14 avril 2015

Dans "L'Obs" avec le "sociologue de l'éducation" François Dubet : "Inégalités à l'école : "Si on tente de modifier le système, tout le monde hurle !"

Extrait :

L'Unicef dénonce la capacité de l'école française à reproduire les inégalités sociales sur les bulletins de note. Est-ce une nouveauté ?

Les résultats de cette enquête ne sont pas surprenants et ils confirment ceux des enquêtes Pisa. L'école française sait produire de bons élèves (qui ne sont pas vraiment meilleurs que dans les autres pays du même niveau, ni plus nombreux). En revanche elle ne réussit pas à faire progresser les mauvais élèves. Résultat, la France est un des pays dans lesquels l'origine sociale a le plus d'impact sur les résultats des enfants.

Si ces résultats ne sont pas nouveaux, comment expliquer que rien ne change ?

Cela fait plusieurs dizaines d'années que l'on fait le même constat, mais toute tentative de changer l'école se heurte à un mouvement de défense de traditions et des arts éducatifs français. Il faut pourtant arrêter de penser que l'école est faite pour les meilleurs, et de considérer que faire progresser les plus faibles équivaut à un nivellement par le bas. 

Si l'on tente de modifier le système, tout le monde hurle à l'assassinat de la culture. Il y a de l'égoïsme et une certaine hypocrisie : lorsque l'on défend l'enseignement du latin et du grec, on ne défend pas les langues anciennes mais des classes de latin et de grec, et donc de bons élèves. Les classes spéciales accentuent les inégalités sociales. Par ailleurs, les inégalités profitent bien à certains.

Je n'accuse pas la ministre de l'Education nationale de mauvaise volonté face aux inégalités. Les inspecteurs qui vont sur le terrain savent aussi ce qu'il faut faire. Mais nous sommes paralysés par cette tradition nationale très profonde.

 Edition du 17 octobre 2017 : François Dubet, après le changement de majorité, persiste et signe dans "La Vie des idées" : "La nouvelle idéologie scolaire".

Jean-Michel Blanquer fut un des hommes-clés de la politique scolaire de Nicolas Sarkozy et, depuis trois mois, nombre de ses déclarations flattent volontiers la droite et les corporations enseignantes les plus conservatrices : critique de « l’égalitarisme », rencontre amicale avec « Sens commun », apologie du mérite et de l’élitisme républicain, défense du latin, retour des classes bilingues et des sections européennes au collège, soulèvent l’enthousiasme des éditorialistes les plus conservateurs. […]

Si l’on en croit les déclarations de Jean-Michel Blanquer, il suffirait d’établir l’égalité des chances aux premiers âges de la scolarité pour que les inégalités scolaires deviennent ensuite acceptables ; l’élitisme républicain du ministre ne s’attaque pas aux hiérarchies scolaires elles-mêmes. Dès lors que quelques élèves d’origine modeste parviennent à se glisser dans les classes de latinistes et dans les grandes écoles, peu importe que se creusent les écarts entre les élites et les plus faibles.

 



Portrait de Loys
Loys a répondu au sujet : #1087 il y a 1 an 7 mois
L'Unicef dénonce la capacité de l'école française à reproduire les inégalités sociales sur les bulletins de note. Est-ce une nouveauté ?

Les résultats de cette enquête ne sont pas surprenants et ils confirment ceux des enquêtes Pisa. L'école française sait produire de bons élèves (qui ne sont pas vraiment meilleurs que dans les autres pays du même niveau, ni plus nombreux). En revanche elle ne réussit pas à faire progresser les mauvais élèves. Résultat, la France est un des pays dans lesquels l'origine sociale a le plus d'impact sur les résultats des enfants.

Si ces résultats ne sont pas nouveaux, comment expliquer que rien ne change ?

Cela fait plusieurs dizaines d'années que l'on fait le même constat, mais toute tentative de changer l'école se heurte à un mouvement de défense de traditions et des arts éducatifs français. Il faut pourtant arrêter de penser que l'école est faite pour les meilleurs, et de considérer que faire progresser les plus faibles équivaut à un nivellement par le bas.

Si l'on tente de modifier le système, tout le monde hurle à l'assassinat de la culture. Il y a de l'égoïsme et une certaine hypocrisie : lorsque l'on défend l'enseignement du latin et du grec, on ne défend pas les langues anciennes mais des classes de latin et de grec, et donc de bons élèves. Les classes spéciales accentuent les inégalités sociales. Par ailleurs, les inégalités profitent bien à certains.

Je n'accuse pas la ministre de l'Education nationale de mauvaise volonté face aux inégalités. Les inspecteurs qui vont sur le terrain savent aussi ce qu'il faut faire. Mais nous sommes paralysés par cette tradition nationale très profonde.