8 juillet 2016

Dans "Le Parisien" du 8 juillet 2016 : "Le prof de latin, une espèce en voie de disparition" par Christel Brigaudeau.

Le prof de latin, une espèce en voie de disparition

Les amphis surchargés, les groupes de TD bondés ? Thomas ne connaît pas. Dans sa promotion, en master de lettres classiques à l’université d’Aix-Marseille, cet étudiant compte au total… sept camarades. Sur l’ensemble des niveaux, de la première à la cinquième année de faculté, ils sont seulement « une trentaine » à étudier le grec, le latin et les cultures de l’Antiquité, déplore l’étudiant qui juge « un peu déprimant » que sa passion soit « si peu partagée ».

Ce n’est pas près de s’arrêter : au concours, le concours par lequel sont recrutés les futurs enseignants de collège et de lycée et dont les résultats viennent d’être publiés, 70% des postes ouverts par le ministère en lettres classiques restent vacants, faute de candidats. Ce désamour ne date pas d’hier. Alors que 100% des 170 postes ouverts étaient pourvus en 2010, ils n’étaient plus que 75 en 2012, 89 l’an dernier, et 68 aujourd’hui, pour 230 emplois proposés. « Mais cela ne signifie pas qu’on va manquer d’enseignants à la rentrée, veut-on rassurer dans l’entourage de Najat Vallaud-Belkacem, la ministre de l’Education nationale. Quand les postes ne sont pas occupés par des titulaires, on embauche des contractuels ou on a recours aux heures supplémentaires… »

Cela risque de ne plus suffire. « Quand on ferme une classe de latin, au collège, parce que trop peu d’élèves sont inscrits, puis au lycée, puis à l’université, il ne faut pas s’étonner qu’il n’y ait plus de latinistes à la fin, explique Caroline Lechevallier, enseignante chargée du dossier au syndicat SNES-FSU. C’est hypocrite de créer des postes sans mettre en face une politique volontariste : il faut choisir. Et si on veut conserver un enseignement de lettres classiques en France, il faut investir et accepter de payer par endroits des professeurs avec très peu d’élèves. »

Dans la promotion de Thomas, trois étudiants passeront le concours d’enseignant l’an prochain. Thomas hésite encore, craignant, par l’effet de la réforme du collège, qui s’engage à la rentrée, de « se retrouver à enseigner plus souvent le français que le latin ou le grec. »

S’il ne suit pas la voie du professorat, il caresse l’espoir de vivre autrement sa passion pour les langues anciennes, « en faisant de la recherche ou en travaillant dans le monde de la culture ou de l’archéologie. »



Portrait de Loys
Loys a répondu au sujet : #1230 il y a 8 mois 2 semaines
Sur l'évolution du Capes de lettres classiques, relire notre analyse : avenirlatingrec.fr/analyses/425-une-extinction-programmee