11 mai 2015

Dans "Le Lab politique d'Europe 1", le député PS Thierry Mandon : "On peut réussir parfaitement sans être un latiniste pure souche".

Thierry Mandon sur la réforme du collège: "on peut réussir parfaitement sans être un latiniste pure souche"

L'argument devrait RA-VIR les détracteurs de la réforme du collège, tout particulièrement ceux qui s'inquiètent d'une disparition de l'apprentissage du latin et du grec. Invité de iTélé ce 11 mai, Thierry Mandon ne semble pas vraiment se placer dans le camp des férus de langues anciennes. Son argument : pas besoin d'être "un latiniste pure souche" pour réussir dans la vie.

Alors que Bruce Toussaint lui fait remarquer que la réforme va se faire "au détriment" du latin et du grec, le secrétaire d'Etat lui rétorque :

- Thierry Mandon : Ce n’est pas "au détriment" car on pourra toujours apprendre dans les programmes éducatifs interdisciplinaires un certain nombre de bases de latin et de grec. Mais vous-même vous parlez le latin ? Vous avez appris le latin ? Vous avez appris le grec ?

- Bruce Toussaint : Non ...

- Thierry Mandon : Vous avez fait une belle carrière ! Et vous lisez ! Et donc on peut, dans le monde moderne, sans être un latiniste pure souche, réussir parfaitement.

Pour le moment, les collégiens peuvent choisir d'apprendre le latin en option dès la 6e et le grec ancien dès la 3e. La réforme prévoit de supprimer ces options et de mettre en place une sorte de "langues anciennes pour tous" par deux biais :

- des "éléments fondamentaux des apports du latin et du grec à la langue française" au sein-même des cours de français ;

- un nouveau type de cours : l'enseignement pratique interdisciplinaire (EPI). Il existe huit EPI différents. Latin et grec peuvent être intégrés dans l'EPI "Langues et cultures de l'Antiquité". Entre la 5e et la 3e, les collégiens devront suivre six de ces huit modules, soit deux par an. Celui intégrant les langues anciennes ne sera donc pas obligatoirement au programme et son contenu assez libre.

Afin de répondre aux inquiétudes des enseignants, Najat Vallaud-Belkacem a décidé d'ajouter un nouveau cours, cette fois-ci optionnel. Ceux qui voudront faire davantage de latin et de grec pourront avoir un "enseignement de complément" en langues anciennes. Ce module sera cependant très dépendant du volontarisme des établissements car il n'est pas intégré à la grille horaire de base.

Au final, latin et grec ne disparaitront pas des programmes mais dépendront plus fortement du sens des priorités des établissements. Sans grande conséquence, si l'on suit le raisonnement de Thierry Mandon, puisque "on peut réussir parfaitement sans être un latiniste pure souche".



Portrait de Minerve
Minerve a répondu au sujet : #456 il y a 2 ans 1 mois
Première nouvelle : depuis quand les collégiens font-ils du latin en 6e? Il est vrai que c'est en 6e qu'ils choisissent d'en faire en 5e, mais alors ils choisissent aussi dès la 4e de faire du grec en 3e.
Cela dit, il y a un effort d'analyse. Mais il faut rappeler
- que d'après les réponses du MEN à la Société des agrégés, la solution pour les EPI LCA pourrait être un EPI trimestriel!
- Que non seulement l'existence de "l'enseignement de complément" (en effet ajouté au projet, ce qui montre la volonté initiale de supprimer les langues anciennes au collège) est compromise dans de très nombreux établissements, mais qu'en plus son horaire est réduit d'une heure hebdomadaire (soit plus de trente heures sur l'année);
- que le nouveau système cloisonnera l'étude de la langue, réservée à l'enseignement de complément, et celle de la culture, limitée à l'EPI;
- que les modalités d'évaluation des élèves ne sont pas prévues.
Qui plus est, les Lettres classiques n'existent plus en tant que discipline dans le projet de réforme. Et comme on peut désormais devenir professeur de Lettres sans avoir jamais fait de latin, ce seront d'ici quelques années des non-latinistes qui initieront les élèves de sixième...
Par ailleurs, comment le MEN compte-t-il faire travailler le CSP pour lui faire concevoir des programmes de langues anciennes en un mois et demi?
Quant à la position de Thierry Mandon, bien sûr, on peut "réussir" sans avoir fait de latin; mais dans quantité de professions, c'est plus dur, et surtout pour tous ceux que la réforme prétend défendre.
Portrait de Loys
Loys a répondu au sujet : #553 il y a 2 ans 1 mois