13 avril 2015

Najat Vallaud-Belkacem était interrogée par Jean-Jacques Bourdin sur "BFMTV"

Najat Vallaud-Belkacem. – Moi ce qui me fatigue depuis quelques jours, parce que je vois les tribunes s’écrire…

Jean-Jacques Bourdin. – C’est la défense du latin et du grec, tout à coup ?

Najat Vallaud-Belkacem. – Non, c’est à quel point on peut baigner dans la désinformation la plus complète… mais la plus complète !

Jean-Jacques Bourdin. – Allez-y !

Najat Vallaud-Belkacem. – Non le latin et le grec ne disparaissent pas du collège. Au contraire : ils sont renforcés.

Jean-Jacques Bourdin. – Mais comment ?

Najat Vallaud-Belkacem. – Pourquoi ils sont renforcés ? Parce qu’aujourd’hui, le latin et le grec, vous l’avez dit vous-même, c’est une « option ». Que veut dire « option » ? Ça veut dire que ça ne fait pas partie de la scolarité obligatoire, que les élèves qui veulent faire du latin ou du grec, c’est un choix qu’ils font en plus, en plus de leurs heures de scolarité. Donc, en réalité, que généralement ils ne font pas. Il n’y a que 20% des collégiens qui font du latin et du grec. Pourquoi ? Parce que c’est aride de prendre des heures en plus, etc., vous le savez bien. Et que d’ailleurs ces 20%, c’est au début du collège, c’est en classe de 5e, mais ensuite, quand on les retrouve au lycée, on a une déperdition totale puisque ils ne sont plus que… en gros il y a les trois quarts qui abandonnent sur les 20%. Donc ça prouve bien que le système actuel, si on croit à la vertu du latin et du grec, est mauvais : il ne concerne qu’un tout petit nombre d’élèves…

Jean-Jacques Bourdin. – C’est dans le cadre de l’EPI qu’on enseignera le latin et le grec ?

Najat Vallaud-Belkacem. – … Et parmi ce tout petit nombre d’élèves, la plupart abandonnent. La preuve que c’est quand même pas terrible. Donc, nous, qu’est-ce qu’on dit ? Qu’on tient beaucoup au latin et au grec, qu’on a envie que ça concerne 100% des collégiens et pas 20% et donc qu’est-ce qu’on fait ? On le transforme en enseignement pratique interdisciplinaire, un enseignement, ça veut dire que c’est dans le temps de la scolarité, ça fait partie des 26 heures.

Jean-Jacques Bourdin. – A condition que le chef d’établissement et le conseil pédagogique décident de cet enseignement...

Najat Vallaud-Belkacem. – Oui, bien sûr, mais tout comme le système des options aujourd’hui : mais Jean-Jacques Bourdin, comment croyez-vous que ça marche ? C’est aussi quand le chef d’établissement voulait… tous les établissements n’ont pas d’option. Sauf que demain, la différence entre l’option latin-grec telle qu’elle existe aujourd’hui et l’enseignement de latin-grec tel qu’il existera demain, c’est que demain chaque établissement aura sur une palette de huit enseignements pratiques interdisciplinaires l’obligation d’en faire au moins six. Donc au moins six, ça veut dire que le latin et grec a beaucoup plus de chance de se retrouver dedans qu'aujourd’hui dans les options.

Alors, pourquoi est-ce que nous souhaitons que tous les élèves puissent accéder au latin-grec et c’est pour ça que – pardon, j’en souris presque – je trouve ça ahurissant de devoir démentir en permanence des rumeurs alors qu’il suffit d’aller regarder le projet du ministère sur le site du ministère (www.education.gouv.fr) ? Pourquoi est-ce que nous trouvons que c’est important ? Nous trouvons que c’est important parce que, d’abord, ça élève le niveau du français et que vous savez que nous avons fait du renforcement du français un fondamental. Ça l’élève parce qu’en donnant des connaissances aux élèves en matière d’étymologie et en matière de composition des mots, en matière de fonctions grammaticales, eh bien oui les élèves seront plus forts. Mais il fait que tous les élèves, tous les collégiens soient plus forts. Nous trouvons que c’est bien de soutenir le latin et le grec parce apprendre la culture, la civilisation antique, eh bien ça donne des connaissances aussi aux élèves sur la citoyenneté et qu’on est dans un temps, vous savez, où on veut que l’école transmette des valeurs. Donc nous faisons cela dans un cadre qui préserve tout ce qui existait jusqu’à présent. Pour rentrer bien dans les détails, jusqu’à présent, l’option latin telle qu’elle existait permettait aux élèves de faire deux heures de latin en 5e, trois heures en 4e, trois heures en 3e. Demain, avec l’enseignement langues et cultures antiques, vous aurez deux heures en 5e, trois heures en 4e, trois heures en 3e. Mais pour un plus grand nombre d’élèves.

 

Autre retranscription sur le site de Najat Vallaud-Belkacem avec possibilité de commenter.


 

Dans la presse, échos de la communication ministérielle :

Dans "Les Echos" du 17 avril 2015 :

Certains syndicats et des associations d'enseignants se mobilisent contre la « disparition » programmée, selon eux, des langues anciennes. « On met l'excellence à portée de tous les collégiens », affirme au contraire Najat Vallaud-Belkacem en généralisant l'initiation aux langues anciennes.

Dans "Le Point" du 16 avril 2015 :

Enfin les langues anciennes, latin et grec, ne seront plus une option, perspective qui fait craindre leur disparition à des associations d'enseignants. Elles seront enseignées via un Enseignement pratique interdisciplinaire (EPI) Langues et cultures de l'Antiquité et un "enseignement de complément".

Dans "Le Parisien" du 16 avril 2015 :

En outre, les langues anciennes, latin et grec, ne seront plus une option et seront enseignées via un Enseignement pratique interdisciplinaire (EPI) Langues et cultures de l'Antiquité.

Dans "Les Echos" du 16 avril 2015 :

Les langues anciennes, latin et grec, disparaissent en tant qu’option, mais seront enseignées à tous via un enseignement pratique interdisciplinaire « Langues et cultures de l’Antiquité » et un « enseignement de complément ».

Dans "VousNousIls" du 14 avril 2015 :

L’enseignement des langues anciennes devrait se retrouver dans un enseignement pratique interdisciplinaire, un EPI, consacré aux langues et cultures de l’Antiquité. « Cela veut dire que c’est dans le temps de scolarité », a affirmé la ministre, qui précise enfin que « chaque établissement sur une palette de huit EPI aura l’obligation d’en faire au moins six ».