10 mai 2015

"JDD" : "Najat Vallaud-Belkacem : "Les 'pseudo-intellectuels' relayaient des contre-vérités"

 

Extrait :

Najat Vallaud-Belkacem : "Les 'pseudo-intellectuels' relayaient des contre-vérités"

INTERVIEW - Face au tollé de la classe politique, des enseignants et des intellectuels, la ministre de l'Education nationale Najat Vallaud-Belkacem fait front et défend l'urgence de sa réforme du collège.

Regrettez-vous d'avoir traité les opposants à la réforme du collège de "pseudo-intellectuels"?

Tel que je l'ai dit, au moment où je l'ai dit, mon propos était parfaitement justifié. Il était bien entendu circonscrit aux "pseudo-intellectuels" qui relayaient des contre-vérités avec une légèreté ahurissante, cautionnant de leur statut d'intellectuels des mensonges éhontés qui brouillent la compréhension. Quand Pascal Bruckner explique, par exemple, dans une interview, qu'on va supprimer le latin, le grec et l'allemand pour les remplacer par des cours d'improvisation, comment ne pas tomber de sa chaise? En réalité, j'ai trop de respect pour les intellectuels pour admettre que certains d'entre eux puissent ainsi, au mépris de toute rigueur, commenter des textes et des projets sur la base de "on dit" et sans avoir pris la peine d'y jeter un regard.

Plus de 200 députés de droite ont signé une lettre ouverte demandant le retrait de la réforme. Cela devient une bataille politique...

Si la droite avait des contre-propositions, cela se saurait. Hormis, bien sûr, celle de Bruno Lemaire qui consiste à renoncer à l'ambition d'emmener chaque petit Français jusqu'au brevet. En même temps, je comprends que la droite soit à court d'idées et d'ambitions quand elle programme à nouveau de réduire de 300.000 le nombre d'enseignants dans ce pays.... À chaque réforme scolaire, les esprits s'échauffent. Rappelez-vous Jules Ferry rendant l'école publique obligatoire, Jean Zay prolongeant l'âge de cette obligation ou René Haby instaurant le collège unique... À chaque fois, ceux qui cherchent à démocratiser l'école et la réussite sont accusés par les conservateurs de "niveler par le bas" et de faire de "l'égalitarisme". Tout le monde a pourtant à gagner d'une compétition scolaire équitable dans laquelle les "élites" ne sont promues que sur la base de leur mérite.

Dans Le Figaro, l'académicien Jean d'Ormesson vous décrit comme un "Terminator de charme", une "espèce d'Attila" de l'éducation. Comment réagissez-vous?

Par un sourire amusé. Croyez-moi, si la réforme du collège était ce monstre que certains se plaisent à décrire s'apprêtant à faire disparaître le latin, le grec et l'allemand, je serais la première à m'élever contre. Mais c'est totalement faux. Je ne doute pas que ceux qui font aujourd'hui cette erreur d'analyse sauront la reconnaître lorsqu'ils auront enfin lu les textes.

Réformer le collège et refondre les programmes, n'est-ce pas une erreur de méthode de tout faire en même temps ?

Au contraire. C'est en agissant conjointement sur ces trois leviers – changement des pratiques pédagogiques, nouveaux programmes, et adaptation de l'évaluation à ces derniers – que l'on fera bouger structurellement les choses. Sinon on expose les enseignants à des injonctions paradoxales : on leur demande de faire davantage d'accompagnement personnalisé mais avec des programmes qui ne leur en laissent pas le temps. On leur demande de valoriser davantage l'expression orale mais avec une évaluation qui ne le prévoit pas… Une réforme sérieuse et en profondeur du collège nécessitait bien de revoir chacun de ces leviers pour les rendre enfin cohérents. Cette réforme du collège est préparée depuis deux ans, ses principes ont été définis au Parlement dans la loi de refondation de l'école. Le texte a été adopté à la majorité par la communauté éducative en avril, après un mois de discussion. On ne peut pas dire qu'on est allé trop vite!

Les élèves s'ennuient, la réforme prétend y remédier. Mais est-ce là le rôle du collège : distraire plutôt qu'instruire?

Le problème, c'est la passivité de nombreux élèves dans le collège tel qu'il fonctionne aujourd'hui. En primaire, quand les enfants ne comprennent pas, 70% demandent spontanément une explication. Au collège, le chiffre tombe à un sur trois. Beaucoup d'entre eux, malgré les efforts inlassables des professeurs, ne participent quasiment jamais. Cela creuse les difficultés des élèves. C'est la raison pour laquelle, et c'est l'essentiel de la réforme, nous mettons en place des heures d'accompagnement personnalisé (trois heures par semaine en 6e) et du travail en petits groupes. Ceux qui sont en retard pourront ainsi combler leurs lacunes, et ceux qui sont en avance approfondir leurs connaissances. C'est une réponse à l'hétérogénéité des classes, pas un nivellement par le bas! L'ambition d'un collège unique est assumée mais on introduit moins d'uniformité, davantage d'adaptation à la singularité de chaque élève. Et c'est aussi pour cela qu'on offre un surcroît d'autonomie aux établissements. C'est aux équipes pédagogiques qu'il reviendra, pour 20% du temps, de définir ce dont leurs élèves ont le plus besoin, le contenu de l'accompagnement personnalisé, l'organisation des enseignements pratiques interdisciplinaires…

La réforme fait la part belle à l'interdisciplinarité. Arriverez-vous vraiment à faire travailler les profs ensemble?

Le véritable enjeu, c'est d'accompagner et de former les enseignants à ces nouvelles pratiques. Les EPI ne sont pas des gadgets. Mais une façon d'apprendre autrement les mêmes disciplines. Une façon moins théorique, qui permet d'acquérir de nouvelles aptitudes. Aujourd'hui, par exemple, tout le monde s'accorde à dire que les élèves travaillent de façon trop solitaire. Eh bien, les EPI feront la part belle au travail d'équipe, à l'expression orale, à la conduite de projet… Toutes ces compétences si recherchées sur le marché du travail et trop peu développées par notre collège. Ces enseignements tourneront autour des enjeux du monde moderne, souvent complexes et auxquels nos enfants doivent être initiés : citoyenneté, vie professionnelle, développement durable… qui seront abordés en croisant plusieurs approches. Donc non, les élèves ne perdent rien ; oui, ils gagnent en compréhension du monde qui les entoure.

Cette réforme va-t-elle nous couper de la culture et des langues anciennes?

Aujourd'hui, le latin et le grec sont suivis, en option, par seulement 18 % de collégiens. Nous allons les réintégrer dans les 26 heures d'enseignement obligatoire, au sein de l'EPI "Langues et Cultures de l'Antiquité". Ce programme est actuellement en cours d'écriture. J'ai d'ailleurs invité le secrétaire perpétuel de l'Académie des inscriptions et belles lettres à y travailler avec le Conseil supérieur des programmes. Les élèves qui voudraient faire plus de latin ou de grec pourront également suivre des enseignements de complément, assurés par des professeurs de lettres classiques : une heure en 5e, deux heures en 4e, deux heures en 3e. Nous veillerons, bien sûr, à ce que toutes les académies proposent ces cours. Il y aura plus d'élèves qui apprendront le latin qu'aujourd'hui.

Les classes bilangues sont-elles vraiment réservées aux privilégiés?

Les classes bilangues, qui enseignent deux langues à partir de la 6e, ne concernent que 15 % des élèves. Avec cette réforme, nous permettons à tout le monde de pratiquer une deuxième langue vivante à partir de la 5e, un an plus tôt qu'aujourd'hui. Pour les élèves qui débuteront une autre langue que l'anglais au CP (dont l'allemand), ils auront la garantie de pouvoir apprendre l'anglais dès la 6e (ce qui n'était jusqu'alors qu'une possibilité). En d'autres termes, nous élargissons la logique des classes bilangues à plus d'élèves, et améliorons l'apprentissage de la deuxième langue vivante pour tous. C'est une réelle avancée.

La langue allemande ne risque-t-elle pas malgré tout de décliner?

Non, car nous allons promouvoir l'allemand, je rappelle qu'à la rentrée prochaine, nous ouvrons 515 postes dans cette discipline. Surtout, je suis en train de reprendre en main le pilotage national des langues vivantes sur tout le territoire afin de garantir une vraie diversité de l'offre grâce à une répartition adaptée des postes d'enseignants. S'agissant de l'allemand, parce que j'ai entendu les inquiétudes, je fixerai des objectifs très ambitieux aux recteurs : le nombre de locuteurs devra passer de 178.000 à 200.000 en 2016 pour la langue vivante 1 (qui commencera désormais en CP) et de 487.000 à 515.000 pour la langue vivante 2 (qui commencera désormais en 5e). J'ai aussi décidé de nommer un délégué ministériel à la promotion de l'allemand qui sera chargé d'y veiller.

Que doivent apprendre, selon vous, les collégiens en histoire?

D'abord, et c'est prévu, il faut revenir à la chronologie pour permettre aux élèves d'acquérir des repères temporels solides. Ensuite, il faut y mettre ce qui fonde l'identité de la France : les Lumières, la Révolution française, la construction de la République, la Résistance… Les collégiens doivent apprendre les périodes de grandeur comme les périodes plus sombres de notre histoire. Car il est nécessaire de connaître son passé pour pouvoir se projeter dans l'avenir. L'enseignement laïc du fait religieux doit aussi être renforcé : les débuts du judaïsme, du christianisme sous l'Empire romain, la place de l'Église au Moyen Âge, la naissance de l'islam…

Faut-il revoir la copie?

À partir de demain, les programmes seront de toute façon soumis à consultation auprès des 800.000 enseignants. Et comme l'enseignement de l'histoire doit être rassembleur, je vais réunir prochainement, avec le Conseil supérieur des programmes, des historiens de renom, comme Pierre Nora, Jean-Pierre Azéma et bien d'autres, pour que le travail en cours bénéficie de leur regard et de leur expertise. L'enseignement de l'histoire doit bien être un récit qui raconte notre appartenance à la communauté nationale, pas seulement une succession de dates. Mais il faut veiller à ne pas instrumentaliser ce récit.

Sous couvert de favoriser l'égalité, cette réforme ne cache-t-elle pas une politique d'austérité?

Sûrement pas. Nous créons 4.000 postes pour cette réforme. Le budget de l'Éducation nationale a augmenté de plus de 1 milliard en 2015. C'est une priorité budgétaire claire, un engagement tenu.

Même François Hollande a dû vous apporter son soutien, peut-être faudrait-il faire une pause…

Je continuerai d'écouter, de rassurer, d'expliquer… Mais cette réforme du collège doit s'appliquer à la rentrée 2016. Nous avons une responsabilité vis-à-vis des élèves, alors que depuis des années le niveau recule, que les savoirs fondamentaux sont moins bien acquis pendant qu'ils progressent dans les pays comparables. C'est tout le sens de la réforme du collège : permettre aux élèves de mieux apprendre pour mieux réussir. 

Marie Quenet - Le Journal du Dimanche

 

Et cet encadré du "JDD" :

La suppression des options latin et grec

Supprimés comme options à part entière, le latin (deux heures hebdomadaires en 5e, trois  heures en 4e et 3e) et le grec (trois heures en 3e) sont "remplacés", dans le cadre de l'interdisciplinarité, par un EPI "Langues et Cultures de l'Antiquité". Un "enseignement de complément" (une heure par semaine en 5e, deux heures en 4e et 3e) pour les langues anciennes sera aussi proposé.

Cet abandon du latin ou du grec est le signe, pour ses détracteurs, d'un nouveau recul de l'excellence au profit d'un nivellement par le bas. Aux yeux des défenseurs des humanités, le nouvel EPI "Langues et Cultures de l'Antiquité" n'est qu'un cautère sur une jambe de bois, un vulgaire vernis de culture. De plus, la dotation horaire pour "l'enseignement de complément" ne semble pas garantie.
Les pro-réforme, eux, soulignent qu'aujourd'hui moins de 20 % des collégiens choisissent le latin en 5e, 5 % le poursuivant au lycée. Et que latin ou grec sont souvent pris avec pour seul objectif d'être dans une bonne classe, voire de contourner la carte scolaire.



Portrait de Loys
Loys a répondu au sujet : #316 il y a 2 ans 3 mois

Croyez-moi, si la réforme du collège était ce monstre que certains se plaisent à décrire s'apprêtant à faire disparaître le latin, le grec et l'allemand, je serais la première à m'élever contre. Mais c'est totalement faux. Je ne doute pas que ceux qui font aujourd'hui cette erreur d'analyse sauront la reconnaître lorsqu'ils auront enfin lu les textes.


C'est à dire que dans un premier temps, les options ont bien été supprimées pour être remplacées par des EPI dans lesquels il est impossible d'enseigner le latin, le grec et même l'histoire antique. Aucun programme n'a été prévu pour les langues anciennes, de l'aveu même du président du CSP...

Alors "les textes" ont évolué face au tollé (tout en restant très flous)... mais les intentions étaient bien là au départ.
Portrait de Loys
Loys a répondu au sujet : #317 il y a 2 ans 3 mois
Quant à affirmer : "il y aura plus d'élèves qui apprendront le latin qu'aujourd'hui"...

C'est comme distribuer des balles en mousse et des raquettes en plastique et dire qu'il y aura plus d'élèves qui joueront au tennis qu'aujourd'hui.
Portrait de Anonymes
Anonymes a répondu au sujet : #319 il y a 2 ans 3 mois
Une fois de plus, bien dit (merci Loys !, et bravo d'y consacrer autant de temps et d'énergie) : NVB a bel et bien commencé par supprimer les langues anciennes en tant qu'enseignement, d'où ses difficultés à nous convaincre de sa bonne volonté !

Elle confond "apprendre le latin" et "découvrir à quoi ressemble le latin" : une heure hebdomadaire en moins, cela fait tout de même plus de trente heures supprimées par an! Comment peut-on prétendre faire la même chose? Du moins pour les établissements où il sera possible de mettre en place cet "enseignement complémentaire" annoncé à la hâte pour nous rassurer mais pour lequel rien n'était prévu. Au fait, comment sera prise en compte l'évaluation des élèves dans le cadre de cet "enseignement complémentaire"?

Qui plus est, elle répète ses attaques : une fois de plus elle prétend que ceux qui ne sont pas d'accord avec elle n'ont tout simplement pas lu sa réforme. Est-ce ce qu'on appelle un débat quand on accuse tous ceux qui ne partagent pas les mêmes opinions de ne pas savoir lire?

Peut-on accuser un ancien recteur d'académie, Alain Morvan, qui publie sa lettre sur twitter, de ne pas avoir lu le projet ? Il semble au contraire en avoir fait une lecture très approfondie...
Portrait de Loys
Loys a répondu au sujet : #320 il y a 2 ans 3 mois
C'est pire puisqu'il s'agit de dire que les élèves qui feront EPI LCA feront du latin ou du grec ancien, alors que ce n'est pas possible.
Portrait de Anonymes
Anonymes a répondu au sujet : #321 il y a 2 ans 3 mois
En effet. Mais elle multiplie les déclarations ambiguës et les affirmations de bonne foi, "oubliant" ses propres propos : l'apprentissage des langues anciennes "pourra" se faire dans le cadre des hypothétiques enseignements complémentaires, tandis que les EPIs seront réservés à la culture; c'est la méthode du ministère pour décloisonner!
Portrait de Loys
Loys a répondu au sujet : #322 il y a 2 ans 3 mois
L'article vient d'être publié in extenso.

Aujourd'hui, le latin et le grec sont suivis, en option, par seulement 18 % de collégiens. Nous allons les réintégrer dans les 26 heures d'enseignement obligatoire, au sein de l'EPI "Langues et Cultures de l'Antiquité". Ce programme est actuellement en cours d'écriture.

Mais les EPI ne suivent pas de programme, mais permettent au contraire de traiter les programmes des disciplines du tronc commun.

Je cite :

Les projets sont pris en charge par les enseignants de toutes les matières qu'ils sollicitent. Ils définissent en équipe les contenus des cours. [...]
Les nouveaux thèmes de travail sont inscrits dans les programmes.


Source : www.education.gouv.fr/cid86831/college-m...r-mieux-reussir.html

Confusion EPI LCA et "enseignements de complément" ?
Portrait de asducatillon
asducatillon a répondu au sujet : #323 il y a 2 ans 3 mois
Je viens d'adresser le courrier ci-dessous à la ministre (+ son directeur de cabinet Bertrand Gaume, la directrice générale de l'enseignement scolaire Florence Robine, le président de la République). J'ai également contacté les rédactions de Marianne, Libération, du Figaro.
N'hésitez pas à vous en emparer, à l'envoyer, à le diffuser.
Anne-Sophie Ducatillon


Madame la Ministre,

Depuis plusieurs semaines, vous défendez la réforme du collège dans de nombreux médias, et vous demandez “un débat d’idées sincère et honnête” et un échange d’“arguments de bonne foi”.

Comme le ministre de l’Intérieur, “par principe je ne crois pas ce que la presse écrit, de même qu’elle a raison de ne pas croire a priori ce que disent les ministres, car tout propos doit pourvoir être vérifié et faire l’objet d’un regard critique.”(1)
En tant que maman d’élèves soucieuse d’une instruction exigeante pour ses enfants, j’ai écouté et regardé quelques-unes de vos différentes interventions télévisées et radiophoniques(2), j’ai également lu les textes parus sur la réforme.
Vos services pourront peut-être m’aider à clarifier les points suivants.

Vous avez déclaré par deux fois sur un plateau de télévision que la réforme a été adoptée par le CSE. Cet organe n’est-il pas uniquement consultatif(3) ?

Vous avez fait le constat que 12% des élèves de CM2 ne maîtrisent pas les compétences de base attendues en français et que 9% des élèves de CM2 ne maîtrisent pas les compétences de base attendues en mathématiques(4). Pourquoi commencez-vous par réformer le collège pour remédier à cette situation, plutôt que d’agir en primaire ?

Vous avez justifié la nécessité de cette réforme parce que les élèves s’ennuient au collège. Sur quelles sources vous êtes-vous appuyée ? Je ne peux croire qu’il s’agisse uniquement de l’enquête menée en 2010 auprès de 760 enfants scolarisés en primaire et au collège, issus de quartiers populaires, par un étudiant de l'Association de la fondation étudiante pour la ville (AFEV)(5), ce qui ne serait représentatif ni en terme d’effectifs ni en terme de population scolaire !

Vous répétez que le gouvernement crée 4 000 postes d’enseignants, en réalité des “équivalents temps plein”. La disparition des sections de langues vivantes (bilangues et européennes), des options (langues anciennes, langues régionales, découverte professionnelle) et de l’aide personnalisée en plus des heures disciplinaires en 6ème ne va-t-elle pas supprimer de nombreux postes ? Quelle est alors la part réelle de “création” de postes ?
La France compte 7 100 collèges. Les 4 000 “postes” équivaudraient donc à 10 heures par semaine accordées à chaque établissement ?

Vous avez déclaré que les élèves ne bénéficiaient pas de dispositif de soutien avant la réforme. Tous les élèves de 6ème n’ont-ils pas actuellement 2 heures par semaine d’aide et d’accompagnement au travail personnel, en plus des horaires disciplinaires(6) ?

Vous avez déclaré que les horaires disciplinaires étaient maintenus. Les 3 heures par semaine d’accompagnement personnalisé en 6ème ne seront-elles pas prises sur les heures disciplinaires(7) ? Les 4 heures par semaine d’accompagnement personnalisé et d’EPI en 5ème, 4ème et 3ème ne seront-elles pas prises sur les heures disciplinaires(7) ?
Les élèves ne perdront-ils pas ainsi, sur les quatre années du collège, 540 heures d’enseignements disciplinaires, de savoirs fondamentaux, structurés et progressifs ?

Les EPI ont vocation à ce que “les élèves s'approprient mieux les connaissances”, “développ[ent] l'expression orale, l'esprit créatif et la participation”(8). Les élèves apprendront-ils aussi bien les savoirs fondamentaux dans un EPI ayant pour but, par exemple, de “réaliser un élevage”(9) que dans un cours traditionnel ?

En quoi les EPI seront-ils interdisciplinaires si les enseignants n’ont pas les moyens pour intervenir à plusieurs dans un même cours ?

Vous avez affirmé que les sections bilangues (15% des collégiens), les sections européennes (10% des collégiens) et les options de langues anciennes (20% des collégiens) sont “réservées” à ce que vous appelez un petit nombre d’élèves, une “élite dynastique”. Ces dispositifs ne sont-ils pas présentés et proposés à tous les élèves de France ?
Vous dites que ce sont les dispositifs, et non pas les disciplines, qui sont élitistes. N’est-ce pas l’institution qui a restreint ces dispositifs (chefs d’établissement, recteurs, DASEN, ministres) ?

La mise en place des classes bilangues en 2004 a jugulé et inversé la baisse des inscriptions en allemand subie dans les années 1990(10). Peut-on affirmer que la suppression quasi-généralisée de ces classes bilangues n’entraînera pas un retour en arrière ?

Vous avez déclaré que les classes bilangues ne sont pas supprimées, puisqu’elles seront maintenues, en 6ème uniquement, si les élèves ont étudié une autre langue que l’anglais au primaire. Or 93% des élèves apprennent l’anglais au primaire(11). Quelle proportion de classes bilangues sera effectivement maintenue en 6ème ?

Vous avez déclaré vouloir améliorer les compétences des élèves en langues vivantes par l’apprentissage d’une seconde langue dès la 5ème. Les élèves progresseront-ils vraiment dans des classes surchargées (2 minutes de temps de parole par élève dans l’hypothèse – optimiste – d’une classe de 25 élèves, d’un cours de 55 minutes, pendant lequel le professeur n’intervient pas) ?

Vous avez laissé entendre à plusieurs reprises que les cours de latin se limitent aujourd’hui à l’étude des déclinaisons. Les cours de latin et de grec ne sont-ils pas des cours de “Langues et cultures de l’Antiquité” depuis 2007 ? Les enseignants de langues et cultures de l’Antiquité ne respectent-ils pas le programme et ne s’appliquent-ils pas à faire connaître à leurs élèves les langues anciennes mais aussi les civilisations latines et grecques ?

Vous avez affirmé que le latin (et le grec ?) seront offerts à tous les collégiens. Sur les huit EPI mentionnés par les textes, les élèves pourront n’en suivre que six(12). Qu’est-ce qui garantit que ces huit EPI (dont celui portant sur les langues et cultures de l’Antiquité) seront effectivement proposés par tous les établissements ?

Vous avez affirmé que la réforme accorde le même nombre d’heures aux langues anciennes qu’auparavant. Rétablissez-vous un horaire spécifiquement dédié pour les langues anciennes ? Il m’avait semblé comprendre qu’une partie de ces heures (EPI) devrait être prise sur les enseignements disciplinaires, et qu’une autre partie (enseignements complémentaires, 1h en 5ème, 2h en 4ème et 3ème, contre 2h en 5ème, 3h en 4ème et 3ème actuellement) devrait être prise sur les heures de travail en groupe et sur les heures permettant une réelle interdisciplinarité avec deux professeurs devant les élèves

Vous avez affirmé que les dispositifs élitistes et de sélection que seraient les options disparaissent avec la réforme. L’enseignement dédié aux langues anciennes proposé en complément aux élèves qui le souhaitent ne sera-t-il pas un retour à ces dispositifs dits élitistes ?

Vous avez affirmé que “le nombre de postes de professeurs au capes de latin augmente.” Le nombre de candidats sera-t-il suffisants pour pourvoir les postes offerts ? Le CAPES de Lettres Classiques n’a-t-il pas été supprimé par un arrêté du 19 avril 2013 ? Quelle sera donc la qualification de ces professeurs nouvellement recrutés ?

Vous déplorez que seuls 5% des élèves poursuivent l’étude du latin en seconde. Avez-vous pris en compte les conditions de cet enseignement au lycée (multiplication des dispositifs offerts – options et enseignements d’exploration ; regroupement de niveaux et d’objectifs différents – Seconde, Première, Terminale, option et enseignement d’exploration ; horaires réduits et/ou dissuasifs) ?

Vous souhaitez mettre en place une réforme ambitieuse en “part[ant] de ce qui marche déjà sur le terrain”. Quelles sont les expérimentations menées, à quelle échelle, depuis combien de temps ? Quel bilan en a été tiré, à court terme (taux de réussite au DNB, maîtrise des compétences de base) et à long terme (orientation en lycée, et dans l’enseignement supérieur) ?

Je vous remercie par avance de l’attention que vous apporterez à ce courrier, et des réponses que vous y apporterez.

Je vous prie d’agréer, Madame la Ministre, l’expression de mes salutations respectueuses.

Anne-Sophie Ducatillon
Parent de futurs collégiens

(1) rue89.nouvelobs.com/2015/04/19/cazeneuve...auvais-proces-258746
(2) mercredi 29 avril, itélé, entretien à l’issue du Conseil des ministres
jeudi 30 avril, RTL, RTL Matin, L’invité de RTL
dimanche 3 mai, France 3, JT du 12/13
mardi 5 mai, Europe 1, L’interview politique de Jean-Pierre Elkabach
mercredi 6 mai, itélé, L’invité politique de Laurence Ferrari
jeudi 7 mai, LCI, L’invité politique de Guillaume Durand
(3) “Le Conseil supérieur de l’éducation (CSE) est une instance consultative placée sous la présidence du ministre chargé de l’éducation nationale.”( www.education.gouv.fr/cid56490/organismes-consultatifs.html )
(4) cache.media.eduscol.education.fr/file/Me..._college4_410633.pdf
(5) www.afev.fr/communication/JRES/archives/...toires_Afev_2010.pdf
(6) www.education.gouv.fr/cid80/les-horaires...ycle-au-college.html
(7) www.education.gouv.fr/cid87892/adoption-...u-10-avril-2015.html
(8) www.education.gouv.fr/cid86831/college-m...r-mieux-reussir.html
(9) cache.media.education.gouv.fr/file/CSP/0...C4_adopte_412043.pdf
(10) LV1 allemand : 12,7% en 1990 – 8,75% en 2002 / LV2 allemand : 27% en 1990 – 13,15% en 2002 ( www.senat.fr/rap/r03-063/r03-0631.html )
(11) chiffres de 2013, eduscol.education.fr/cid45682/chiffres-cles.html
(12) cache.media.eduscol.education.fr/file/Co...l_2015_V5_412411.pdf
Portrait de Loys
Loys a répondu au sujet : #325 il y a 2 ans 3 mois
Merci beaucoup !

Puis-je publier sur "Avenir latin grec" votre lettre ?
Portrait de asducatillon
asducatillon a répondu au sujet : #326 il y a 2 ans 3 mois
Avec grand plaisir !
Il faudra simplement corriger ma note (8) qui est devenue malencontreusement une émoticône.
Portrait de Loys
Loys a répondu au sujet : #327 il y a 2 ans 3 mois
C'est fait !

Merci beaucoup pour vos questions très lucides.