10 avril 2016

Dans "Le Point", Jean-Paul Brighelli présente cette lettre d'un professeur de lettres classiques à la ministre de l'Éducation nationale :

Isbergues, le 16 mars 2016

 

Madame le ministre,

 

En septembre 2016, je franchirai les portes de ma classe pour la 25e année… Cela aurait pu être un bel anniversaire, n'est-ce pas ?

Vingt-cinq années au service de mes élèves, latinistes, pour la plupart… Oui, je suis professeur de lettres classiques… Enfin, j'étais…

J'aurais pu envisager cette rentrée avec joie comme je le fais depuis 25 ans…

Mon métier, une vocation, une passion… Mais ça, c'était avant…

Avant que vous ne décidiez cette abjecte réforme du collège et la mort programmée de mon enseignement. À vous qui portez cette réforme et la défendez, à vous qui prônez la réussite pour tous et déclarez la fin de l'élitisme au nom de l'égalité pour tous, à vous qui entendez défendre les valeurs de la République, je veux raconter l'histoire d'une enfant de l'École de la République, je veux raconter l'histoire de 25 ans de carrière au service de cette École de la République. Je veux raconter mon histoire et ma vocation, que vous êtes en train de détruire.

Arrière-petite-fille d'un domestique qui ne savait ni lire ni écrire, petite-fille d'une femme de ménage, j'ai été élevée à l'école du courage, à celle de l'effort et du travail. Je ne saurais vous dire combien de fois j'ai entendu mes parents me dire, ainsi qu'à mon frère cadet : « Il faut travailler à l'école, si vous travaillez, vous réussirez et vous aurez une meilleure situation que nous et vos grands-parents. Étudiez, les enfants, apprenez, lisez, ce sera cela votre vraie et seule richesse. » J'ai été élevée à l'école de l'exemple : celui de mes parents qui, de simple ouvrière textile et ouvrier de chantier, ont fini leur carrière secrétaire médicale et technicien en électro-technique. Il fut une époque où nous faisions nos devoirs ensemble à la maison, les enfants d'un côté, les parents de l'autre.

Alors, j'ai suivi leur exemple, par respect, par admiration, par devoir. J'ai travaillé à l'école, j'ai aimé l'école, je m'y suis ennuyée aussi et je l'ai même détestée quelquefois, et il paraît qu'un jour, en rentrant de classe, alors même que j'étais encore en maternelle, j'aurais dit à mes parents : « Quand je serai grande, je serai maîtresse... »

Cette vocation, puisque c'en était bien une, m'a portée tout au long de mes études. J'ai bénéficié de ce que vous appelez, Madame le ministre, comme tous ceux qui vous ont précédée, l'ascenseur social. Moi, enfant du peuple, j'ai choisi de faire ce qu'on appelait à l'époque un bac B avec toutes les options que j'ai eu le « droit » de présenter : latin, sciences naturelles et musique… Je partais au lycée pour 8 heures et en ressortais à 17 h 30, cinq jours par semaine, avec une pause méridienne qui n'existait pas, parce que, déjà à l'époque, latin et options se faisaient à des heures incongrues… Mais j'avais le « droit » de les suivre, ces fameuses options élitistes. Moi, enfant du peuple, je ne comptais pas mes heures de cours, je ne suis pas morte de ces emplois du temps surchargés, je me suis, au contraire, nourrie à l'École de la République, je me suis abreuvée à la source, je me suis repue de connaissances et de savoirs, d'auteurs classiques et d'humanités ; de tout ce qui fait de moi ce que je suis aujourd'hui. De tout ce que moi, enfant du Peuple, je ne pouvais espérer à la maison, de tout ce que mes parents voulaient offrir à leurs enfants.

J'ai eu le « droit », parce que j'y ai travaillé avec ardeur, de poursuivre cette recherche d'excellence, de connaissances et de savoirs en classe préparatoire de lettres à l'époque où aucun quota n'existait pour les enfants d'ouvriers ou des cités. J'ai mérité ce droit simplement par mon travail et mon acharnement.

Mon parcours a continué à l'université en Licence et Maîtrise de Lettres classiques, jusqu'au moment tant attendu de mon premier poste de lettres classiques en collège, il y a bientôt 25 ans. J'ai poussé la porte de ma première classe avec une volonté presque unique : rendre à l'École de la République ce qu'elle m'avait offert, donner à chacun des élèves qui passerait dans ma classe ce que tant de professeurs m'avaient offert, offrir à chaque enfant de quoi s'abreuver, se nourrir et se repaître à plus faim de savoirs, de connaissances, de repères, de valeurs…

Je l'ai fait longtemps et je le fais toujours… J'y ai cru longtemps, et je n'y crois plus…

Je n'y crois plus, parce que ce parcours-là, Madame le ministre, qui n'est pas exceptionnel, et qu'ont connu et connaissent encore de nombreux élèves, ce parcours-là, qui au moins en partie a été le vôtre, vous avez décidé de le rendre impossible. Vous allez tuer tous les parcours d'exception qu'offrait l'École de la République au nom d'une égalité égalitariste, parce que vous refusez de comprendre que, pour être équitable, l'École ne doit pas proposer la même chose à tous les enfants, parce qu'aussi ressemblants soient les enfants entre eux, il n'en est pas un qui ait le même besoin que son voisin.

Vous me faites disparaître, non parce que vous faites disparaître ma matière, vous me faites disparaître parce que vous faites disparaître tout ce en quoi je crois, tout ce pour quoi je suis professeur depuis 25 ans.

Je vous accuse, avec tant d'autres qui vous ont précédée, d'être responsable et coupable de la désespérance dans laquelle vous plongez notre jeunesse.

Je vous accuse de refuser à mes prochains élèves toutes les richesses dont ont bénéficié les précédentes générations.

Je vous accuse de priver mes plus jeunes enfants de l'École de l'exigence et de l'excellence à laquelle, moi, enfant du peuple, j'ai eu droit et d'être ainsi responsable de leur inculture à venir !

Auraient-ils besoin d'Accompagnement Personnalisé en plus de leurs heures disciplinaires ? Tant pis pour eux, ils en auront, mais en lieu et place de leurs heures de cours. Voudraient-ils suivre un véritable enseignement du latin ? Ils n'en auront pas le droit ! Auraient-ils, arrivés en 4e, envie de parfaire leur anglais et la volonté d'être bilingue au sortir du lycée comme leur sœur aînée ? Pas de chance, c'est terminé ! Ils se débrouilleront pour l'être avec leur cours d'anglais en classe entière ! Souhaiteraient-ils découvrir les métiers et études vers lesquels ils voudraient se diriger après la 3e parce que l'enseignement général ne leur correspond pas ? Ils auraient pu demander une option DP3. Mais ça, c'était avant !

Combien de parents pourront ajouter l'école à la maison pour pallier les manquements de l'École ? Combien de parents auront les moyens d'offrir des cours particuliers à leurs enfants pour qu'ils puissent continuer à avoir accès aux savoirs et aux connaissances ? C'est cela votre conception de l'égalité pour tous ?

Ce n'est pas la mienne ! Et je sais d'où je le tiens : mes parents, avec la meilleure volonté de monde, n'auraient jamais pu remplacer l'École si elle n'avait pas été de qualité. Au contraire, ils lui faisaient confiance et ils avaient raison… Sans doute, suis-je de ces dernières générations non sacrifiées.

Je viens, aujourd'hui, de recevoir ma répartition horaire pour l'an prochain… L'an prochain, Madame le Ministre, grâce à cette réforme que vous défendez si bien, je devrai enseigner 21 heures par semaine : 16 heures de latin, les seules qui survivront à la réforme (sur les 26 qui existaient jusqu'à présent) et 5 heures de français, soit 21 heures de présence en cours , 4 niveaux de classes différents, 4 nouveaux programmes à préparer contre un temps plein en latin cette année sur 2 niveaux… Quelle reconnaissance de mon métier, n'est-ce pas ? De mon investissement ? Votre directrice générale de l'Enseignement, Madame Florence Robine, y a déjà répondu : « Les profs, ils auront leurs vacances pour préparer, et ils n'ont pas besoin de manuels, tout est sur Internet. »

Vous dites vouloir promouvoir le latin pour tous… Il existait déjà, et bien avant vous ! L'interdisciplinarité, Madame le ministre, cela fait 25 ans que je la pratique ! Mes cours ne sont pas faits que de déclinaisons et de grammaire qui ennuient mes élèves !

Faut-il si peu connaître mon métier et me mépriser ?

Faut-il tant me mépriser pour me dire en formation que ma « position monolithique d'opposante à la réforme ne vaut que parce que je suis susceptible de perdre mon poste et qu'il faut avoir pour moi de la compassion jusqu'au mois de juin » ?

Faut-il tant mépriser notre langue et les élèves pour m'apprendre, toujours en formation, que l'an prochain, il serait judicieux que je tolère, dans les copies, « les petit-ENT filles » parce qu'il y a la sensation du pluriel ?

Faut-il tant mépriser le métier de professeur ou le méconnaître pour laisser dire que « l'enseignant ne transmet plus les connaissances liées à sa discipline, il aide l'élève à construire les compétences qui feront de lui un bon citoyen européen » ?

Oui, je crains que vous ne me méprisiez, que votre silence, une fois de plus, ne soit que mépris, que vos interventions médiatiques prochaines ne soient que mépris…

Pourtant, Madame le ministre, si vous preniez la peine de m'entendre, si vous preniez la peine d'écouter la désespérance et le cri du cœur de l'appel qui vous est lancé, vous y trouveriez bien plus que de simples « bruits de chiottes », vous y trouveriez le respect que j'ai pour mes élèves, vous y trouveriez le respect que j'ai de mon métier, vous y trouveriez la passion qui m'anime chaque fois que je passe le seuil de ma classe, vous y trouveriez cet amour que j'ai de mes élèves et que je suis en train de perdre de mon métier… Et si vous preniez la peine d'entendre et d'écouter les 80 % de professeurs qui s'opposent aujourd'hui à cette réforme, à celle des rythmes scolaires et à celle du lycée, vous entendriez des femmes et des hommes de conviction, des femmes et des hommes de propositions, des femmes et des hommes convaincus que notre École est malade de sa refondation et des réformes qui se succèdent, des femmes et des hommes prêts à œuvrer de longues années encore pour une Réinstitution de l'École au service de tous les enfants de la République.

Continuez à nous mépriser encore, Madame le ministre, et vous entendrez bientôt le bruit de notre colère, vous entendrez gronder notre désespérance, parce qu'il n'y a rien de pire que de ne pas être entendus alors même que d'autres le sont.

J'aspire au jour où je pourrai de nouveau m'adresser à mon ministre de tutelle, avec tout le respect qui lui est dû, j'aspire au jour où mon ministre de tutelle aura pour moi, professeur, autant de respect que j'en ai pour mes élèves. J'aspire au jour où mon ministre de tutelle aura pour mes élèves tout le respect qui leur est dû. J'aspire au jour où mon ministre de tutelle saura réinstituer l'École de la République. Alors, seulement, ma haute considération et mes salutations respectueuses seront sincères, alors seulement, la confiance reviendra.

Je vous prie donc d'agréer, Madame le ministre, mes salutations qui ne sont respectueuses que parce qu'elles sont formelles.

 

Isabelle Dignocourt

Professeur certifiée de lettres classiques

 

Témoignages d'élèves, collégiens à Roubaix en 2005-2006

Julie :

« Je trouve très mal placé de dire que les profs de latin et grec sont des profs ennuyeux qui enseignent les déclinaisons, le plus intéressant était sans doute l'histoire de la civilisation, la mythologie, etc.

J'ai choisi l'option, et pourtant, je suis bien loin de faire partie des élèves les plus favorisés, je suis née à Roubaix et j'y ai toujours vécu et dans notre collège, nous venions en grande majorité de quartiers plutôt défavorisés.

Je n'ai pas poursuivi le latin et le grec au lycée par souci d'une forte charge de travail à St Rémi, mais je regrette ce choix, car j'aurais voulu en apprendre toujours plus.

Je trouve cette réforme absolument stupide, j'ai l'impression que l'on veut faire régresser le niveau des élèves. Je m'explique : on nous donne l'impression de vouloir adapter l'enseignement au niveau des élèves les plus faibles, plutôt que de vouloir les aider eux à se cultiver, et les aider à toujours s'améliorer.

Je trouve qu'en général cette réforme est une grosse blague, une grosse erreur qui va, au mieux, encore diminuer le niveau scolaire de nos collégiens.

Pour conclure, je dirais que si j'avais le pouvoir de le faire, je mettrais cette réforme aux oubliettes, j'espère que nous avons au moins le pouvoir de nous faire entendre.

Alea jacta est ! »

Laura :

« Je ne me considère pas comme issue d'un milieu favorisé, je ne fais pas partie d'une élite. Le latin et le grec sont enseignés dans les écoles publiques et privées, ils sont donc accessibles à tous, il faut juste s'y intéresser.

Je trouve vraiment stupide de qualifier les enseignants de "profs de déclinaisons", il faudrait peut-être que la ministre suive des cours de grec ou de latin pour voir que le travail du professeur va au-delà de la grammaire. D'autant plus quand je vois la proposition en numéro 5... C'est drôle de reprocher aux professeurs d'ennuyer les élèves avec les déclinaisons, alors qu'en retour, on propose lors des ateliers culturels de ne faire que de la langue et de la grammaire. Cette qualification n'est donc pas un fait actuel mais un présage... On ne peut décemment pas réduire les langues mères à ceci. Nous avons besoin de la grammaire, mais lorsqu'on décide d'étudier cette discipline, nous prenons l'ensemble. C'est aussi par ses mythes, ses légendes, son histoire, les philosophes, leurs pensées que l'on apprend à connaître une civilisation.

Je suis tombée amoureuse de ces civilisations et plus particulièrement de la Grèce antique. Elle m'a suivie au lycée, puis lors de ma première année de médecine. Et encore lors de mon changement de voie, la danse, j'ai retrouvé ces civilisations. On ne fait pas du grec ou du latin pour passer le temps ou pour des points, ça entre en compte, mais il faut le vouloir. Je rappelle que ça ajoute des heures supplémentaires, à l'école mais aussi chez soi, il faut donc vraiment être motivé.

Ces cultures sont d'une richesse incontournable, grâce à elles, nous développons notre vocabulaire, elles nous apprennent à forger notre opinion et à le défendre, à comprendre des notions et des principes, comme celui de la démocratie, qui est aussi vieux que ces civilisations. En supprimant ces enseignements, c'est toucher à la liberté de s'instruire ! Et la liberté n'est-elle pas sensée être amie avec la démocratie ?

L'Antiquité est fondatrice de notre monde actuel, que ce soit par les mots, ou encore les Jeux olympiques par exemple. J'ai assisté en avril 2015 à une conférence spectacle de la conteuse Magda Kossidas, qui disait qu'il y a un lien indissociable entre le grec et le français, le français s'inspire du grec pour expliquer des principes de vie. Et je lui donne tout à fait raison.

Enfin, je terminerai par un point qui est tout aussi important pour moi, les cours de grec permettent de tisser des liens, il se crée une union dans ces cours qu'on ne retrouve pas ailleurs ! Et surtout on ne s'y ennuie pas, on y monte des projets comme les banquets (j'en ai fait deux, un au collège et un au lycée) et ce sont mes meilleurs souvenirs. C'est une manière d'apprendre tout en s'amusant.

Ces langues archaïques sont synonymes de grandir, partager et savoir ! »

Mohamed :

« La première preuve que cet enseignement n'est pas une option élitiste est tout simplement le fait qu'il était proposé à tout le monde, et que nulle compensation financière n'est demandée à son choix... Alors si le latin et le grec sont des enseignements élitistes, toutes les autres options le sont également. Et puis, quand bien même cela était vrai, est-ce que ça représente un argument valable pour autant ? Il y a tant d'enseignements qui n'attirent pas beaucoup d'élèves/étudiants, est-ce pour autant qu'il faut les supprimer définitivement ? C'est une vision dogmatique des choses qui ne prend aucunement en compte le temps qui passe et les tendances, car d'une génération à l'autre, d'une décennie à l'autre, tout peut changer, certaines choses délaissées peuvent réapparaître au goût du jour. Un ami à moi m'a invité à un cours de russe à Lille 3 où ils étaient 5 dans la salle pour une vingtaine d'inscrits, il faut également supprimer le russe de Lille 3 alors ? Il m'apparaît incroyable qu'à un tel niveau de professionnalisme, à un tel niveau de pouvoir, de telles pensées puissent voir le jour, d'autant plus que nous vivons en France, LE pays de la littérature. Si dans ce pays on enlève toutes les racines étymologiques de cette si belle langue, que reste-t-il ? Nous irons étudier le langage SMS sous prétexte que dans cette époque décadente il plaît au plus grand nombre ? Tout cela est dérisoire...

Je peux témoigner et bien d'autres étudiants qui ont passé des années de grec et de latin en ma compagnie, comme témoins. Nous nous sentions comme une sorte de famille et une ambiance particulière émanait de tout ce qui entourait cet enseignement, des cours eux-même aux différents événements organisés, je me souviens de soirées où nous étions si nombreux vêtus en tenues traditionnelles de l'époque à vivre la chose pédagogiquement par le rire, l'investissement personnel, le jeu, l'apprentissage de textes. Je me souviens que lorsque j'étais en latin au collège, je me sentais privilégié, spécial et chanceux d'avoir choisi cet enseignement plutôt que l'autre qui était proposé (dont je ne me remémore plus le nom) [Les IDD à l'époque], et lorsque nous discutions de nos cours, certains me racontaient qu'ils passaient le plus clair de leur temps en salle d'étude à faire leur devoir, car ce qui leur était demandé était juste de préparer un exposé ou un dossier sur toute une année (si mes souvenirs sont bons), tandis que de notre côté nous bénéficiions d'un savoir, de tout un monde, et cela nous permettait de voyager à travers les époques et d'approfondir le peu de choses que l'on avait vu sur le monde romain et grec en cours d'histoire. Et puis, je doute qu'un enfant de 6e-5e (ce n'était pas mon cas en tout cas) réfléchisse de façon si sournoise aussi tôt dans le but d'ajouter des points sur son brevet, c'est plutôt la pensée du gouvernement qui est vile et intéressée dans le sens où cette réforme lui permettra de renflouer une fois de plus les caisses qu'il vide pour des causes qui n'en valent pas la peine par ailleurs... Et puis s'agissant des points bonus, ce n'est que mélioratif, c'est faire d'une pierre deux coups, proposer un enseignement rigoureux qui nous fait voyager à travers l'histoire et les racines de la langue, tout en récompensant les élèves qui s'investissent au point d'en tirer des récompenses, ce ne sont pas des points distribués pour récompenser des casseurs de carreaux. Apprendre des choses primordiales et en tirer des bonus, quoi de mieux après tout ?

L'option est peut-être moins choisie au lycée (ce n'est pas ce que j'ai ressenti à l'époque où j'y étais tant nous étions nombreux), mais tout a une raison. Je prends pour exemple l'avant-dernière Coupe du monde de Rugby : le Football est tellement mis en avant de manière générale qu'il est le sport le plus pratiqué et regardé en France, mais en l'espace d'une compétition, la première chaîne de France a su, par la diffusion complète de cette dernière, intéresser nombre de jeunes qui se sont inscrits de façon prolifique par la suite dans des clubs de rugby, c'était un véritable phénomène. Dans le même ordre d'idée, si l'éducation nationale, les chaînes télévisées et tout ce qui possède un levier dans la communication servaient de nobles causes et promouvaient les choses les plus importantes de la vie, les salles de classe de latin et de grec seraient aussi remplies qu'une boîte de nuit un vendredi soir. C'est aussi l'apanage d'une époque, c'est aussi l'air du temps qui veut cela, la manière dont les professeurs perdent de leur autorité et de leur valeur aux yeux de la masse, la manière dont ils sont si peu récompensés, tant bafoués, alors que si notre maître(sse) de maternelle à tous n'avait pas bien fait son travail, nous ne saurions ni lire ni écrire. Tout ce qui arrive ne m'étonne aucunement, je pense que cela va dans le sens de la lente décadence qui s'accélère peu à peu et fait des dégâts dans tous les pans de l'enseignement ; quand je vois que le gouvernement est en train de se battre pour instaurer des tablettes dans les écoles, quand je vois que l'orthographe est meurtrie par des réformes illégitimes, j'aurais trouvé illogique que le latin et le grec ne soient pas touchés à leur tour.

Les profs de latin ne sont que des profs de déclinaisons qui ennuient les élèves ? Si ce quatrième argument a été exprimé comme tel, je pense qu'ils auraient au moins dû prendre la peine d'arborer un nez rouge pour le déclamer. C'est encore une façon de dénigrer les professeurs, de laisser croire que tout ce qui concerne le sérieux relève de l'ennui, dans cette génération fiesta et gueule de bois. Il est évident que suivre un tel enseignement ne procure pas les mêmes sensations que de s'adonner à une partie de jeux vidéo, mais est nécessaire à l'équilibre du monde afin de contrebalancer les choses en direction d'une viabilité du tout. Si l'on continue à aller dans ce sens, si l'on s'enfonce un peu plus dans ces considérations clownesques, on va finir par enseigner comment draguer en boîte de nuit à l'école...

Ce troc proposé n'est que fumisterie, ce n'est que l'étape finale vers la suppression définitive de l'enseignement en question à court terme. Et puis comme si des heures si maigres pouvaient suffire à pourvoir un tel héritage et à assurer des cours dignes de ce nom... c'en est pitoyable. Si j'aimais tant les cours, c'est qu'il y résidait un équilibre : tantôt la grammaire et la conjugaison, tantôt l'aspect culturel et historique de la vie de l'époque. Tout s'imbrique, on comprend l'un en comprenant l'autre, et puis ça permet de varier les plaisirs également, dans tout enseignement il y a des côtés plus rigoureux et formels que d'autres, le tout est de s'assurer toutes les parties afin d'en retirer quelque chose, comme si ces pauvres heures de grammaire et de conjugaison allaient contribuer à intéresser des gens et leur donner une image fidèle de tout un héritage... Ce n'est qu'une manière douce d'y mettre fin, et elle me désole plus qu'il n'en faut pour le dire... »