sommes en demeure, effectivement, d’aller jusqu’au bout de la Loi de Refondation, et cette année 2015, c’est l’année d’appropriation, de formation, d’anticipation. Une année entière, plus d’une année entière parce que ça fait quand même un moment qu’on y travaille, et une année entière pour vraiment travailler sur cette mise en œuvre, c’est à la fois beaucoup, beaucoup parce que je crois qu’on n’a jamais eu, dans une réforme, autant de temps et un plan, en particulier de formation, d’une aussi grande ampleur, et il va falloir que vous y travailliez de façon très ardue, je vous le dis tout de suite, et d’autre part c’est court, parce que nous avons beaucoup de choses à faire, beaucoup de choses à faire pour aboutir à une mise en œuvre optimale à la rentrée 2016, parce qu’en effet, vous le savez, 2016, c’est l’année de la mise en œuvre, et nous avons fait le choix de mettre en œuvre cette réforme simultanément sur tous les niveaux. Alors pourquoi?

Pourquoi cette idée bizarre et pourquoi nous n’avons pas, comme d’habitude, échelonné ceci d’année en année, puis en plus, y avait des nouveaux programmes, on aurait pu commencer au CP, et puis 10 ans après, nous aurions fini en 3e…Bon. Si vous avez bien compris ce que j’ai essayé de vous expliquer depuis le début de mon intervention, nous sommes absolument convaincus que la clef de la réussite réside dans le fait que nous actionnions tous ces leviers en même temps, et non plus de façon totalement incohérente comme nous l’avons fait jusqu’à présent.

Qu’est-ce que c’est qu’une réforme globale qui serait mise en œuvre par petits bouts? Ça n’a évidemment pas de sens. Si nous voulons de façon drastique changer la (sic), mettre en place une logique de cycle, donner le temps aux élèves d’apprendre, faire en sorte que le socle soit au cœur de la problématique, l’évaluation des élèves etc., alors il n’y avait pas d’autre façon que de faire ça de façon globale sur l’ensemble des niveaux. Evidemment, c’est compliqué, ça augmente, d’une certaine part, la difficulté, mais je ne vois pas comment nous aurions pu dire que (sic) il fallait donner du temps aux élèves parce qu’actuellement ça n’allait pas, que les programmes n’allaient pas, que le socle n’était pas mis en œuvre, que l’évaluation ne convenait pas, mais tant pis pour les élèves de 5e, 4e et 3e.

Et puis en plus, n’oublions pas que la clef de voûte pour moi étant quand même la question de l’évaluation des élèves, quand on connaît l’importance du pilotage par les examens dans notre système, il était guère pensable de commencer en 6e et d’avoir un nouveau Brevet en 2020 ou en 2021. Là, le nouveau Brevet il aura lieu en juin 2017, ça veut dire que dès septembre 2016 il faudra être totalement impliqué dans la réflexion sur l’évaluation des élèves et que l’obligation de mettre en œuvre ce nouveau Brevet rejaillira évidemment sur la façon dont on travaillera tout au long de l’année scolaire. Donc oui, c’est un vrai défi, mais nous n’avons plus tellement le temps de tergiverser autour de tout cela.

Alors je voudrais vous expliquer un petit peu comment je vois, finalement, cette réforme du collège, et d’abord vous dire que si vous pensez que la réforme du collège c’est le décret qui est là (montre le tableau derrière elle), tout en bas, c’est-à-dire uniquement celui sur l’organisation des enseignements au collège, c’est-à-dire la grille horaire, l’accompagnement personnalisé, les EPI, vous passez à côté de la très grande majorité de l’esprit de la réforme du collège. La réforme de la scolarité obligatoire, c’est justement, on va dire, un ensemble qui s’emboîte, de décrets qui s’emboîtent les uns dans les autres que je vous ai présentés ici (montre le tableau derrière elle) et qui ne prennent véritablement leur sens que si on les voit tous ensemble. D’abord, tous les décrets que vous connaissez puisque nous les avons pris en 2014 essentiellement, sur euh, le décret sur les instances pédagogiques, par exemple, qui revisite, euh, le rôle du conseil pédagogique, le rôle du conseil de cycle, celui sur le conseil école/collège, le décret sur les cycles d’enseignement, vous voyez bien que tout ceci est un élément absolument essentiel de la réforme du collège, je vous en ai expliqué (sic), c’est l’un des leviers, plusieurs des leviers dont je vous ai parlé juste avant. Evidemment en ce qui concerne les contenus, le décret sur le socle commun est absolument essentiel et pour une fois nous avons pris les choses dans le bon ordre, c’est-à-dire que, à la suite du décret sur le socle, viennent les travaux sur les programmes, dont la dernière proposition du Conseil Supérieur des Programmes a été présentée il y a maintenant un peu plus d’une semaine, ce n’est pas encore la version définitive puisque la version définitive sera celle que nous adopterons à la fin du Conseil Supérieur de l’Education qui aura lieu eh bien, euh, la semaine prochaine d’ailleurs, sur plusieurs jours et plusieurs nuits, je pense, tels qu’on est partis. Donc oui, ça c’est très important, ça veut dire qu’on désormais des programmes qui sont totalement articulés au socle commun et qui vont nous permettre de mettre cette logique des cycles véritablement en application. Evidemment le décret sur l’évaluation, dont la Ministre parle tout à l’heure, ce matin, et que nous présenterons au Conseil Supérieur de l’Education mi-octobre, lorsque nous le publierons nous aurons parachevé cette, voilà, cette présentation globale de la réforme, avec un décret dont je vous ai pas encore parlé et qui, pour moi finalement, est le décret central.

Si on me demandait “Qu’est-ce qui représente le plus la réforme du collège?”, je vous dirais que c’est le décret sur le suivi et l’accompagnement pédagogique, que nous avons publié en 2014. Vous savez, c’est celui que, dont les medias ont juste retenu qu’il installait une interdiction du redoublement. Si vous le relisez attentivement, vous verrez qu’il prône justement l’accompagnement pédagogique pour tous les élèves comme but, comme méthode pour l’ensemble de la scolarité obligatoire afin de traiter à la fois l’hétérogénéité de élèves dans le cadre du collège unique, j’y reviendrai dans quelques instants.

Alors concrètement, cet agenda comment est-ce qu’il se décline dans un établissement scolaire? Alors ça c’est vraiment le travail de l’Académie donc je ne vais pas m’y appesantir, c’est le pilotage académique qui prend en charge cette partie. Je peux simplement vous rappeler que le fil rouge tout au long de l’année, c’est bien la formation des personnels, c’est le cœur du travail que l’Académie, et donc vous, avez à construire cette année, avec l’effort absolument gigantesque, et si je peux me permettre, l’essentiel des forces qui est vraiment jeté dans cet accompagnement. (intervention du Recteur: “J’ai appelé ça, LA priorité n°1”) Ben oui, tu as totalement raison, c’est LA priorité n°1, qui sera scrutée de très près par la Ministre et l’Administration Centrale, et qui se décline d’abord, dans une première partie, autour de la formation des cadres, et on peut dire qu’aujourd’hui, c’en est un des éléments mais il y aura certainement d’autres événements également, peut-être avez-vous participé aussi aux journées nationales de lancement que nous avons effectuées le 22 et 23 septembre à l’ESEN, dans lequel (sic) nous avons à la fois présenté, évidemment, ce que allions faire au niveau national, l’accompagnement que nous allons faire des académies, et puis les outils que nous allons commencer à mettre à disposition des académies et des cadres.

Pour moi c’est aussi le moment de revisiter peut-être un petit peu dans les établissements un des outils de pilotage essentiels qui doit être préexistant à la réflexion sur les organisations, c’est-à-dire la question du projet d’établissement et du contrat d’objectifs, parce que quelque part, je le redis très clairement, la réforme du collège, les organisations des enseignements ne sont que des moyens au service des objectifs collectifs que nous nous posons et que nous a posés la représentation nationale à travers la Loi de Refondation. Et dans un établissement scolaire ça se traduit concrètement par le projet d’établissement et donc se dire, voilà, on a fait un diagnostic assez clair de notre établissement, on sait vers quoi on veut aller, comment nos organisations vont nous permettre d’atteindre effectivement ces objectifs. Tout le travail ensuite il va être, effectivement, concrètement sur la réflexion, la construction des organisations pédagogiques de l’année prochaine. Alors, en grosse masse, sans aller dans le détail, il faut évidemment que ce travail-là soit fini relativement tôt, c’est pour ça qu’il va, il faut s’y mettre, hein, dans la mesure où il serait quand même de bon goût qu’avant la répartition de la DHG, la remontée des TRM, vous ayez une claire vision de l’organisation pédagogique, ce qui ne veut pas dire que tout est terminé en janvier, y aura encore beaucoup de travail pour affiner, pour savoir ce que l’on va mettre dans les contenus, comment on va travailler sur l’évaluation des élèves, etc., etc., donc tout ça va s’affiner au cours de l’année scolaire. Donc voyez qu’on a à la fois beaucoup de temps, et pas de temps à perdre.

Alors je rappelle très (on lui amène une bouteille d’eau), ça c’est gentil, merci, je rappelle très brièvement les demandes de la Ministre en ce qui concerne la formation des personnels, dont je rappelle qu’elle est de la responsabilité de l’Académie, euh, formation sur le numérique, autour du plan numérique, qui dépend vraiment du degré maturité (sic) on va dire de l’académie en termes de formation, qu’est-ce qui s’est passé les années précédentes, combien de référents numériques vous disposez, comment a été déployée jusqu’à présent la formation sur le numérique, voilà, dans ce cadre-là, environ 3 jours, pour tous les enseignants, et puis de manière absolue et incontournable, 5 journées pleines de formation qui peuvent être décomposées en demi-journées, hein, mais 5 équivalents journées de formation pour tous les enseignants du collège, et pour les CPE, avec, en grosse masse, deux journées environ sur les nouveaux programmes, donc disciplinaires, et 3 journées sur les axes de la réforme, c’est-à-dire, euh, eh bien l’évaluation des élèves, comment est-ce qu’on travaille de manière collégiale et collective, évidemment, la démarche de projet, l’interdisciplinarité, l’accompagnement personnalisé, euh, le travail en inter-cycles et singulièrement autour du cycle 3, tout ceci, non décorrelé si possible mais vraiment traité en transversalité, et puis relié également aux programmes, il ne faut pas que ceci soit un patchwork de formations disséminées les unes par rapport aux autres.

Alors avec une injonction paradoxale à traiter, c’est le propre d’un système qui travaille sur l’humain, d’avoir à traiter des facteurs qui ne vont pas forcément tous dans le même sens, c’est l’absolue nécessité que tous les enseignants soient formés sur un volume conséquent, et l’absolue nécessité de ne pas trop désorganiser les collèges (rires et rumeurs dans la salle), pour faire en sorte, évidemment, pour une raison simple et évidente, c’est qu’il est hors de question, vous imaginez bien, de décider que les collèges de l’académie de Caen vont fermer pendant 5 journées pleines et mettre les élèves dehors pendant ces 5 journées. Je voudrais pas être à votre place si, quand vous allez annoncer ça aux parents par exemple. Donc c’est, évidemment, totalement impossible.

Donc, ben c’est le travail de l’académie de trouver les solutions pour que ça se fasse, en lien avec vous (gloussements dans la salle). Très concrètement, chaque académie va voir ça de façon différente, hein, par rapport à ses méthodes d’organisation sur les formations, donc il faut qu’il y ait un vrai travail collectif et un travail de proximité sur cette question, voilà. Je vous rappelle quand même que dans le décret sur le calendrier scolaire, vous avez sûrement vu que (sic) il y avait une petite ligne en bas, je reconnais qu’elle était en police 4, (F.Robine roule des yeux, rires dans la salle) mais comme vous le savez, c’est ces lignes-là qui sont les plus importantes, hein, généralement, qu’est-ce qu’elle disait, cette petite ligne? Alors y a une partie que les organisations syndicales ont bien vue, c’est celle qui disait, alors y a deux journées de pré-rentrée, dont l’une aura lieu le 31 août, (aparté au Recteur, accompagné d’un geste de la main mimant sans doute la vigueur des réactions provoquées par le choix de cette date: “ça, ça a...”), et donc l’autre, eh bien l’autre, éventuellement décomposable en deux demi-journées, est laissée à la main des recteurs et des inspecteurs d’académie, en particulier pour organiser des sessions de formation. Donc nous avons, vous avez déjà, non seulement la possibilité, mais la nécessité absolue d’utiliser ces deux-demi-journées que nous doivent les enseignants, pour organiser des temps de formation. Et d’autre part, je rappelle, parce que je lis ce que je lis, je vois ce que je vois, j’entends ce que j’entends, je rappelle que ces formations, elles doivent se dérouler sur le temps de travail des enseignants, mais que le temps de travail des enseignants (intervention du Recteur: “1607 heures…”) très clairement, relisez le décret de 2014, ne peut pas se confondre avec le temps de face-à-face pédagogique devant les élèves, le temps de travail des enseignants, c’est 1607 heures réparties sur 36 semaines. Quand on est encore, au-dehors de ces 36 semaines, par exemple au hasard en vacances (rires discrets du recteur), là, y a pas d’obligation, on est vraiment sur le volontariat, c’est à la main des académies suivant l’ambiance on va dire, suivant le climat social, sur base du volontariat et nous avons dégagé des moyens pour avoir une rétribution, on va dire, sur la base du DIF, pour ces enseignants, si l’académie le souhaite, mais pour le reste, la formation, elle est absolument indispensable et elle doit se dérouler sur ce temps de travail. Ça veut dire, comme à l’heure actuelle, ça peut être évidemment en partie sur le temps de cours, nous savons bien qu’il y aura des heures de cours qui seront supprimées, et en partie hors du temps de cours des enseignants, d’où la nécessité d’organiser suffisamment de vagues successives et, pour faire en sorte que ça ne désorganise pas trop es établissements, tout en ayant, euh, nous savons bien que (sic) il faudra réorganiser une partie des emplois du temps, trouver toutes les niches possibles , le travail avec les partenaires, les associations, les 3e sont en stage, quand les 3e, les classes sont en dehors, voilà, et puis une partie de réorganisation des emplois du temps. Mais là c’est vraiment le travail de l’académie d’organiser au plus près des établissements scolaires.

Alors, un p’tit focus sur (elle boit) des points très importants, qui les plus, voilà, les messages les plus importants que je souhaite faire passer.

D’abord, évidemment, la très grande importance des nouveaux cycles, mais ça, vous connaissez ça par cœur. Je vous rappelle simplement que nous avons pris au mois d’août un décret modificatif qui repousse l’entrée en vigueur des cycles à la rentrée 2016, sauf pour le cycle de maternelle, qui lui est en vigueur à cette rentrée, avec les nouveaux programmes. Je ne saurais trop attirer votre attention sur le cycle 3 mais vous l’avez déjà bien perçu.

Ensuite je voudrais vous parler de ce que je vous ai dit tout à l’heure, c’est-à-dire que pour moi le cœur du sujet, qui doit absolument être travaillé de façon préalable, en communication, en formation, en prise de conscience, aussi bien d’ailleurs pour les cadres que pour les enseignants, c’est la question de l’accompagnement pédagogique. Je redis notre conviction absolue, vous l’avez bien compris, autour du collège unique et ça se traduit très clairement par, voilà, cet article du Code de l’Education. C’est un axiome, c’est un postulat de départ, celui sur l’éducabilité de tous les élèves. A partir de ce moment-là, si nous considérons bien que tous les élèves peuvent apprendre, tous les élèves peuvent progresser, mais qu’ils sont néanmoins tous différents, et qu’ils sont éduqués dans le même lieu, c’est-à-dire le collège unique, alors là comment est-ce qu’on fait?

Y a pas 25 façons, y en a que 2, éprouvées, éculées, que nous connaissons mais que nous n’avons jamais vraiment mis (sic) en œuvre et mis au cœur de notre politique, deux façons de faire, ensemble: la diversification, c’est-à-dire le fait que nous ayons une palette suffisamment variée d’organisation des enseignements, donc évidemment nous ne disqualifions absolument pas les organisations traditionnelles, c’est-à-dire une classe, une heure, un professeur, une discipline, qui vont rester, quand même, le cœur du fonctionnement du collège, donc nous n’avons pas du tout mis à mal cela, mais ce n’est pas suffisant, il est absolument indispensable, et c’est pourquoi nous l’avons pris de façon réglementaire, que soit inscrit dans l’ADN du collège qu’il y a d’autres façons de prendre en charge les élèves. Quelques exemples, qui ont été mis là, les groupes de compétences, les groupes de besoins, travailler en plus petits groupes, travailler en séance de manipulation, travailler en atelier, en recherche documentaire, être à l’extérieur du collège, en autonomie, en partenariat, etc. etc. Et je me permets d’insister sur quelque chose qui pour moi est fondamental, diversifier parce qu’on a des élèves hétérogènes, ça n’est pas créer un nouveau dispositif à chaque fois pour traiter ces élèves. “Alors je vais diversifier, on va diversifier hein, mais plutôt dans l’autre classe là-bas, avec d’autres enseignants”, non, c’est pas ça diversifier, c’est pas exclure, c’est pas mettre de côté, ça, c’est pas de la diversification, c’est le contraire.

Et l’autre jambe, si je puis dire, de ce que nous voulons mettre en place au collège, et voilà pourquoi nous avons pris un certain nombre d’axes que vous connaissez dans la réforme, c’est la différenciation pédagogique, c’est-à-dire au sein d’une palette d’organisations différentes, ok, on est en groupe-classe, pas de problème, ou on est en petit groupe, pas de problème, ou on est… eh bien, rien, ça ne suffit pas, il faut absolument que (sic) on ait une variation des démarches pédagogiques, pour être capable de prendre en compte les besoins, variés, des élèves.

Ça c’est un point extrêmement important, ça veut dire que au sein d’un groupe, enfin au sein du groupe-classe, ou même, des groupes à effectif réduit ou etc., il faut qu’on ait des démarches variées. D’où la nécessité par exemple, de travailler de façons différentes, et je voudrais vraiment de ce point de vue-là, et j’espère que le travail autour du cycle 3 sera une vraie prise de conscience, en particulier au collège, que l’on s’inspire un peu de ce que bon nombre d’écoles élémentaires savent faire et beaucoup mieux faire que le second degré, c’est-à-dire, du travail en îlots, être capable de mettre des élèves en autonomie, qu’ils travaillent sans le prof, oui, c’est possible: on n’a pas forcément besoin d’un enseignant, pour apprendre, à condition qu’on l’ait de façon suffisante quand on en a besoin, du travail en autonomie, du travail en co-intervention avec plusieurs enseignants, du travail avec un enseignant près de soi pour un petit groupe, du travail entre pairs, le tutorat entre pairs tellement important, les élèves, dans certains cas, apprennent mieux en se parlant les uns les autres qu’en écoutant le professeur. Et en se parlant les uns les autres, ça veut dire beaucoup de choses. Ça veut dire qu’on peut accepter par exemple non pas un chahut organisé, mais un bourdonnement de travail dans un côté, ce qui est tellement incompréhensible dans nos collèges alors que ça existe dans les écoles et que ça existe dans bon nombre de pays, c’est assez intéressant d’ailleurs, à voir. Moi ce que je voudrais dire c’est que je m’interroge, quand même, sur la cataclysme annuel et sournois qui s’abat sur notre pays tous les étés, et qui fait que des élèves de CM2 que vous allez voir au mois de mars, avril, mai, et qui sont capables de travailler, comme ça, en autonomie, et qui ont tout à fait le droit de se lever, (lève les yeux au ciel, pose sa main sur son front), non non mais c’est vrai, hein, ils ont le droit de se lever tout seuls, sans demander 25 fois la permission, dans la classe, pour aller chercher un outil, pour aller chercher un document dont ils ont besoin, soudainement, passé l’été et arrivant en classe de 6e, se transforment en une horde de sauvages qu’il faudrait absolument canaliser, maîtriser, formater, inscrire sans bouger, assis devant sa (sic) chaise à noter ce qui est au tableau. Je caricature mais quand même, j’en suis pas très loin, quand même. Je veux dire faisons peut-être un peu confiance à ce qui s’est créé au long des années en termes de mise en autonomie des élèves et peut-être basons-nous un petit peu sur cela pour faire évoluer un peu le collège.

Et je le redis, encore, quand je dis ça aux enseignants, ça a un succès mitigé en général hein, mais ça me trouble pas outre mesure, j’ai une conviction absolue aussi dans l’éducabilité de nos enseignants et dans la formation, et en général ils me rétorquent: “Mais vous n’y pensez pas! Comment voulez-vous faire de la différenciation pédagogique dans une classe de 30 élèves, de 25 élèves, de 23, de 18 quand je vais en CAP, et de 12 élèves, de 8? C’est pas possible, Madame, parce qu’on peut pas faire 25, 20, 18 cours particuliers!”

Je le redis, la différenciation pédagogique, ce n’est pas l’individualisation, ce n’est pas une somme de cours particuliers. Donc voilà, ces deux pans-là, diversification/différenciation, nous avons vraiment voulu les mettre au cœur du projet qui est d’abord et avant tout un projet pédagogique, et ce sont les organisations qui doivent suivre à partir de ces principes-là et pas le contraire. On voit bien l’effort énorme que nous allons devoir faire en termes de formation, d’accompagnement, et je me permets de dire, M. le Recteur, que tout ceci ne pourra évidemment pas être résolu, malgré l’effort que vous allez entreprendre, en 5 jours de formation durant l’année qui vient, que tout ceci doit s’accompagner d’un très fort travail de l’ESPE, en particulier, parce que si nous n’aurons que 5 jours de formation continue, les futurs professeurs qui vont arriver tout frais émoulus de l’ESPE en 2016, eux, ont une année de formation devant eux, et j’espère bien que cette année sera mise à profit pour mettre en place, euh voilà, d’autres mécanismes, d’autres visions, qui pourront essaimer aussi dans les établissements où ils seront nommés. Et puis d’autre part, que nous continuerons les efforts de formation dans les années qui suivent, également.

Alors, je vais vous parler un peu d’évaluation parce que c’est l’actualité du jour et peut-être pour que vous puissiez poser les questions par rapport euh… et puis vous savez, ne lisez pas trop les journaux, si je peux vous donner un conseil. Faites comme moi, ne lisez plus rien. Vous vivrez beaucoup mieux, vous dormirez mieux la nuit, et puis vous éviterez de lire des tas de bêtises incohérentes, en plus, hein…

Alors, quels sont les 3 piliers du travail que nous menons sur l’évaluation?

Premier pilier: nous souhaitons absolument sortir de la schizophrénie actuelle entre l’évaluation des savoirs et des connaissances des programmes et d’autre part l’évaluation des compétences du socle, les unes n’ayant rien à voir avec les autres, d’où cette chose bizarre à laquelle j’ai contribué, donc je me flagelle tous les jours, (elle mime la flagellation), qui est le livret personnel de compétences, dont je persiste à dire qu’il était très intéressant, mais à condition d’avoir… s’il avait été coordonné au travail que font les enseignants tous les jours. Mais à l’heure actuelle, cette chose, vous vous rappelez, avec plein de cases, là, vous savez, cette chose que les principaux de collège, euh, cochent tout seuls dans leur bureau, la veille au soir du DNB… vous voyez ce que je veux dire? (intervention du recteur: “Pour faire remonter la barre…hein…”)… que même certains recteurs ou rectrices ont quelquefois fait toutes seules aussi dans leur bureau la veille au soir, mais je ferme cette parenthèse douloureuse. Alors comment faire pour sortir de cette euh, schizophrénie?

Eh bien nous avons l’absolue conviction que puisque les programmes sont clairement référencés au socle, si vous avez regardé l’architecture, volet 1 les objectifs, volet 2 , pour chaque discipline du collège, le programme indique clairement comment cette discipline doit contribuer à la construction des compétences des divers domaines du socle. Pour le volet 3 dans bon nombre de discipline, on réécrit que cette, ce savoir-là, cette connaissance, cette compétence s’inscrit dans tel domaine du socle. Alors je me dis, naïvement, que, si on avait affaire à une évaluation bien pensée, c’est-à-dire, non pas à une évaluation qui arrive un peu comme un cheveu sur la soupe quand on a fini le chapitre et on se dit “mais c’est vrai, c’est vrai que la principale m’a déjà harcelé depuis une semaine et qu’il faut que je donne une note d’ici la fin de la semaine prochaine, donc il faut absolument que je fasse une interro demain, qu’est-ce que je vais bien pouvoir faire? Bon, allez, dans ce livre-là, exercice 12, exercice 18 et voilà.” Bon. Personne ne fait ça, évidemment (sourire). Une évaluation bien pensée, qu’est-ce que c’est? C’est une évaluation qui évalue uniquement ce qu’on a enseigné aux élèves. D’accord? Ce qui, et ce que… ce que l’on a dit clairement et explicitement aux élèves qu’ils devaient savoir maîtriser, comprendre. Une évaluation c’est un contrat qui est passé entre l’élève et le professeur “Voilà ce que je t’enseigne, voilà ce que tu dois savoir faire et voilà comment on va le travailler ensemble, et toi, quelle est ta part de travail personnel, et voilà quel type d’évaluation je vais mettre en place pour vérifier que c’est bien maîtrisé.” Donc une évaluation, c’est pensé en même temps que le cours, évidemment. Donc vous voyez que 5 jours de formation, ça va pas être inutile, hein! (sourire accompagné d’un hochement de tête)

A partir de ce moment-là, quand on pense l’évaluation comme… on regarde son programme, on a très clairement les attendus du programme, et qu’on sait les référencer par rapport aux compétences du socle, eh bien l’enseignant il est parfaitement capable de dire si de son point de vue, à travers sa discipline, l’élève maîtrise ou non, et à quel niveau, la compétence du socle en question, de son point de vue.

Qu’est-ce que ça veut dire? Ça veut dire que on voit bien qu’à partir de là, il y a un travail supplémentaire qui va être à faire, c’est un vrai travail collégial évidemment qui est plusieurs disciplines contribuant aux constructions des compétences du socle, il est nécessaire de se parler, de dialoguer, de discuter, pour dire “Alors toi, sur la compétence, euh, je sais pas, “être capable d’argumenter, être capable de rédiger”, si on se place dans les plus petites classes, “de rédiger un texte court, de tant de lignes, qui a du sens, etc.”, toi tu le vois comment en histoire? Moi je le vois comment en français? Je le vois comment en sciences? Tiens mais on a la même vision… mais pourquoi, pourquoi nous non? Peut-être qu’on peut en discuter?”. Ça veut dire “Qu’est-ce que tu attends, toi, exactement dans ta discipline?”. Voilà, il y a tout un travail collectif qui doit évidemment se mettre en place, qui est absolument essentiel, sinon… qui peut absolument pas être à la fin, au dernier moment de la classe de 3e.

Et l’autre point, évidemment, c’est que nous souhaitons absolument sortir de la dichotomie actuelle entre “acquis”/”non acquis”, avec une photo à l’instant t, au palier 1, au palier 2, au palier 3. Puisque nous voulons une évaluation, rappelez-vous, c’était l’un des points importants, hein, de l’aboutissement de la conférence nationale sur l’évaluation des élèves, que nous n’avons strictement pas oubliée, hein, même si nous avons mis du temps à la concrétiser, chaque chose en son temps, c’est que l’évaluation doit être au service des progrès des élèves. Eh bien si nous voulons le faire, il faut absolument que nous puissions avoir une évaluation qui permette de dire “Eh bien l’élève en est là, il sait des choses, il y encore plein de choses qu’il ne sait pas faire et qu’il ne sait pas maîtriser, et d’ailleurs, c’est normal, parce qu’on apprend au cours du temps, l’étape prochaine, c‘est celle-là, voilà ce qu’on doit viser la prochaine fois et voilà comment on va accompagner l’élève, pour qu’il arrive à ce stade-là”. Donc nous voulons une gradation du niveau de maîtrise des compétences, et pas du noir ou blanc, du oui ou non.

Et le 3e point, c’est que si nous voulons effectivement pouvoir suivre cette progression alors il faut un outil de suivi, qui remplace alors le livret personnel de compétence, qui ne sont, qui n’est pas dynamique, qui n’est qu’une photo à l’instant, et donc nous allons remplacer cette application nationale du LPC par une nouvelle application, qui s’appelle le livret scolaire unique numérique, qui suivra les élèves depuis l’entrée en CP jusqu’à la fin de la 3e, ce qui est une grande nouveauté, qui remplacera donc le livret de l’école élémentaire et c’est heureux, parce que si vous regardez un peu à quoi ressemblent les livrets de l’école élémentaire, avec leurs 20, 25 pages, 90 compétences, je pense qu’on peut quand même améliorer ça et le rendre un peu plus lisible, cohérent, et homogène, et qui remplacera aussi le suivi que nous allons faire au collège. Alors avec une transmission, bon, y a des propositions mais qui n’ont rien d’obligatoire, de l’équivalent des bulletins trimestriels, on va dire de bilan périodique, mais qui insiste, quand même, sur le fait que dans les bilans périodiques, nous devons vous, nous voulons voir figurer un certain nombre de choses, dont la dynamique de progrès des élèves, dont la liste des compétences ou des savoirs… la liste, j’exagère, les éléments principaux qui ont été travaillés, dans les disciplines, quel type d’Epi, et puis des bilans euh, des bilans de fin de cycle, plus le bilan de fin de CM2, qui sera transmis, qui fera partie du livret de l’élève et donc qui sera accessible aux professeurs de collège, et dans ces bilans de fin de cycle, obligation d’avoir un positionnement collégial, par l’équipe pédagogique de l’élève sur des niveaux de maîtrise dans chaque domaine du socle. Alors c’est ces niveaux de maîtrise, qui sont au niveau de 4, qui ont provoqué une éru-…une… euh enfin voilà…c’est … enfin qui ont provoqué un délire sur le fait que, euh, y avait pas de niveau zéro, enfin je veux dire on… (soupir) C’est des niveaux, d’accord, donc y a un niveau 1, niveau 2, un niveau 3, un niveau 4. Le niveau 0, à part euh, l’élève lobotomisé, moi je sais pas, je vois… euh je connais pas hein… sauf si vous considérez que y a un élève qui peut vraiment ne rien savoir, rien maîtriser, aucune connaissance, aucune compétence, dans aucun domaine, sachant que le niveau 1 est déjà qualifié de maîtrise insuffisante. Alors après, je sais pas, c’est… bon. Voilà. J’suis à votre disposition évidemment pour préciser tout ça.

Ça se traduit comment sur le DNB ? Ce qui n’était pas une question simple. On a choisi d’être à la fois dans la continuité et dans l’évolution. Qu’est-ce que ça veut dire? Ça veut dire que nous avons maintenu des épreuves terminales, mais que nous avons un peu revisitées, avec deux épreuves écrites, une qui porte sur le pôle humanités, avec à la fois du français, de l’histoire-géo et de l’enseignement moral et civique, une autre qui est un pôle sciences, à la fois des maths, des sciences expérimentales et de la technologie, toutes les disciplines présentes, mais revisitées. Qu’est-ce que ça veut dire, revisitées? Ça veut dire que euh, à la fois on veut travailler un peu dans l’interdisciplinarité évidemment, euh, l’interdisciplinarité, c’est pas un magma informe où on reconnaît plus des disciplines, c’est vraiment une convergence. J’en reviendrai, je reviendrai dessus. Ça veut dire que , à la fois on essaiera d’avoir une thématique, un fil rouge, commun, pour essayer de montrer qu’une problématique peut être vue sur plusieurs, suivant plusieurs facettes, et puis de coordonner ou conjuguer les compétences. Ça veut dire que par exemple quand on doit rédiger un texte argumenté, c’est une compétence qui est donnée qui peut aussi bien être travaillée en français une année qu’en histoire géo, une autre année. C’est la compétence en question. Mais y aura forcément du français, et de l’histoire géo, mais ça peut être sur des compétences différentes. Voilà, par exemple. Plus une épreuve orale basée sur les enseignements pratiques interdisciplinaires, les EPI, si vous me permettez cet acronyme à partir de maintenant, et les parcours, et/ou les parcours, parcours avenir, parcours citoyen, et parcours artistique et culturel. Je réponds d’avance à la question: il n’y a plus d’épreuve d’histoire des arts, en tant que telle, et le travail sur l’histoire des arts peut être totalement réinvesti dans cette épreuve orale puisque ça fait évidemment partie d’un projet soit dans l’EPI correspondant, soit dans le parcours éducation artistique et culturelle. Mais il peut y avoir d’autres formes, d’autres choses.

Et puis, ce qui remplace le contrôle continu, au lieu d’avoir, euh, une espèce de magma infâme, informe je veux dire, je voulais dire informe, des moyennes des disciplines, dont on ne sait pas d’où elles sortent, eh bien, ce sera… pour remplacer aussi le LPC, pour éviter cette dichotomie dont j’ai parlé, eh bien, le travail donc et le voilà, le… tout le travail et les démarches qui ont été faites au cours de l’ensemble de la scolarité obligatoire sera valorisé à travers le positionnement de l’élève sur l’échelle des niveaux de maîtrise. Donc ensuite, là, on passe une petite moulinette, ça veut dire qu’on accorde un certain nombre de points, un certain score si vous voulez, à ce positionnement et c’est cet ensemble de points-là qui remplace le contrôle continu. C’est clair à peu près? Bon, je prends ça pour un oui.

Alors… ben j’en arrive à l’organisation du temps scolaire et vous allez voir enfin que, ce n’est qu’un aboutissement finalement hein, et puis sur des choses que vous connaissez bien. Alors là j’vais pas y passer du temps parce que vous savez tout sur le temps scolaire des élèves, les éventuelles modulations etc. Je vous rappelle simplement pour la classe de 6e, l’o-bli-ga-tion absolue de ne pas dépasser 6h de cours par jour, sauf cas vraiment spécifique du genre une montagne de 4000m à franchir pour aller à l’école, mais c’est moins fréquent il me semble dans l’académie de Caen et dans ces cas-là, je plaisante, mais dans ces cas, sur des cas très exceptionnels, le recteur est seul habilité à accorder les dérogations, donc c’est pas pour arranger les emplois du temps des enseignants par exemple (Commentaire du recteur: “ Ca, on s’lest dit”), et euh, la pause méridienne d’une heure trente pour tous les élèves (Commentaire du recteur: “ On aura ptêt plus en montagne, on aura ptêt les transports…”) Oui, y aura évidemment la question des transports, nous le savons bien.

Un p’tit focus sur la dotation horaire supplémentaire, pour juste préciser les idées. Vous vous rappelez, vous l’avez certainement en tête, la grille horaire que nous avons harmonisée, 26 heures de cours pour tous les élèves, hebdomadaires, sauf cas particulier, sur lequel je peux revenir. Donc ça évidemment c’est dû dans la DHG des collèges, c’est clair. Est due aussi réglementairement une DHG supplémentaire de 3h à terme, multipliée par le nombre de divisions. Pourquoi je dis ça comme ça? Parce qu’en fait cette division elle n’est pas due à chacune des divisions, elle est vraiment globalisée au niveau des établissements, et donc c’est un, c’est une de vos missions de savoir, enfin, sous l’égide du Conseil d’Administration, de savoir comment vous allez la répartir, et qu’est-ce que vous allez en faire.

Qu’est-ce que vous allez en faire? Ben vous pouvez en faire des groupes à effectifs réduits comme d’habitude, vous pouvez aussi payer là-dessus de la co-intervention des enseignants, par exemple pour les EPI, ou d’autres modalités, et c’est sur cette dotation horaire supplémentaire, euh, que vous prendrez les enseignements de complément, langues et cultures de l’antiquité, langues et cultures régionales. Là encore pour répondre à une question fréquente, cette DHG supplémentaire, enfin cette DHG globale, là, qui est là, non, je vais le redire, euh, la grille horaire réglementaire, y compris la grille professeurs, qui monte donc à 29h, on va le dire de façon simple, euh, n’est pas réductrice de la DHG globale de l’établissement, évidemment, comme maintenant, si vous voulez. Si vous regardez votre DHG des collèges, ce n’est l’exacte copie de la grille réglementaire, d’accord? C’est-à-dire que ce qui est budgété en plus dans le dialogue de gestion que vous avez avec les autorités académiques, a vocation a priori à perdurer, je pense, je ne sais pas, ça dépend de chaque académie, ça peut être les heures UNSS, l’heure de chorale, les sections sportives si elles sont budgétées de cette façon-là, etc., etc., hein. L’engagement qui est pris par la ministre, qui sera euh, redit, je ne sais pas quand mais euh, bon, en tout cas je vous le dis, c’est le fait que, à effectifs constants, évidemment, sans variation importante du nombre des divisions, les DHG des établissements ne doivent pas baisser, d’accord? Ce nouveau calcul ne fait pas baisser les DHG des établissements. (commentaire du recteur: “ Sauf établissement qui aurait eu des trucs très spécifiques”) Sauf établissement, sauf cas ultra particulier de la modification de la structure, de modification du nombre de divisions, euh, voilà. Ben oui, euh ça, c’est normal.

Alors, voilà, donc juste pour rappeler que par contre, par rapport à la DHG, enfin à la grille horaire on a une augmentation assez notable de la grille horaire. Hein? Alors c’est ça qui constitue en fait votre marge de manœuvre, la marge de manœuvre supplémentaire, la marge d’autonomie des établissements, c’est à la fois la répartition de la DHG supplémentaire et puis l’organisation des enseignements complémentaires sur lequel vous avez une vraie marge d’autonomie, qui n’existait pas avant. Comment vous allez la répartir, avec quels enseignants, pour quoi faire, etc.

Alors sur la classe de 6e, qui est un peu compliquée, nouvelle et passionnante, donc, un petit focus. Je vous ai déjà parlé de l’amplitude de la journée, je vous rappelle l’obligation absolue que tous les élèves aient 3 heures d’accompagnement personnalisé, cela veut dire que sur les 26 heures de cours, vous avez 26 heures hebdomadaires, dont 3 heures d’accompagnement personnalisé, d’accord? Cet accompagnement personnalisé, c’est une manière, on est dans la diversification, c’est une autre manière d’atteindre les compétences du socle, et les attendus des programmes. D’accord? Ça c’est un point très important. Bon. Et c’est vraiment un des éléments qui doit faire de cette classe de 6e une classe passerelle entre l’école et le collège, avec, évidemment, ce sera tout le travail de formation que d’y penser, comment est-ce qu’on l’organise?

Euh, je tiens un petit peu au point qui concerne la globalisation des horaires sur le pôle sciences, de la classe de 6e. C’est une occasion, à ne pas manquer, de faire vivre par exemple, de l’interdisciplinarité dès la classe de 6e bien qu’il n’y ait pas d’EPI, et de lisser les transitions entre l’école et le collège. Et il me semble que le pôle sciences est vraiment adapté pour cela, parce que si vous regardez le programme, le programme c’est un programme de cycle, il y a vraiment matière à ne pas tellement distinguer de ce point de vue-là, euh, les objets sur lequel on travaille, donc d’avoir vraiment un regard croisé sur les disciplines, donc d’éviter la juxtaposition, bête, des disciplines à la demi-heure près, franchement. Ça veut dire qu’on peut mettre en place de l’EIST, de l’enseignement intégré des sciences et de la technologie, mais on n’est pas obligé non plus de le faire, on peut simplement travailler en cohérence, avec des enseignants différents qui travaillent sur des mêmes objets.

Et puis je voudrais faire un p’tit point sur la question du programme de cycle 3, parce que j’ai beaucoup de remontées des enseignants qui m’interpellent directement en me disant: “Mais comment on va faire? Dans mon collège y a 5, 6 écoles de rattachement. Vous voyez le nombre de classes que ça fait? Comment voulez-vous que je me mette d’accord avec les profs de CM1/ CM2 pour savoir ce que je dois enseigner en 6e?”. Alors, j’voudrais quand même faire un p’tit point sur qu’est-ce que ça veut dire une logique curriculaire ou un programme de cycle, c’est-à-dire un programme où il n’y a pas de découpage annuel. Ca veut dire tout sauf que le programme est devenu un espèce de sac informe dans lequel on tire au hasard une notion et on la jette au hasard en CM1 ou CM2, ou en 6e. Y a quand même une logique de construction des savoirs. Cette logique-là d’ailleurs, nous avons demandé au CSP de l’expliciter clairement dans les programmes, et il l’a fait, dans chaque programme il y a désormais, non pas des repères annuels, mais des repères de progressivité. Ça veut dire “Il serait quand même logique de commencer par ça, puis de faire ça, ensuite, ça, ça ça et de terminer par ça.” Donc c’est assez cohérent, tout le monde sait, grosso modo, ce qu’il a à faire, y a pas tellement de difficulté par rapport à ça. La question du programme de cycle, c’est simplement le fait que chaque enseignant, et particulièrement ceux de la dernière année du cycle, donc de la classe de 6e en particulier, mais c’est vrai aussi pour la 3e, chaque enseignant est responsable, est comptable, de la construction de l’intégralité des savoirs et des compétences, des attendus de fin de cycle. C’est ça la question. Si on veut vraiment se dire que nous ne pouvons plus supporter dans notre pays ces 20% d’élèves permanents, année après année, qui sortent du collège en ne possédant pas, en ne maîtrisant pas, les compétences essentielles, les savoirs indispensables pour poursuivre ses études, pour s’insérer dans la vie, alors on va pas juste pouvoir dire “Ah ben écoutez, moi cet élève qui rentre en 6e, hein, franchement, je sais pas c’qu’ils ont fait les collègues l’année dernière, mais enfin vraiment, il sait rien faire quoi. Ça c’est évident, il va pas pouvoir suivre le cours de 6e, hein, il sait pas faire ça, ça, ça et ça. Enfin c’est dommage malheureusement parce que mon programme, moi, il commence à la page d’après, et puis en plus j’ai l’inspecteur qui va arriver dans 15 jours, j’le connais, il va me dire “Comment? Mais vous n’êtes pas en train de faire votre programme, vous êtes en retard, vous êtes, vous devriez être à la page 15 alors que vous n’êtes qu’à la page 9, euh, c’est pas possible!”, hein, tous les fantasmes autour de l’inspection, parce que ça n’existe plus depuis longtemps, ça évidemment, et donc “eh bien tant pis, pour cet élèves, moi j’continue, j’avance, je tourne les pages de mon programme et j’avance!” Non, ça, c’est juste pas possible. C’est juste pas possible, sauf à se dire que on abandonne ce qui fait notre conviction profonde et républicaine qui est que tout élève, quel que soit le niveau, peut apprendre, peut progresser. Moi je ne désespère pas d’un élève qui rentre en 6e et qui, à l’évidence, ne possède pas toutes les compétences, n’est pas capable de lire un texte suffisamment complexe et d’en dégager le sens essentiel. Je ne continue pas comme si de rien n’était. Et je pense qu’effectivement cet élève il peut progresser, d’où la diversification, d’où la différenciation pédagogique. C’est absolument indispensable, ou alors on abandonne définitivement notre espoir d’endiguer et le décrochage scolaire et ses résultats absolument insupportables, insupportables du point de vue de l’éthique et de la morale, insupportables du point de vue social, insupportables du point de vue économique, dans notre pays.

Alors, les enseignements. Ben là, vous connaissez tout, euh, vous savez, ben de toute façon j’en ai déjà parlé 3 fois, vous savez tout sur la constitution des enseignements, ok, je pense. Vous rappelez que dans la grille horaire, les 26 heures comprennent les 3h d’accompagnement personnalisé, ou les 4h d’AP+ EPI. D’ailleurs, je vais revenir là-dessus.

Ça veut pas dire que les professeurs de 5e, y en a qui doivent s’arracher le cœur, en abandonnant une heure de français ou de mathématiques pour faire je ne sais quoi qui s’appelle interdisciplinarité, d’accord? Ça veut pas dire ça. Ça veut dire que c’est une autre modalité pédagogique, je le répète, pour construire les attendus du programme, et qu’on peut tout à fait apprendre du français, des mathématiques, de l’histoire, de la physique, en faisant, dans le cadre de l’accompagnement personnalisé, ou dans le cadre d’un EPI, bien pensé, qui justement est basé sur ces morceaux de programmes, ces compétences, etc. C’est ça qu’y faut travailler, en formation.

Alors ces enseignements complémentaires, vous avez une marge de liberté là-dessus, mais y aussi un cadrage qui est très important. Toutes les disciplines doivent y participer à un moment ou à un autre, je l’ai déjà dit trois fois, ils sont totalement adossés aux programmes, et puis on les répartit pas n’importe comment par niveau, hein. Y a pas la classe de 5e qui fait plutôt de l’accompagnement personnalisé et l’autre qui fait plutôt des EPI, d’accord? C’est bien un projet global sur l’ensemble du cycle. Par contre y a une vraie responsabilité et vous allez avoir un travail conséquent à faire. D’abord, c’est pas le plus compliqué, au cycle 4 de savoir combien vous mettez d’AP, combien vous mettez d’EPI, vous avez une petite marge de manœuvre, d’autre part de définir le contenu et le séquençage, quels EPI? Combien de temps? À quel moment de l’année? Avec quels enseignants? Comment interviennent ces enseignants? Est-ce qu’ils interviennent chacun de leur côté pour faire de l’interdisciplinarité, sur des heures différentes? Est-ce qu’ils interviennent ensemble en co-intervention? Comment est-ce qu’on tient compte des besoins des élèves et comment est-ce qu’on répartit les élèves? On n’est pas obligé d’avoir des usines à gaz, ça dépend vraiment de la maturité des équipes et de ce que vous avez l’habitude de faire. Ça peut aller de “ Tous les élèves font strictement la même chose tout au long de l’année: la 5e1 elle fait d’abord cet EPI-là, puis cet EPI-là, puis cet EPI-là, puis on intervertit, entre la 5e1 et la 5e2 en faisant tourner sur les trimestres, on ne change pas du tout les emplois du temps au cours de l’année, hein” jusqu’à de la mise en barrette avec des groupes de besoin, comme vous avez l’habitude quelquefois de le faire, 3 groupes à partir de 2 classes, etc. etc. Donc y a pas d’organisation imposée, y a pas à avoir, à atteindre en 2016 l’état de complexité le plus avancé, c’est pas l’objectif, c’est vraiment de partir de là où vous en êtes, de la maturité des équipes, quand même en la poussant un peu quoi, faut qu’ça bouge un peu, donc y a une (sic), faut qu’ces EPI soient réellement mis en place, l’accompagnement personnalisé réellement mis en place, mais les organisations doivent, voilà, il faut prendre les équipes là où elles sont, et les faire progresser. Là encore, il faut passer par des paliers de maturité, je pense.

Alors un p’tit mot, juste, sur l’interdisciplinarité pour dire qu’il s’agit vraiment de quelque chose à construire, c’est tout sauf une perte de savoir , et une perte de discipline. C’est pas un nouveau bidule où on aurait cours de français, cours de maths et cours d’interdisciplinarité, hein, non. L’interdisciplinarité c’est vraiment la volonté, comment est-ce que je peux dire les choses? On peut dire que, évidemment de donner du sens aux apprentissages, dans une démarche, euh, différente, c’est la volonté de voir un peu le monde en 3 dimensions et de voir un peu les objets, les objets scolaires, en 3 dimensions. Hum… j’aime bien par exemple prendre (saisit son verre d’eau), parce que quand les recteurs, qui sont tous toujours aimables pensent à me donner un peu d’eau, merci (boit), (commentaire du recteur: “De rien”) j’aime bien prendre cet exemple de l’eau, parce que, je trouve que, alors là, on est dans une vision euh, simple de l’interdisciplinarité qui est plutôt la conjugaison des points de vue sur des objets communs, on peut avoir une vision plus avancée qui est “Comment est-ce qu’on travaille une même compétence dans plusieurs disciplines?”, tout ça il faudra le travailler en formation, mais si on commence simplement par ça, si vous prenez cet objet-là qui est l’eau, vous allez voir que l’eau c’est un thème qui est quasiment universel, qui est presque traité dans toutes les disciplines. Au hasard si je parle du point de vue du chimiste, par exemple, quand il voit un verre d’eau comme ça, sa première pulsion, quand il est prof de collège, c’est de se jeter là-dessus, de mettre dans des tas de petites éprouvettes, d’ajouter des tas de jolis produits qui font que ça change de couleur, en général les élèves ils aiment bien ça, et d’expliquer aux élèves que “Vous voyez, y a de l’eau là-dedans mais y a pas que de l’eau. Y a des sels minéraux, divers et variés, on va essayer de les caractériser, voilà.” Ça, ça fait une jolie séance de TP et on dit: “Ben oui vous voyez, euh, ça permet de savoir c’qu’il y a dans la bouteille.” Généralement vous avez toujours un élève qui lève le doigt et qui dit:

“Mais Madame, c’est vraiment, euh, c’est vraiment super intéressant mais enfin euh, c’était déjà écrit sur la bouteille.

– Oui, non mais c’est vrai, mais imaginez que vous ayez perdu l’étiquette, hein, par exemple. Ce serait quand même intéressant de le savoir!”

Là on a un petit sourire, hein, on voit bien que c’est intéressant, mais pas plus que ça, quand même. Euh, évidemment, lui, du point de vue du physicien, lui il va voir l’eau d’une position tout à fait autre, qui est de se demander, euh, pourquoi l’eau elle est liquide, à quelle température elle est liquide, est-ce qu’elle peut changer d’état, est-ce que c’est si compliqué que ça, comment dans quelles conditions ça se fait etc. Le biologiste, il va se dire que c’est quand même une position un tout petit peu réductrice de l’eau parce que si vous prenez pas la dimension fluide vital, ou bien regardez le fait que ça permet le développement de micro-organismes, on pourrait ptêt regarder ça aussi, et au bout du compte, voilà, le géographe, le littéraire, tout ce que vous voulez, plein de gens ont des choses à dire là-dessus, et au bout du compte, par rapport à la mare qui est à côté du collège ou au fleuve qui passe pas loin, on voit bien que y a une dimension de ces objets-là qui doivent (sic) absolument être conjuguées si l’élève veut comprendre à quoi en fait toutes ces choses-là peuvent bien servir. Quand on est dans les problématiques qui vont sortir sur la COP21 du réchauffement climatique où on se pose la question de l’accès à l’eau potable, qui est un des grands problèmes de l’humanité à l’heure actuelle, peut-être pas en Normandie, je le reconnais (rires de l’audience), où il suffit de tendre son parapluie pour en avoir, bon, c’était facile hein (intervention du recteur: “Cliché!”), non mais j’ai une maison en Normandie, je connais très bien la Normandie (intervention du recteur: “Cliché quand même aujourd’hui!”), bon, voilà, mais quand même, voilà, y a vraiment, c’que j’veux dire par là, c’est que, y a vraiment matière à enseigner, à transmettre des savoirs, tout en permettant aux élèves de comprendre en quoi cela a une résonance par rapport à des problématiques qui les intéressent, ou à des situations de la vie quotidienne qui les interpellent. Pour moi c’est un point essentiel, aussi là-dedans à peut-être avoir une démarche différente, qui est, en particulier de la démarche essai-erreur, de la démarche collective, beaucoup de choses, qui sont des compétences absolument essentielles, qui ne doivent pas être travaillées simplement dans le post-bac, très clairement, ou dans l’année de terminale, c’est trop tard.

Alors, juste quelques exemples, mais dans les outils qui ont été mis à votre disposition par la DGESCO, en particulier dans le séminaire du 22 et 23 septembre, y a vraiment matière à aller beaucoup plus loin, parce que nous avons bien compris qu’il est essentiel de vous accompagner sur ce sujet, donc nous avons fourni aux académies et aux personnes qui étaient présentes des outils qui permettent de rentrer très clairement, en particulier dans ces constructions-là, c’est pas mon travail, c’est vraiment le travail des académies de vous accompagner là-dessus, mais je voulais juste vous exp.., pour dédramatiser un peu, montrer que, il peut y avoir des EPI d’une heure, trimestriels, où on fait de la co-intervention et puis on intervertit les heures en question au cours des trimestres, ça veut que un trimestre, l’heure de maths, eh ben c’est une heure de maths, et puis au trimestre d’après, cette heure de maths, elle est le support d’un EPI, et puis on peut inverser avec la techno ou la (sic) SVT, ou bien on peut avoir des EPI, par exemple ici de deux heures et chacun fait l’interdisciplinarité de son côté, à des heures différentes et évidemment, ça suppose d’avoir travaillé ensemble l’objet en question. On peut avoir des EPI semestriels, on peut avoir, et puis je voudrais simplement en classe de 3e vous rappeler l’importance de l’EPI “mondes économique et professionnel”, ce qui ne veut pas dire qu’il ne peut pas être travaillé avant, hein, évidemment, au contraire .

Alors, est-ce que je vous parle un peu du latin? (grand sourire de Florence Robine, rires dans la salle)

Alors le latin, les langues et cultures de l’Antiquité.

Premièrement je confirme que nous ne voulons pas détruire la civilisation moderne en supprimant le latin, euh, parce que vu l’état du latin à l’heure actuelle, elle serait en situation assez grave, la civilisation moderne, je me permets de le dire. Donc, je pense que nous voulons au contraire donner une nouvelle dimension aux Langues et Cultures de l’Antiquité. D’abord, en l’inscrivant, et vous l’avez vu, dans le programme de français, y a des éléments très clairs, ça faisait des dizaines d’années que ça n’existait plus, d’autre part en faisant en sorte que l’EPI Langues et Cultures de l’Antiquité soit largement ouvert à d’autres élèves que ceux qui depuis tout petits, paraît-il, voulaient faire latin et dont les parents font le siège du bureau du principal pour être inscrits dans l’option latin à l’entrée en 6e, hein, (intervention du Recteur: “Et dans tel collège, hein..”), uniquement en quelques collèges, et donc de ce point de vue-là, quand il y a les ressources humaines évidemment, il me paraît intéressant que cet EPI soit largement ouvert, en particulier en classe de 5e, avec une vraie interdisciplinarité qui fait que oui, effectivement, on est capable de montrer que les Langues et Cultures de l’Antiquité ont quelque chose à dire en lien avec l’histoire, en lien avec les arts, en lien avec la littérature, en lien avec les sciences, sur le monde dans lequel vivent, effectivement, nos élèves. Et puis l’enseignement de complément que vous connaissez.

Alors pour langues et cultures régionales, ça vous intéresse pas, et puis je vais finir là… (rumeur dans la salle) C’est ce que le recteur m’a dit, qu’il n’y en avait pas beaucoup ici, Langues et Cultures régionales, non, j’me suis trompée? (Intervention du recteur: “Le recteur arrive, hein..”) Mais sinon, si ça vous intéresse, y aucun problème. En fait c’est pas compliqué, ça marche à peu près pareil que les Langues et Cultures de l’Antiquité, sauf avec le fait que nous maintenons en 6e la possibilité des enseignements de sensibilisation etc.

Evidemment mais ne croyez pas que je le passe sous silence mais je suis sûre que vous allez me poser des questions dessus, donc, la question de la politique des langues vivantes est tout à fait importante pour nous , hein avec l’avancée en 5e, un apprentissage plus précoce de la LV2, comme vous le savez.

Et puis pour mémoire, les parcours transversaux, très importants dans le cadre du nouveau collège, et puis, je finis là-dessus, ça veut dire je vous en parle pas mais vous allez me poser des questions, la question très importante des SEGPA et des 3e Prépa pro, que nous souhaitons totalement arrimer à la réforme du collège.

Voilà, comme j’ai été trop longue, je m’arrête maintenant et je suis à votre disposition pour répondre à tout ce que vous souhaitez. Merci beaucoup.