30 mai 2017

Dans "Le Lab" : "L’exagération de Jean-Michel Blanquer sur les "classes de latin stupidement supprimées"" par Amandine Réaux.

 L’exagération de Jean-Michel Blanquer sur les "classes de latin stupidement supprimées"

Jean-Michel Blanquer s’est vu confier la mission courte et ardue de préparer en quelques mois seulement la rentrée scolaire de l’automne 2017 avec pas mal de changements dans les programmes scolaires. Le nouveau ministre de l’Éducation nationale entend revenir sur la réforme du collège de sa prédécesseure Najat Vallaud-Belkacem… mais avec un certain art de la synthèse (pardon, du *en même temps*). Ainsi, les classes bilangues, les classes européennes ainsi que l’enseignement des langues anciennes seront progressivement réinstaurés, et en même temps, le gouvernement n’entend pas supprimer les EPI (enseignements pratiques interdisciplinaires).

C’est ce que veut faire comprendre Jean-Michel Blanquer sur RTL ce mardi 30 mai. Mais le locataire de la rue de Grenelle balance une petite intox en plein exercice d’équilibriste. Il affirme sans ciller que les classes de latin "ont été stupidement supprimées" sous le précédent quinquennat :

"La réforme du collège qui a eu lieu ces dernières années, elle disait : d’un côté, il faut de l’autonomie. Et ça je peux dire oui. 20% de possibilité de travailler sur des horaires librement de chaque établissement, c’était une bonne idée. Et en même temps, elle supprimait ce que les collèges avaient sucré grâce au peu d’autonomie qu’ils avaient [...] et obligeait tout le monde à faire les fameux EPI. C’était une énorme contradiction. Donc moi, je reviens à de la cohérence. Je garde la notion d’autonomie, mais en revanche je dis aux collèges : 'Vous avez le choix : si vous avez fait des EPI qui vous plaisent, gardez-les - bien entendu vous aurez la possibilité de faire les classes de latin qui ont été stupidement supprimées'."

Sauf que c’est exagéré. La réforme du collège prévoyait certes la disparition des options latin et grec au profit d’un EPI "langues et culture de l’Antiquité". Mais les élèves avaient toujours la possibilité de suivre un "enseignement de complément" pour les volontaires (1 heure hebdomadaire en 5e, 2 heures en 4e et 3e, contre 2 heures puis deux fois 3 heures pour l’option, comme l'expliquait Le Monde).

On peut présumer que la réaction de Najat Vallaud-Belkacem à cette exagération se situera entre la moue (à l’annonce du nom de son successeur) et la dénonciation d’une fake news (face à Vanessa Burggraf).

Nos commentaires

Il est vrai que les options (et non "les classes") latinistes n'ont pas été supprimées mais il eût été bon de rappeler:

- qu'elles devaient bien l'être totalement, dans la présentation de la réforme du collège...

- que les options ont été mutilées (horaire réduit de 40% au mieux) et précarisées (les horaires annuels et un cursus latiniste de trois ans n'étant plus garantis nationalement)...

S'agissant de Najat Vallaud-Belkacem, c'est bien elle qui a employé le terme "disparu" (voir le verbatim de l'émission) quand Mme Burggraf ne faisait que mentionner "le retour de l'enseignement du latin et du grec" (à leur horaire initial).

Moralité : les "fake news" sont parfois bien utiles pour éviter les questions dérangeantes.