1er février 2019

Dans "Le Figaro" (abonnés) : "Lycées: les options rapporteront moins au baccalauréat".

 

Quelques éléments d'analyse à ajouter :

Contrairement à ce qu'affirme l'article, l'inflation des options au baccalauréat (cf supra) n'est pas liée aux points bonus obtenus dans les options (en vigueur depuis longtemps et qui ne concernent qu'une minorité de lycéens). Elle est en réalité davantage à imputer aux consignes de notation du baccalauréat dans toutes les disciplines ainsi qu'à une épreuve nouvelle depuis le milieu des années 2000 et dont les points uniquement supérieurs à la moyenne sont ajoutés : les TPE.

"Les op­tions ex­pliquent en par­tie le coût élevé du lycée par rap­port aux autres ni­veaux de l'en­sei­gne­ment sco­laire" mais cette partie est relativement faible, comme nous l'avions montré dans cette précédente analyse du rapport 2015 de la Cour des comptes.

Nous soulignons dans l'article du "Figaro" :

Lycées: les options rapporteront moins au baccalauréat

Par Marie-Estelle Pech

 

En 2021, ces matières facultatives ne compteront quasiment plus dans l'obtention de l'examen.

 

Ces images de brillants lycéens faisant la une de la presse locale, avec leur spectaculaire 23 sur 20 de moyenne au bac n'existeront plus en 2021, date de réforme de l'examen. Et les mentions (très bien, bien, assez bien), qui faisaient la fierté des grands-parents, et qui battent chaque année des records, seront beaucoup plus difficiles à obtenir, car les options vont être affaiblies par la réforme. Elles ne compteront quasiment plus dans l'obtention du bac. Or, au­jour­d'hui, les points bonus au-des­sus de 10/20 ob­te­nus grâce aux op­tions per­mettent, selon les sta­tis­tiques du mi­nis­tère de l'Édu­ca­tion na­tio­nale, de dé­cro­cher une men­tion dans 25 % des cas pour la men­tion très bien et dans 20 % des cas pour la men­tion bien. Un choix stra­té­gique bien connu des ly­céens : en latin et grec, où les pro­fes­seurs sont par­ti­cu­liè­re­ment gé­né­reux - à moins que leurs élèves ne soient très brillants - , seuls 5 % ob­tiennent moins de 10/20. Quelque 50 % des can­di­dats ob­tiennent 17/20 ou plus. Ils sont même 15 % à ob­te­nir 20/20 ! »

Le « gain » est à peine moins in­té­res­sant en langues vi­vantes. En arts, neuf can­di­dats sur dix ob­tiennent une note su­pé­rieure à 10, et ils sont un tiers à ré­col­ter au moins 17/20. Grâce à ces épreuves fa­cul­ta­tives, les can­di­dats peuvent ga­gner jus­qu'à 40 points sur un total né­ces­saire de 340 à 390, selon les sé­ries. Une af­faire ju­teuse qui per­met aussi à toutes ces dis­ci­plines de conser­ver leur aura au­près des ly­céens jus­qu'en classe de ter­mi­nale. Com­ment les at­ti­rer dé­sor­mais après leur avoir fait mi­roi­ter pen­dant des an­nées que « faire du latin, ça rap­porte des points » ?

La Cour des comptes et l'OCDE ont pointé maintes fois le coût des op­tions au lycée. « Avec la ré­forme du bac, on as­siste clai­re­ment à une re­mise à plat des fi­nan­ce­ments », sou­ligne le pro­vi­seur d'un grand lycée pa­ri­sien. Si Jean-Mi­chel Blan­quer, le mi­nistre de l'Édu­ca­tion na­tio­nale, n'a de cesse de ré­pé­ter que sa ré­forme n'a pas pour but de bais­ser les coûts, les as­so­cia­tions de spé­cia­listes, elles, ont fait leurs pe­tits cal­culs. »

Les pro­fes­seurs de la­tin-grec, qui dis­posent du meilleur re­lais dans les mi­lieux in­tel­lec­tuels, ont été les pre­miers à tirer la son­nette d'alarme. Selon les cal­culs du pro­fes­seur et blo­gueur pa­ri­sien Loys Bonod, un élève qui choi­sit une langue an­cienne est per­dant. Avec 13,5/20 de moyenne et 16/20 en latin, il ob­tient ac­tuel­le­ment 14/20 de moyenne gé­né­rale, dé­cro­chant au pas­sage la men­tion bien. Avec la pre­mière ver­sion de la ré­forme Blan­quer, il par­ve­nait à 13,52 (+ 0,02 point). Avec l'ar­rêté rec­ti­fi­ca­tif pu­blié le 25 jan­vier der­nier pour don­ner un coup de pouce po­li­tique au latin, il at­tein­dra une moyenne de 13,68 (+ 0,18 point). L'af­faire se ré­sume, selon lui, à « une quasi-sup­pres­sion, puis un recul en forme de conces­sion et de res­tau­ra­tion du bonus en trompe l'œil », le latin et le grec comp­tant « trois fois moins qu'au­jourd'­hui ». Forts de leur poids po­li­tique, les pro­fes­seurs de la­tin-grec s'en sortent mal­gré tout mieux que d'autres dis­ci­plines. Ils ont par ailleurs né­go­cié un en­sei­gne­ment de spé­cia­lité qui per­met de faire jus­qu'à six heures de latin et de grec en ter­mi­nale, même si les ly­cées qui ont choisi d'of­frir cette spé­cia­lité sont peu nom­breux. « Ils sont af­fai­blis mais ils ont tiré leur épingle du jeu », ana­lyse notre pro­vi­seur pa­ri­sien.

 

Moins en­ten­dus, les pro­fes­seurs de mu­sique, arts plas­tiques, sport, langues vi­vantes rares et langues ré­gio­nales craignent quant à eux d'être les din­dons de la farce. Selon Anne-Claire Sce­balt, pré­si­dente de l'As­so­cia­tion des pro­fes­seurs d'édu­ca­tion mu­si­cale, un élève ob­te­nant 20/20 en mu­sique voit au­jour­d'hui sa moyenne gé­né­rale gon­fler de 10/20 à 10,9. De­main, cette note spec­ta­cu­laire ne lui rap­por­tera que 0,09 point. « Les pro­vi­seurs sup­priment d'ores et déjà cette op­tion, nous di­sant que ça n'ap­porte rien pour le bac et que les élèves ne la choi­si­ront pas », sou­ligne-t-elle. Certes, tous les élèves ne choi­sissent pas une op­tion par cal­cul. Cela peut être par plai­sir, par goût de la dis­ci­pline. « Ces op­tions conti­nue­ront à ren­con­trer un vrai pu­blic », af­firme-t-on dans l'en­tou­rage du mi­nistre. Mais « nous al­lons perdre beau­coup d'élèves », ré­torque l'en­sei­gnante. Même constat du côté des pro­fes­seurs d'arts plas­tiques. « Un ins­pec­teur gé­né­ral nous a clai­re­ment dit que, dans deux ans, on fer­mait les op­tions », af­firme Guillaume Weil, pro­fes­seur d'arts plas­tiques à Blois. Pour l'As­so­cia­tion des pro­fes­seurs de langues vi­vantes (APLV), la ré­forme « va sans doute avoir pour effet de di­mi­nuer net­te­ment le choix de langues prises en op­tion, qui sont le plus sou­vent soit des langues ré­gio­nales soit des langues étran­gères peu en­sei­gnées ». Pour l'as­so­cia­tion, cette « dis­pa­ri­tion pro­gram­mée est très grave, parce que ces langues peu en­sei­gnées as­surent le main­tien d'un pa­tri­moine cultu­rel vi­vant, qu'un État mo­derne ne peut se per­mettre de perdre, parce qu'elles consti­tuent, pour cer­tains jeunes Fran­çais, le petit plus qui les ren­dra plus em­ployables, parce que ce sont par­fois des langues fa­mi­liales ou an­ces­trales, dont la re­con­nais­sance ins­ti­tu­tion­nelle va­lo­rise l'ex­pé­rience per­son­nelle des jeunes ».

 

Le coût des en­sei­gne­ments fa­cul­ta­tifs pointé du doigt

 

L'exis­tence d'en­sei­gne­ments en pe­tits groupes, qui ré­sulte de la mul­ti­pli­ca­tion des choix d'op­tions au lycée, concourt for­te­ment à ac­croître les coûts d'en­sei­gne­ment. Pour les ly­céens fran­çais, ces der­niers sont ac­tuel­le­ment su­pé­rieurs de 38 % à ceux des autres pays de l'OCDE… pour des ré­sul­tats qui ne sont pas meilleurs. En 2015, un rap­port de la Cour des comptes poin­tait ces en­sei­gne­ments fa­cul­ta­tifs. Ils ras­semblent moins d'élèves par en­sei­gnant et coûtent donc plus cher chaque année, jus­qu'à 3000 € de l'heure, que les dis­ci­plines obli­ga­toires, entre 400 et 600 € de l'heure. Au sein des 58 langues vi­vantes que les ly­céens peuvent pas­ser à l'exa­men du bac­ca­lau­réat, 20 sont par exemple choi­sies par moins de 50 élèves en France, parmi les­quelles le bre­ton, le basque mais aussi l'al­ba­nais ou le lao­tien. Danse, théâtre, mu­sique, sport, langue des signes, voire échecs sont pro­po­sés un peu par­tout en France. Cer­tains éta­blis­se­ments offrent même la pos­si­bi­lité de faire du surf. L'ins­pec­tion gé­né­rale des fi­nances a cal­culé il y a quelques an­nées que la sup­pres­sion des cours de langue réunis­sant moins de 15 élèves par éta­blis­se­ment per­met­trait d'éco­no­mi­ser 3000 postes d'en­sei­gnants. Les op­tions ex­pliquent en par­tie le coût élevé du lycée par rap­port aux autres ni­veaux de l'en­sei­gne­ment sco­laire. Un ly­céen coûte deux fois plus cher qu'un éco­lier. Un éco­lier sur le­quel la France in­ves­tit moins que la moyenne de l'OCDE. Un comble, alors que tous les par­tis po­li­tiques ne cessent de ré­cla­mer la « prio­rité au pri­maire » …