30 août 2016

Dans "Télérama" : "Chouette, c'est la rentrée !" par Lucie Martin, professeur de lettres classiques.

Fluctuat nec (pas encore) mergitur

Chouette, c'est la rentrée !

C’est comme ça tous les ans, nous aussi y sommes passés en tant qu’élèves.

 

Tout au long de l'année scolaire, une professeur de lettres classiques en collège tiendra régulièrement son blog sur Télérama.fr. Un regard concret et personnel sur la réforme controversée qui est la grande nouveauté de cette rentrée. A suivre.

L’un de mes enfants a appris en primaire une gentille poésie de Sylvie Poilevé, au titre évocateur : « Chouette, c’est la rentrée ! ». Elle alterne de façon somme toute assez réaliste les points positifs (les « chouette ! ») et les points négatifs (les « zut ! ») de cette période particulière pour une grande partie de la société : la rentrée scolaire de septembre.

C’est comme ça tous les ans, nous aussi y sommes passés en tant qu’élèves. Bon, d’accord, je suis professeur de collège et maman, je suis donc particulièrement concernée, mais ni plus, ni moins que beaucoup d’autres.

Et puis c’est vrai, après tout, ce que dit la poésie : « Chouette, c’est la rentrée, on va bien s’amuser ! » Objectivement, j’ai de la chance. J’enseigne depuis plus de dix ans dans un collège de centre-ville, dans une capitale régionale fort agréable. Nos élèves sont issus de milieux socio-professionnels variés, mais globalement sans trop de problèmes. Je travaille dans une équipe sympathique et, surtout, motivée et motivante. La direction ronronne tranquillement dans son bureau, n’ayant pas grand-chose à faire d’autre que des tâches administratives, certes assez rébarbatives.

Bref, le monde de Oui-Oui, non ?

Non. Parce que, comme le disait il y a peu le slogan d’une publicité qui me semble être passé dans le lot des expressions à la mode : « Ça, c’était avant. »

Un problème de type grec ancien

Je suis professeur de lettres classiques : français, latin et grec ancien. Et là, cela devient plutôt « Zut, c’est la rentrée de septembre 2016 ». Celle de LA réforme du collège sur laquelle beaucoup d’encre a déjà coulé. Une réforme qui implique énormément de changements dans les collèges et qui a une incidence particulière sur les matières que j’enseigne, puisque les heures de latin diminuent (de moitié en 5e, d’un tiers en 4e et 3e) et que le grec… Eh bien chez nous, il disparaît, le grec. Pffuit ! Merci et au revoir.

Et puis, à la place de ces enseignements manifestement obsolètes, « chouette, c’est la rentrée ! J’ai de nouveaux projets ! » Il y a déjà les EPI, acronyme de « enseignement pratique interdisciplinaire ». Pour la faire courte : nous devons travailler sur une réalisation concrète, qui implique plusieurs matières et donc plusieurs enseignants. Un prof de français et un d’histoire sur les voyages et les grandes découvertes, un prof de technologie et un d’anglais pour réaliser un guide illustré de Londres, etc. La très grande majorité des collègues que je connais n’avait pas attendu ce gouvernement pour y penser, et pour le pratiquer. Dans mon collège, dans ceux d’à côté, dans ceux de l’autre bout de la France, voire à l’étranger. Je ne dois donc connaître que des enseignants exceptionnels et à la pointe de l’innovation. J’en conclus que je suis décidément une sacrée chanceuse.

Un cadre rigide et artificiel

Quel est le problème, alors, si nous le faisions déjà ? C’est que ce qui était auparavant de l’initiative des enseignants s’impose à présent de façon systématique, et dans un cadre artificiel et très rigide. Je suis cependant dans une équipe où nous avons tendance à faire contre mauvaise fortune bon cœur, nous nous y sommes donc attelés, malgré nous. Nous avons trouvé des idées, des sujets, du temps en fin d’année pour y travailler. Je suis pour le moment assez enthousiaste (si, si !) sur ce que nous allons essayer de mettre en œuvre avec les élèves dans ces projets. Cela fonctionnera-t-il, ou pas ? L’avenir me le dira.

Mais pour le moment, « Zut, c’est la rentrée, et j’ai de quoi m’occuper ! » Car je ne vous ai pas encore parlé de l’aide personnalisée. Et des nouveaux programmes. Et donc des nouveaux manuels. Et des nouveaux horaires. Et du nouveau brevet. Et du nouveau socle commun. Et du plan numérique… Et surtout des élèves que je m’apprête à retrouver.

Chouette, c’est ma rentrée, je vais tout vous raconter !