4 juillet 2016

Loys Bonod sur son blog de "Marianne" : "Langues anciennes : une longue descente aux enfers"

Langues anciennes : une longue descente aux enfers

La ministre de l'Éduation nationale s’y engageait : , et même le latin et le grec car la réforme a .

Pourtant la première mouture de la réforme faisait brutalement disparaître les options de langues anciennes, pour lesquelles aucun programme n’avait été commandé au Conseil supérieur des programmes.

Le but ? Faire semblant d'enseigner le latin ou le grec ancien pendant les cours de n’importe quelles disciplines, une heure pendant un an (au lieu de 2h ou 3h par an pendant trois ans) dans le cadre de ce qu’on appelle (dans le jargon de l’Education nationale) un « enseignement pratique interdisciplinaire de langues et cultures de l’Antiquité ». Pratique en effet puisque n’importe quel professeur peut l’enseigner : le ministère économisait des milliers de postes de lettres classiques, opportunément recyclés en postes de lettres modernes (un autre Capes sinistré).

Devant le tollé, le ministère a ensuite prudemment reculé et rétabli des moignons d’options, avec horaires mutilés et niveaux variables au gré des établissements, sans ajouter aucun moyen : aux collèges de sacrifier le travail en groupes pour maintenir ces options. Ainsi, malgré ce recul, 40% des heures pourront être économisées dès la rentrée 2016,

Et, quand un journaliste lui demandait à la veille de la rentrée 2015 s’il y aurait encore des professeurs de latin, Najat Vallaud-Belkacem affirmait sans ciller que . Ce n’était pas le cas en 2015, c’est encore moins le cas en 2016, comme on vient de l’apprendre avec les premiers résultats des concours.

Pour la première fois en 2016, l'agrégation de lettres classiques est déficitaire. Au Capes de lettres classiques 2016, 68 candidats ont été admis sur… 230 postes ouverts au concours (soit 30%). En retranchant les admis à l’agrégation, c'est environ un quart seulement des postes de Capes qui seront pourvus cette année : une catastrophe sans précédent,

Non seulement rien n’a été fait pour préserver, renforcer, promouvoir l’enseignement des langues anciennes, cette vivante tradition française (et européenne), mais le ministère, n’étant pas parvenu à l’achever brutalement, a fait le choix de le laisser mourir en silence et loin des yeux de tous.