13 juillet 2017

Dans "Le Point", Sophie Coignard : "Une lueur d'espoir pour le grec et le latin ?"

Une lueur d'espoir pour le grec et le latin ?

Le recul de l'enseignement des langues anciennes au collège dû à Najat Vallaud-Belkacem se poursuivra à la rentrée. Mais tout n'est pas perdu.

Et si le saccage des langues anciennes par Najat Vallaud-Belkacem était finalement un mal pour un bien ? C'est ce qu'espèrent certains professeurs de lettres, malgré la douche froide qu'a été, pour eux, l'arrêté publié le 16 juin 2017 sur l'organisation des enseignements dans les classes de collège. Celui-ci, d'une part, est sorti tardivement, à une date où il est difficile pour les 7 100 collèges de France de revoir leurs répartitions des moyens et leurs emplois du temps. Il prévoit, d'autre part, les horaires qui se situent en deçà de ce qui existait avant la funeste réforme entrée en vigueur à la rentrée scolaire 2016 : en cinquième, ce ne sont plus deux heures qui sont attribuées au latin, mais une seule. La formulation « dans la limite de… » indique en outre qu'il s'agit d'un plafond horaire qui ne peut être dépassé, sauf dérogation accordée par l'inspecteur d'académie.

L'association de défense des langues et cultures de l'Antiquité Arrête ton char, en pointe de la contestation, a lancé un sondage le 10 juillet auprès de ses adhérents. Les quelque 250 réponses venant de toutes les académies, même si elles ne correspondent pas à un échantillonnage représentatif, indiquent que moins de 10 % des collèges proposeront plus d'heures de latin-grec en septembre prochain qu'à la rentrée 2016.

Le latin pour lutter contre les inégalités

Voilà pour les mauvaises nouvelles. Mais il y en a aussi de meilleures. Contrairement aux habitudes prises sous le quinquennat précédent, où toutes les doléances concernant les langues anciennes demeuraient lettre morte en haut lieu, l'Élysée comme le ministère de l'Éducation nationale semblent conscients du recul engendré par la réforme du collège, qui a jeté aux orties le latin et le grec comme disciplines à part entière. Les différentes associations sont ou seront reçues durant l'été aussi bien à l'Élysée que Rue de Grenelle. C'est un net progrès.

Tous les défenseurs du grec et du latin, qui savent que les langues anciennes permettent aux élèves de mieux comprendre la langue française, d'appréhender l'histoire, d'accéder aux langues étrangères et aux disciplines scientifiques à travers l'étymologie, nourrissent l'espoir que cet arrêté du 16 juin, loin de marquer un aboutissement, constitue un premier petit pas destiné à montrer une volonté de changement, avant de réfléchir dans la durée, et non dans la précipitation.

Leur démarche de défense des langues anciennes est essentielle. Elle est fondée sur des éléments objectifs. Ainsi, alors que Najat Vallaud-Belkacem reléguait ces disciplines au magasin des accessoires, une étude du ministère de l'Éducation nationale montrait, en 2015, que le latin agit comme un accélérateur de réussite pour les élèves issus de milieux défavorisés.