29 août 2016

Dans "Libération" : "Langues anciennes : Vallaud-Belkacem tente de désamorcer la polémique" par Marie Piquemal.

Langues anciennes : Vallaud-Belkacem tente de désamorcer la polémique

A quelques jours de la rentrée des classes, et de l'application de la réforme du collège, le ministère veut absolument démontrer que les critiques, notamment sur l'enseignement du latin, n'étaient pas fondées.

Avec la rentrée «s’évanouiront d’eux-mêmes les fantasmes et les polémiques stériles», prédit la ministre de l’Education en prélude du dossier de presse de rentrée. Najat Vallaud-Belkacem fait référence, entre autres, à l’enseignement du latin au collège, qui avait suscité tant d’émoi au printemps 2015, au moment de la présentation de la réforme du collège. Souvenez-vous: la multitude de tribunes parues dans la presse, tétanisées à l’idée d’une disparition programmée des langues anciennes. Dans la même veine, les amoureux de l’allemand hurlaient contre le coup de canif porté à l’option bilangue (deux langues vivantes dès la sixième), et par ricochet, craignaient-ils, à leur discipline. Alors que la réforme du collège entre en vigueur à cette rentrée, la dernière du quinquennat Hollande, la ministre met un point d’honneur à prouver que ces deux critiques n’étaient absolument pas fondées… Avec le risque de décevoir ceux qui défendaient la réforme.

Dans leur marge d’autonomie, 92% des collèges ont choisi de garder le latin…

La réforme du collège laisse aux établissements une marge d’autonomie dans l’organisation de l’enseignement. 20% de l’emploi du temps des élèves sera (en principe) aménagé différemment d’un collège à l’autre. Notamment, via les heures d’EPI (enseignement pratique interdisciplinaire), où des profs de différentes disciplines feront cours en même temps autour d’un projet commun. En juin, dans le cadre de la préparation de la rentrée, chaque collège a été amené à choisir six thèmes parmi les huit proposés.

Le ministère annonce aujourd’hui, triomphant, que 92% des collèges ont sélectionné l’EPI «langues et culture de l’antiquité» et que 70% des élèves de cinquième suivront ce module à la rentrée. «Ce qui veut donc dire que non seulement, le latin et le grec ne disparaissent pas, mais ils sont renforcés: trois fois plus d’élèves qu’aujourd’hui auront une initiation !», s’exclame l’entourage de la ministre.

Au printemps 2015, pour calmer la fronde, la ministre avait concédé que les chefs d’établissement pourraient aussi piocher dans les 20% de marge d’autonomie pour proposer, en plus de l’EPI, un «enseignement de complément» en latin et grec. Un remake de l’option facultative, donc. L’inconnue demeurait sur les choix qui seraient faits par les collèges: allaient-ils maintenir l’option ou préféraient utiliser la marge d’autonomie différemment en proposant plus de cours en petit groupe par exemple ? Réponse du ministère aujourd’hui: «Plus de 90% des collèges proposent aussi l’enseignement de complément ! 20% des cinquièmes l’ont demandé, ce qui équivaut au pourcentage d’élèves qui suivaient l’option latin jusqu’ici.» Ce qui veut donc dire que les chefs d’établissement ont majoritairement décidé de maintenir cet enseignement, quitte à avoir une enveloppe horaire plus petite pour les autres projets et les cours en petit groupe.

Les classes bilangues toujours aussi nombreuses… à Paris, du moins

Dans sa philosophie originelle, la réforme du collège visait à lutter contre les inégalités en commençant par mieux répartir les moyens et arrêter de donner plus à ceux qui sont les plus favorisés. L’option bilangue (deux langues étrangères dès la sixième) s’inscrivait dans cette logique. Jusqu’ici, 16% des sixièmes apprenaient deux langues, les autres devaient attendre la quatrième. L’idée était donc de généraliser l’apprentissage de la deuxième langue dès la cinquième – la première langue vivante étrangère étant quant à elle instaurée à l’entrée au CP. Le ministère avait tout de même prévu une entorse, pour les écoles primaires proposant une autre langue que l’anglais: ces élèves pourraient eux apprendre l’anglais et continuer l’apprentissage de l’autre langue en sixième. Ce que le ministère appelle les classes bilangues de continuité.

Résultat à l’arrivée: les académies qui en avaient les moyens ont ouvert autant qu’elles ont pu des classes de primaire proposant une autre langue que l’anglais (souvent l’allemand) en CP. Et ainsi maintenir des classes bilangues au collège… Jusqu’ici, 92% des primaires du territoire avaient opté pour l’anglais. Seules 4300 écoles proposaient une autre langue, elles sont 5500 à la rentrée. Paris est l’exemple parfait. A la rentrée, le nombre de classes bilangues est numériquement le même que l’année dernière. Mais tous les recteurs n’avaient pas la même latitude, fortement liée au vivier de professeurs disponibles. A Caen, par exemple, seules 4 classes bilangues sont maintenues, selon la carte des langues publiées en janvier dernier. A l’échelle de la France, les deux tiers des classes bilangues sont maintenues pour cette rentrée.



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Loys a répondu au sujet : #1254 il y a 9 mois 3 semaines

Au printemps 2015, pour calmer la fronde, la ministre avait concédé que les chefs d’établissement pourraient aussi piocher dans les 20% de marge d’autonomie pour proposer, en plus de l’EPI, un «enseignement de complément» en latin et grec. Un remake de l’option facultative, donc.

Preuve que la suppression des options n'était pas un "fantasme" et que la "polémique" n'a pas été "stérile".

Le ministère annonce aujourd’hui, triomphant, que 92% des collèges ont sélectionné l’EPI «langues et culture de l’antiquité» et que 70% des élèves de cinquième suivront ce module à la rentrée.

L'EPI dure une année au mieux, quelques heures au pire (parfois dans trois semaines interdisciplinaires dans l'année). Le pourcentage ne veut donc rien.

L'EPI a été proposé en 4e et 3e dans 22% des établissements.

«Ce qui veut donc dire que non seulement, le latin et le grec ne disparaissent pas, mais ils sont renforcés: trois fois plus d’élèves qu’aujourd’hui auront une initiation !», s’exclame l’entourage de la ministre.

On compare donc ici le cursus d'enseignement de disciplines (sur plusieurs années avec horaire défini nationalement) avec une simple "initiation" limitée dans le temps, en oubliant surtout de préciser que l'enseignement des langues anciennes n'est pas possible dans des EPI pris sur l'horaire d'autres disciplines. Au mieux, des thèmes de civilisation seront abordés : et l'enseignement des langues anciennes serait "renforcé" ?

L’inconnue demeurait sur les choix qui seraient faits par les collèges: allaient-ils maintenir l’option ou préféraient utiliser la marge d’autonomie différemment en proposant plus de cours en petit groupe par exemple ?

Il aurait été bon que "Libération rappelle que la restauration des options s'est faite sans ajouter d'heures à la marge.

Réponse du ministère aujourd’hui: «Plus de 90% des collèges proposent aussi l’enseignement de complément ! 20% des cinquièmes l’ont demandé, ce qui équivaut au pourcentage d’élèves qui suivaient l’option latin jusqu’ici.»

Mais avec un horaire hebdomadaire divisé par deux en 5e dans le meilleur des cas.

Et l'article ne précise pas que certains collèges ont pu choisir de ne proposer cet enseignement de complément que sur deux ou un seul niveaux au lieu de trois, comme l'arrêté le permet.

De même, pour proposer des dédoublements, des sections ont pu fermer sur un même niveau : un groupe latiniste 4e au lieu de deux par exemple.

Le pourcentage global est donc dépourvu de sens.

Ce qui veut donc dire que les chefs d’établissement ont majoritairement décidé de maintenir cet enseignement, quitte à avoir une enveloppe horaire plus petite pour les autres projets et les cours en petit groupe.

En l'absence des chiffres sur les niveaux, il est impossible de l'affirmer.

Le ministère annonce aujourd’hui, triomphant...

Le triomphe est surtout celui de la communication.

Personne n'a songé à demandé au ministère combien de centaines e milliers d'heures de latin et de grec ancien (et donc de postes) sont économisées avec la réforme.