18 août 2018

Dans "Le Figaro" du 18 août 2018 : « L’enseignement du latin et du grec favorise l’intégration » avec Pierre Judet de la Combe.

« L’enseignement du latin et du grec favorise l’intégration »

La Croix : Pourquoi enseigner le latin et le grec ?

Pierre Judet de La Combe : À l’école, l’élève acquiert des compétences qui vont lui permettre de comprendre, de lire et d’écrire. Mais il devrait aussi acquérir un rapport personnel avec la langue, c’est-à-dire pouvoir se situer en tant qu’être humain par rapport à ce langage. Or cette dimension est absente des programmes. L’objectif est d’être performant dans tous les domaines. Il faut donc savoir communiquer vite et de façon claire.

Or une langue n’a pas seulement cette fonction de « langue de service ». Elle est aussi langue de culture, langue historique, qui permet de réfléchir, d’inventer des mondes nouveaux, de se découvrir soi-même, de travailler sur son histoire. Les langues anciennes ont ce privilège d’être riches en textes qui ont fait nos cultures, pas seulement européennes, mais aussi de traditions juives ou arabes.

Quel est l’intérêt d’apprendre des langues mortes ?

P. J. L. C. : À l’origine du français, le latin directement et le grec indirectement, ces langues ne sont plus parlées. Mais le fait qu’elles soient mortes présente l’avantage de placer tous les enfants à égalité. En cela, le latin et le grec sont des langues démocratiques. De fait, dans les quartiers populaires de banlieue, il y a une vraie demande pour leur enseignement. Les élèves sont ravis d’avoir accès à une matière noble et utile pour la compréhension du français. C’est un facteur d’intégration énorme.

Quels apprentissages sont favorisés par l’enseignement du latin ou du grec ?

P. J. L. C. : Dans l’approche des textes classiques, on doit accepter de ne pas comprendre tout de suite. Il faut d’abord s’obliger à apprendre la grammaire, qui est relativement simple, puis voir comment sont exprimées des idées différentes. On s’intéresse à la ressemblance et à la différence des mots, des pensées, des langues, à l’évolution de l’humanité. Cet enseignement permet d’acquérir une conscience historique, de comprendre que l’esprit humain n’a pas tout fait d’un seul coup.

Le latin est à la fois le passé du français et une ressource pour l’avenir. Les langues anciennes placent chacun dans un rapport libre, réfléchi et réflexif à son propre langage. Pour s’approprier le texte, il faut plonger au fond des mots et des phrases. Traduire les grands textes, comme ceux de Sophocle, Virgile ou Platon, permet de produire des idées neuves, d’enrichir son vocabulaire, sa propre langue, afin de retrouver la force de l’original. En passant ainsi d’une langue à une autre, l’élève apprend la liberté.

Recueilli par France Lebreton


Trompettemarine a répondu au sujet : #1758 il y a 2 mois 3 semaines
Je viens de lire seulement l'article Pierre Judet de La Combe.
Merci !