22 avril 2015



Portrait de Loys
Loys a répondu au sujet : #141 il y a 2 ans 5 mois
Compte tenu de la liste des signataires, il aurait convenu que "Libération" précise que cette tribune était une tribune de députés PS défendant une réforme PS. Elle s'inscrit exactement dans la lignée de la stratégie offensive de Najat Vallaud-Belkacem la veille ( "Que les conservateurs tombent les masques !" ).

Le titre de la tribune ("Le choix d'un collège plus juste") participe de la même volonté de radicalisation du débat : la justice est d'un côté, l'injustice de l'autre. Les professeurs de lettres classiques sauront donc qu'ils avaient vocation, depuis des décennies et même par leur simple existence, à servir un système injuste.

TRIBUNE

La nouvelle organisation du collège, proposée par la ministre de l'Education nationale, élargit l’accès à des dispositifs actuellement réservés à une minorité.

Réserver : Destiner quelque chose à l'usage exclusif ou particulier de quelqu'un.

L'emploi de ce terme est donc rhétorique puisque les langues anciennes ne sont "réservées" à personne.

Au fronton de toutes les écoles françaises, la devise de la République – Liberté, Egalité, Fraternité – s’affiche fièrement. Mais à chaque tentative de faire évoluer les politiques publiques vers plus d’égalité...

Égalité à ne plus faire de latin, en l'occurrence...

...les défenseurs acharnés d’un immobilisme...

C'est vrai : la suppression d'un enseignement va contre l'immobilisme !

...qui ne protège que ceux qui profitent du système montent au créneau et manifestent bruyamment pour la défense des avantages de quelques-uns.

C'est donc supposer que les professeurs de lettres classiques qui défendent leur enseignement le font dans le seul intérêt des classes favorisées.

"avantages" : encore la rhétorique des nantis.

[...] Que la grande majorité des collégiens auront accès, dans le cadre des nouveaux enseignements pratiques interdisciplinaires, à l’étude de la culture et de la civilisation antiques quand, à l’heure actuelle, à peine 18 % d’entre eux y ont accès en suivant les options facultatives latin et grec.

Même rhétorique piégée : tout le monde y "a accès" de droit. Seule une partie des élèves fait cet effort.

Cela contribuera d’ailleurs à la promotion de l’apprentissage des langues anciennes...

Une heure d'un EPI LCA pendant un an, sans langue ancienne ni histoire, fera mieux en effet pour la promotion des langues anciennes qu'une option proposant un parcours de 8h hebdomadaires sur trois ans !

...qu’un trop grand nombre de latinistes et d’hellénistes abandonne en entrant au lycée.

L'accusation copie l'argumentaire ministérielle, mettant implicitement en cause les enseignants de lettres classiques.

Un système à deux vitesses

Est-ce affaiblir l’exigence scolaire ? Non, c’est ouvrir à tous l’accès à des dispositifs actuellement réservés à une minorité...

Ils ne sont pas "réservés"...

... le plus souvent privilégiée socialement et culturellement.

Mais souvent aussi défavorisés socialement et culturellement : ce sont autant d'élèves exposés à deux ou trois heures par semaine en plus d'une ouverture culturelle et linguistique qui leur sera retirée par la réforme.

Car ne nous voilons pas la face. Les élèves issus de familles défavorisées représentent en moyenne plus de 30% des collégiens mais moins de 20% des élèves des sections européennes anglais et des élèves dans les classes bi-langues anglais-allemand. En classe de 5e, seuls 12% des élèves issus de familles défavorisées apprennent le latin contre 31% des élèves issus de familles très favorisées.

Preuve de l'importance de porter le plus possible cet enseignement dans les milieux les plus défavorisés, comme s'efforcent de le faire les enseignants quand les familles ne le font pas.

Avec la réforme du collège, il est donc mis fin à un système souvent à deux vitesses : les bénéfices des dispositifs jusqu’à présent réservés à une minorité sont étendus à tous.

Il ne sont pas "réservés" et ils ne seront pas "étendus à tous" : les "enseignements de complément" restent une option qu'en bonne logique il faudrait également supprimer.

Najat Vallaud-Belkacem l’a exprimé avec force : «Il ne s’agit pas de supprimer un droit ou une possibilité pour quelques-uns. Il s’agit de le généraliser.» La réforme du collège met «l’excellence au service de la réussite de tous les collégiens».

Sauf que cette "excellence" s'apparente en réalité à un simulacre d'enseignement.

Et cette réforme, c’est aussi des moyens supplémentaires....

Pris sur les options ainsi supprimées brutalement...

...trois heures d’accompagnement personnalisé pour tous les élèves en 6e, des heures dans chaque collège pour le travail en petits groupes...

Petits groupes pour tous ou langues anciennes pour quelques-uns : il faudra choisir car telle est la réforme en l'état.

...des temps d’enseignement pour la réalisation de projets collectifs concrets, l’apprentissage du travail en équipe et de l’expression orale, et le développement des compétences numériques. La réforme du collège donne aux enseignants les moyens pour répondre de manière différenciée aux besoins spécifiques de chaque élève et fait, comme l’a souligné la ministre de l’Education nationale, «apprendre mieux les élèves grâce à de nouvelles pratiques pédagogiques».

?

En notant que l'horaire global des élèves dans le tronc commun diminue : les "nouvelles pratiques pédagogiques" ont bon dos !

Le poids de l’origine sociale

Que ceux qui refusent de voir le collège évoluer assument les conséquences de leur choix. On peut se satisfaire d’un collège à la sortie duquel seuls 75% des enfants issus d’un milieu défavorisé obtiennent le brevet contre 96% des enfants issus d’un milieu très favorisé.

Le brevet, comme le bac ou le taux de décrochage, n'est pas un bonne référence pour juger de la réussite ou de l'échec du système.

Notons que, selon cette tribune, s'opposer à la réforme du collège, c'est "se satisfaire" d'un collège inégalitaire...

On peut se satisfaire d’une scolarité au collège au cours de laquelle les élèves issus des milieux sociaux les plus défavorisés, plus faibles à l’entrée en 6e, voient leurs résultats se dégrader davantage que les autres. On peut même se satisfaire d’une augmentation, depuis dix ans, du nombre d’élèves de 3e qui ne maîtrisent pas les compétences de base. Mais il faut alors reconnaître que seul le destin de 20% de nos enfants nous intéresse.

Cet échec est déjà patent avant l'entrée au collège.

Curieusement, Patrick Bloche ne s'interroge pas sur les raisons de cet échec scolaire depuis plusieurs décennies. Il est vrai qu'il y aurait beaucoup de choses à dire, dont certaines concerneraient l'actuelle majorité...

De cette situation, nous ne nous satisfaisons pas.

Nous non plus, à vrai dire. Et nous sommes en première ligne...

Alors que depuis 2002 le poids de l’origine sociale sur les performances des élèves de 15 ans a fortement augmenté, oui, il est enfin temps de réformer le collège pour en finir avec le déterminisme social et scolaire.

Cette réforme fera tout le contraire, comme toutes les réformes qui ont conduit à la dégradation actuelle.

"Un collège plus juste", c'est donc un collège sans latin ni grec ancien. Curieux humanisme.
Portrait de germanistgood
germanistgood a répondu au sujet : #144 il y a 2 ans 5 mois
Bravo pour ce démontage pied à pied d'une rhétorique fallacieuse !!! :)