22 juin 2015

Najat Vallaud-Belkacem était l’invitée du "Grand journal".

Extrait du verbatim :

Karim Rissouli – Réforme contestée pour plusieurs mesures, notamment la suppression du latin, qui est en fait la réduction du latin, ce sera un peu au bon vouloir des chefs d’établissement […] Ce qui est sûr c’est que sur la réforme [les opposants] sont assez nombreux, à gauche et à droite, à vous mettre une très mauvaise note. Et la dernière en date c’est Aurélie Filippetti hier soir sur BFMTV : « Sur les humanités classiques, comme on dit, le latin, le grec ou la suppression des classes bilangues, je regrette qu’il n’y ait pas eu un retour en arrière sur ces mesures que je trouve négatives. » Elle n’aime pas votre réforme des collèges, Aurélie Filippetti, ancienne collègue, on rappelle.

Najat Vallaud-Belkacem – Le problème, c’est que, à partir du moment où vous présentez les choses ainsi (« On va supprimer le latin, on va supprimer l’allemand » ou que sais-je encore ?), on ne peut qu’être défavorable à une réforme qui ferait ça. Le sujet, c’est que ce n’est pas du tout ce que prévoit la réforme. Je veux dire par exemple : le latin-grec, puisque vous en parliez, vous venez de dire « dans la réforme ce sera au bon vouloir du chef d’établissement » mais comment ça se passe aujourd’hui ? Le latin et le grec sont une option, et pas un cours obligatoire pour tous les élèves, puisqu’il n’y a que 20%, même moins de 20% des collégiens qui font du latin et du grec. Donc c’est bien au bon vouloir du chef d’établissement. Demain on fera faire plus de latin et de grec à plus d’élèves parce qu’on les réintègre dans la scolarité obligatoire, dans les 26h de l’enseignement hebdomadaire. C’est la différence entre ce qui existe aujourd’hui, qui est optionnel, et ce qui sera ouvert à tous les collégiens demain, dans le cadre des enseignements…

Natacha Polony – Est-ce que vous pensez réellement que le fait de faire ça dans le cadre d’un enseignement où finalement on n’ira pas apprendre la langue (on ira, en gros, discuter de la civilisation, de Gladiator, c’est sympathique, ça va se finir comme ça, on le sait), est-ce que vous pensez réellement que c’est ça l’égalité ? Est-ce que ce ne serait pas de prendre tous ceux qui peuvent le faire, et de leur permettre de le faire, ceux qui en ont les moyens et qui peuvent aller plus loin ?

Najat Vallaud-Belkacem – Vous voyez, Natacha Polony, que déjà on progresse : vous reconnaissez qu’il y aura un enseignement langues et cultures de l’Antiquité…

Natacha Polony – Mais parce qu’il y a des profs qui ont protesté !

Najat Vallaud-Belkacem – … donc on sort de ce mythe selon lequel on supprimerait le latin et vous le reconnaissez.

Natacha Polony – Ce n’était pas un mythe, c’était une vérité.

Najat Vallaud-Belkacem – Deuxièmement : Langues et cultures de l’Antiquité, ça voudra dire en effet qu’on ne fera pas que de la langue ou des déclinaisons latines ou grecques…

Natacha Polony – Ce n’est pas ce qu’on faisait en cours…

Najat Vallaud-Belkacem – …mais qu’on fera aussi de la civilisation et de l’histoire. Mais l’idée, c’est d’attirer davantage de collégiens vers cela ! Et ensuite de pousser, d’approfondir, de faire plus de langue, plus tard. Mais l’idée c’est… Est-ce que vous ne trouvez pas que c’est dommage qu’aujourd’hui, je le disais, 20% seulement de collégiens font du latin-grec. Mais ensuite, quand ils arrivent au lycée, ils ne sont plus que 5%. Cette déperdition, ça ne vous interroge pas ? Enfin, un dernier argument : demain, ce seront bien les professeurs de latin et de grec qui le feront, cet enseignement, avec d’autres de leurs collègues, mais ils seront bien devant leurs salles de classe : la preuve qu’on continuera à faire du latin et du grec, à plus d’élèves !

 

Annexe

Le "Grand Journal" a demandé aux membres de Twitter leurs questions pour Najat Vallaud- Belkacem. Finalement aucune question n'a été posée...



Portrait de Loys
Loys a répondu au sujet : #682 il y a 1 an 9 mois

Najat Vallaud-Belkacem – Le problème, c’est que, à partir du moment où vous présentez les choses ainsi (« On va supprimer le latin, on va supprimer l’allemand » ou que sais-je encore ?), on ne peut qu’être défavorable à une réforme qui ferait ça.

Personne ne parle de la suppression de l'allemand, mais de la suppression des classes bilangues, qui est bien effective. Quant aux options de latin ou de grec ancien, avant qu'on ne restaure le 25/03/15 des options amputées et précaires, elles étaient bien purement et simplement supprimées le 11/03/15. Il est vrai que ce n'était pas explicite...

Le sujet, c’est que ce n’est pas du tout ce que prévoit la réforme. Je veux dire par exemple : le latin-grec, puisque vous en parliez, vous venez de dire « dans la réforme ce sera au bon vouloir du chef d’établissement » mais comment ça se passe aujourd’hui ?

Le latin n'est pas tout à fait "au bon vouloir des chefs d'établissement"... Si une forte demande existe, le chef d'établissement devra donc imposer son refus. C'est d'ailleurs pourquoi il est proposé dans 93% des collèges. Dans la réforme, ce n'est plus la demande qui détermine l'offre, mais l'offre qui détermine la demande !

Le latin et le grec sont une option, et pas un cours obligatoire pour tous les élèves, puisqu’il n’y a que 20%, même moins de 20% des collégiens qui font du latin et du grec.

C'est un chiffre énorme s'agissant d'une simple option : 433.000 élèves en France à la rentrée 2014 (chiffres MEN).

Donc c’est bien au bon vouloir du chef d’établissement.

Quel lien logique ici ("donc") ? C'est le chef d'établissement qui est responsable du chiffre de 20% seulement ?

Demain on fera faire plus de latin et de grec à plus d’élèves parce qu’on les réintègre dans la scolarité obligatoire, dans les 26h de l’enseignement hebdomadaire.

1. L'EPI LCA n'est pas du tout "obligatoire" puisque les élèves doivent se voir proposer dans leur scolarité au collège 6 des 8 EPI possibles. Ils peuvent parfaitement ne pas suivre l'EPI LCA...
2. Les EPI sont des modalités de travail différentes (projet, interdisciplinarité) des disciplines du tronc commun. On ne peut en aucun cas pratiquer une autre discipline (le latin ou le grec ancien) sur l'horaire du français.

C’est la différence entre ce qui existe aujourd’hui, qui est optionnel, et ce qui sera ouvert à tous les collégiens demain, dans le cadre des enseignements…

L'option est aussi "ouverte" à tous les collégiens. Mais ce qu'on ouvre avec l'EPI LCA, c'est du rien.

Natacha Polony – Est-ce que vous pensez réellement que le fait de faire ça dans le cadre d’un enseignement où finalement on n’ira pas apprendre la langue (on ira, en gros, discuter de la civilisation, de Gladiator, c’est sympathique, ça va se finir comme ça, on le sait), est-ce que vous pensez réellement que c’est ça l’égalité ? Est-ce que ce ne serait pas de prendre tous ceux qui peuvent le faire, et de leur permettre de le faire, ceux qui en ont les moyens et qui peuvent aller plus loin ?

Najat Vallaud-Belkacem – Vous voyez, Natacha Polony, que déjà on progresse : vous reconnaissez qu’il y aura un enseignement langues et cultures de l’Antiquité…

Personne ne l'a contesté : ce qu'on conteste, c'est l'affirmation qu'on y étudie les "langues".

Natacha Polony – Mais parce qu’il y a des profs qui ont protesté !

L'enseignement de complément (ancienne "option" avec un autre nom) a été rétabli précipitamment le 24/03/15 à cause de ces protestations.

Najat Vallaud-Belkacem – … donc on sort de ce mythe selon lequel on supprimerait le latin et vous le reconnaissez.

Curieux "mythe" puisque aucun programme à ce jour n'existe pour les langues anciennes... Najat Vallaud-Belkacem voudrait nous faire croire que l'enseignement de complément a toujours été prévu.

A noter le jeu rhétorique : les options de latin ont bien mais, dans l'esprit de la ministre, pas le latin puisque toujours proposé dans l'EPI LCA. En réalité l'EPI LCA est sans langue, comme le reconnaît plus ou moins la ministre ensuite :

Najat Vallaud-Belkacem – Deuxièmement : Langues et cultures de l’Antiquité, ça voudra dire en effet qu’on ne fera pas que de la langue ou des déclinaisons latines ou grecques…

On ne fera pas "que" = on fera donc plus. Dans un horaire d'une heure pendant un an, on fera donc deux langues et leur culture : quel tour de force !

En réalité ce "on ne fera pas que" signifie "on ne fera pas du tout". Quel parent accepterait que ses enfants apprennent des déclinaisons grecques sur son horaire de français ?

Natacha Polony – Ce n’est pas ce qu’on faisait en cours…

Effectivement, la ministre laisse supposer que les professeurs de langues anciennes n'étudiaient pas la culture antique... alors qu'elle est dans les programmes de "Langues et cultures de l'antiquité" !

Par ailleurs, la réforme occasionne bien un cloisonnement : la langue dans l'enseignement de complément, et la "culture" dans l'EPI LCA. Une partition absurde, à laquelle s'ajoutera que les élèves et les professeurs ne seront pas les mêmes dans les deux parties.

Najat Vallaud-Belkacem – …mais qu’on fera aussi de la civilisation et de l’histoire.

De l'histoire certainement pas puisque le programme d'histoire du cycle 4 (pour les EPI donc) ne concerne pas l'antiquité !

Mais l’idée, c’est d’attirer davantage de collégiens vers cela !

Attirer vers le latin sans faire de latin : il fallait y penser !

Et ensuite de pousser, d’approfondir, de faire plus de langue, plus tard.

"plus tard" ? Mais il faut commencer l'enseignement de complément dès la 5e !

Mais l’idée c’est… Est-ce que vous ne trouvez pas que c’est dommage qu’aujourd’hui, je le disais, 20% seulement de collégiens font du latin-grec. Mais ensuite, quand ils arrivent au lycée, ils ne sont plus que 5%. Cette déperdition, ça ne vous interroge pas ?

Les vraies causes de cette diminution ne sont pas abordées...

Enfin, un dernier argument : demain, ce seront bien les professeurs de latin et de grec qui le feront, cet enseignement, avec d’autres de leurs collègues, mais ils seront bien devant leurs salles de classe : la preuve qu’on continuera à faire du latin et du grec, à plus d’élèves !

Un extraordinaire tour de passe-passe : les professeurs de lettres classiques seront bien "devant leurs salles de classe" (sic) dans l'EPI LCA... mais en tant que professeurs de français, et non pas de latin ou de grec ancien ! Car Najat Vallaud-Belkacem oublie évidemment de préciser que "les professeur de latin et de grec" sont aussi des professeurs de français.

Les EPI sont pris sur le tronc commun, sur le français par exemple.