4 août 2016

Dans "L'Opinion" : "Polémique sur le latin : et si la France créait une grande école des langues anciennes ?" par Irène Inchauspé.

Polémique sur le latin : et si la France créait une grande école des langues anciennes ?

 

L’enseignement du latin et du grec ancien est un totem qu’il faut oser attaquer

 

Petite réforme, grand bouleversement (4). Une règle non écrite prévoit que 20 % du budget de l’Education est affecté au privé. Alors que les établissements sont débordés par la demande, aller plus loin serait l’occasion de tester l’autonomie des écoles, et d’exiger d’elles des résultats

Evoquer le latin dans une réforme de l’éducation, c’est comme prononcer le mot « Voldemort » dans les romans d’Harry Potter : cela entraîne des choses monstrueuses et des propos délirants. C’est pourtant l’erreur qu’a commise Najat Vallaud-Belkacem en présentant sa réforme du collège.

La ministre avait dans un premier temps annoncé la disparition des options latin et grec (20 % des collégiens apprennent le latin, 3 % le grec), au profit d’un nouvel enseignement pratique interdisciplinaire (EPI) « langues et cultures de l’Antiquité », destiné à tous les élèves. Elle a dû aussitôt affronter les critiques acerbes de ceux qui l’ont accusée de rechercher une égalité sociale illusoire au prix de la déconstruction de l’enseignement de la culture classique. « C’est une vision qui n’est ni conservatrice, ni progressiste, mais destructrice », a jugé Alain Finkielkraut, l’un des plus fervents contempteurs de la ministre. Face à la fronde, Najat Vallaud-Belkacem a finalement décidé d’introduire, dans le collège 2016, un « enseignement de complément » en latin, une sorte d’option allégée par rapport à celle qui existe aujourd'hui.

Les derniers résultats du Capes montrent que 70 % des postes ouverts en lettres classiques ne sont pas pourvus, un pourcentage équivalent à celui de l’année dernière, alors qu’il était plutôt de 55 % en 2013. Le prof de latin, las d’essuyer de perfides attaques, serait donc une espèce en voie de disparition. Déjà en 2010, la réforme de l’épreuve du Capes de lettres avait suscité la fureur des enseignants.

Que faire, dans un pays où beaucoup s’émeuvent que l’on maltraite le latin, mais où la section littéraire est le plus souvent peuplée de ceux qui ne sont pas assez bons pour une terminale « S » ou « ES » ?

Alors que faire, dans un pays où beaucoup s’émeuvent que l’on maltraite le latin mais où la section littéraire est malheureusement le plus souvent peuplée de ceux qui ne sont pas assez bons pour une terminale « S » (sciences) ou « ES » (économie) ? Et où, par ailleurs, les entreprises embauchent plus volontiers ceux qui sortent des grandes écoles d’ingénieurs ou de commerce que ceux qui ont fait des études littéraires.

Peut-être faudrait-il en finir avec cette belle hypocrisie. Pourquoi donc ne pas écouter le plus grand historien français de l’Antiquité, (doublé il est vrai d’un provocateur hors pair) ? À 86 ans aujourd’hui, ce normalien, agrégé de grammaire, professeur honoraire au Collège de France, a eu la révélation de sa vocation d’historien en trouvant dans la terre un morceau d’amphore romaine alors qu’il avait 7 ou 8 ans.

Paul Veyne, puisqu’il s’agit de lui, propose tout simplement de supprimer l’enseignement du latin et du grec au collège et au lycée. « A quoi bon les apprendre quand on ne les sait pas assez pour lire dans le texte les auteurs anciens ? Il faut faire comme au temps des jésuites : vingt heures par semaine ou rien ! », a-t-il expliqué en 2014 sur France Culture et dans un texte paru dans Le Nouvel Observateur.

Les élèves ne bénéficieraient plus des énormes avantages liés à l’apprentissage du latin ? Ceux-ci ne sont pas si évidents que cela.

Deux choses lui semblaient essentielles pour la réforme en cours du collège : que l’on continue d’apprendre la littérature au fil des siècles, comme avec le « Lagarde et Michard », et que l’on étudie en profondeur les grands textes anciens traduits. « Je propose qu’on inscrive au programme des écoliers les deux premiers chants de L’Enéide, les récits d’Ulysse, les Annales de Tacite, les Métamorphoses d’Ovide, qui est le livre latin le plus amusant. » On remplacerait ainsi les bribes d’enseignement par des lectures solides, expliquait-il, trouvant scandaleux qu’un bachelier n’ait jamais lu Britannicus ni Phèdre, et que l’Antigone de Sophocle ne soit plus donnée aux fils du peuple.

Une fois ceci garanti, Paul Veyne propose la création d’un institut spécialisé, sur le modèle de l’Institut national des Langues orientales (Inalco). « Cette école est peuplée de gens qui n’ont jamais su un mot de touareg ni de russe et qui en deviennent pourtant les plus fins spécialistes, rappelait-il. On sait qu’il faut trois ans pour parler couramment et lire ces langues, tout comme le latin ou le grec. » Pour créer cette « grande école des langues anciennes », cinquante latinistes et hellénistes par génération suffiraient. Ils se formeraient après le baccalauréat et seraient chargés de réaliser les traductions modernes des grands textes.

Les élèves ne bénéficieraient plus des énormes avantages liés à l’apprentissage du latin ? Ceux-ci ne sont pas si évidents que cela. C’est la conclusion d’une étude publiée en 2003 dans le Journal of educational psychology, intitulée « « In search of the benefits of learning latin ». A la fin de cette étude qui recense de nombreuses recherches sur le sujet (la première a été publiée en 1927 aux Etats-Unis !), les auteurs concluent que « l’apprentissage du latin n’a pas d’effet sur la pensée logique ni sur l’apprentissage d’autres langues comme l’espagnol ».



Portrait de Loys
Loys a répondu au sujet : #1238 il y a 7 mois 1 semaine
L'étude citée l'a déjà été en 2015 :
- avenirlatingrec.fr/actualite/dans-les-me...p-de-bruit-pour-rien
- avenirlatingrec.fr/actualite/dans-les-me...s-en-milieu-scolaire

Le titre est trompeur puisqu'il ne s'agit pas des bénéfices de l'apprentissage du latin dans l'absolu...
Portrait de Loys
Loys a répondu au sujet : #1239 il y a 7 mois 1 semaine