24 mars 2015

Extraits des interventions de la ministre de l’Éducation nationale à l'occasion de son audition devant la Commission des affaires culturelles et de l'éducation de l'Assemblée nationale. La totalité de l'audition peut être visionnée en cliquant ici.

Najat Vallaud-Belkacem

Présentation de la réforme

[…] Aucune des mesures de cette réforme n’est née dans les esprits de la rue de Grenelle, qui serait complètement en dehors de la réalité ou simplement théorique. Chacune des mesures de cette réforme s’inspire d’expérimentations qui ont été conduites précisément par les équipes enseignantes les plus innovantes en France, qui ont fait leurs preuves, et dont on se dit qu’il est temps aujourd’hui d’en faire bénéficier tous les collégiens de France et pas seulement ceux qui ont la chance d’avoir des enseignants à l’avant-garde.

[…] Pour pouvoir faire ces petits groupes, il faut d’une certaine façon du personnel parce que par définition ça réclame des enseignants supplémentaires. Et bien c’est la raison pour laquelle cette réforme prévoit 4.000 équivalents temps-plein, qui sont créés, qui permettent que puissent se déployer régulièrement dans tous les collèges ce fonctionnement en petits groupes […]

 

Réponse aux questions des membres de la commission

La ministre commence par répondre à la question la plus souvent posée, celle des langues anciennes :

Sur cette question du latin et du grec, je voudrais juste que vous compreniez bien la démarche de cette réforme du collège.

Je l’ai dit d’ailleurs dans mon introduction : oui pour 20% d’élèves, le collège actuel fonctionne super bien, pour ceux qui, en effet, passent par les classes bilangues, par les options latin… On est tous d’accord : pour eux, il n’y a pas de problème, il n’y a pas besoin de réformer le collège. Le sujet, c’est comment on fait en sorte que tous les collégiens puissent accéder à cet enrichissement que constitue le fait d’avoir une seconde langue plus tôt que d’attendre la 4e, le fait d’être ouvert, en effet, aux cultures et langues de l’antiquité parce que – je suis d’accord avec vous, mille fois d’accord – et alors moi j’en ai fait en plus, je peux vous dire : je sais à quel point ça joue un rôle important dans l’acquisition d’une culture commune, dans la construction de la citoyenneté, dans la dimension linguistique de ce qu’on y apprend, dans l’apprentissage de l’histoire des civilisations. Et pour toutes ces raisons, je ne me satisfais pas que ce soit réservé à quelques-uns.

Donc il ne s’agit pas de supprimer un droit ou une possibilité pour quelques-uns, il s’agit de généraliser cela, comme pour la question des langues vivantes pour tous les collégiens et nous le faisons de deux façons, s’agissant du latin et du grec :

- la première chose, c’est que – chose nouvelle – nous introduisons dans l’enseignement de français une initiation à l’étude des langues anciennes parce que nous estimons que les langues anciennes permettent de mieux comprendre les principes fondamentaux de la langue française, l’étymologie, la composition des mots, les fonctions grammaticales : d’une certaine façon nous mettons l’excellence au service de la réussite de tous les collégiens et de la réduction des inégalités de maîtrise de la langue française.

- Deuxième chose : dans le nouveau collège, comme actuellement, les élèves pourront apprendre le latin de la 5e à la 3e et le grec en 3e, comme ce qui existe aujourd’hui sauf que ça ne s’appellera pas « options facultatives », ce sera un enseignement pratique interdisciplinaire. Pourquoi est-ce que c’est un EPI ? Précisément pour ce que vous disiez M. Hetzel et j’étais étonnée que vous ne fassiez pas le lien. Vous disiez : dans d’autres pays on a su moderniser l’apprentissage des langues et cultures d’origine précisément en donnant d’autres choses à voir que la langue en tant que telle, parler de l’histoire, de la civilisation etc. aux élèves. C’est exactement à cela que sert le format enseignement pratique interdisciplinaire, c’est pouvoir aborder, au-delà de la langue (mais la langue sera préservée évidemment, aura un temps), les questions d’histoire, de civilisation, de culture. Donc cet enseignement pratique interdisciplinaire « Langues et cultures de l’antiquité », je vous confirme qu’il aura le même nombre d’heures que peut avoir aujourd’hui l’option existante : donc les élèves n’y perdent rien.

[…]

Je crois vraiment que sur ces deux points, que ce soit le latin ou les langues vivantes, vous pouvez être assuré que le nouveau collège permettra à tous les collégiens de s’initier et d’approfondir s’ils le souhaitent beaucoup mieux que ce qu’il fait aujourd’hui lorsqu’il ne s’adresse, en réalité, que ce soit le latin ou les classes bilangues ou les classes européennes, que à 15-20% des élèves. Donc, non, je réfute toutes les accusations en nivellement par le bas, c’est au contraire tirer tout le monde vers le haut, vers l’excellence que de veiller à ce que ces possibilités soient offertes à tous.

 

L'intervention ministérielle fait l'objet d'une analyse sur "Avenir latin grec" : "Une généralisation abusive".