2 mars 2016

Dans "Le Messager" : "A la rentrée prochaine, exit le latin au collège de Saint-Jean-d’Aulps"

A la rentrée prochaine, exit le latin au collège de Saint-Jean-d’Aulps

 

C’est un cas unique à ce jour pour l’inspection académique : un collège public se voit obligé de renoncer à l’enseignement de la langue et de la culture latines. En cause : manque d’enseignants et isolement géographique.
Rosa, rosa, rosam... ? Le refrain vit ses derniers mois : la prochaine rentrée se fera sans latin. Acta est fabula.

Malgré le souvenir des moines de l’abbaye toute proche, le collège Henri-Corbet de Saint-Jean-d’Aulps va dire au revoir à ses cours de latin, ou plus exactement ses cours de langue et culture de l’antiquité latine, à la rentrée prochaine. « J’en suis le premier désolé », confie François Giraud, le principal de l’établissement, qui a prévu de l’annoncer aux dix-sept familles théoriquement concernées par la question en septembre.

Au sein de l’établissement, les cours de latin, optionnels, sont encore suivis par 10 élèves de 5e et 7 de 4e, plus 15 de 3e (qui auront donc quitté le collège en juin). « En 2012, on était à environ 20 ou 25 élèves par niveau, note M. Giraud. Mais sans enseignant titulaire pour faire vivre la matière… » Car c’est là que le bât blesse. Le collège compte théoriquement quatre professeurs de français : trois en lettres modernes et un en lettres classiques, seul habilité à l’enseignement du latin. Or ce poste est vacant depuis 2012. « Un professeur de lettres modernes peut enseigner le latin, s’il en a la compétence, mais il n’y est pas obligé. »

Depuis 2012, ce sont donc des titulaires remplaçants qui sont affectés à Henri-Corbet, mais les lettres classiques se font rares, et malgré les efforts de l’inspection académique « qui est sensibilisée à nos problèmes », ces remplacements se font toujours dans un climat d’incertitude. Il n’est pas dit en effet que l’enseignant reste longtemps… s’il vient. Car c’est là que le collège se heurte à un second problème : son isolement géographique.

« A la rentrée, ces remplacements sont remis en question par des demandes de révision d’affectation pendant l’été, déplore le principal. Saint-Jean-d’Aulps est loin de tout, comme d’un centre universitaire, par exemple, et ce n’est généralement pas le premier choix fait par ces enseignants. » Si bien que les remplaçants attribués en juin ne sont pas toujours là en septembre...

Suite à la réforme des collèges, le latin n’aurait plus représenté que cinq heures d’enseignement hebdomadaires. « Devions-nous les consacrer à dix-sept élèves ? Nous avons fait le choix de mettre ces heures ailleurs. » Donc exit le latin.

« C’est à ce jour le seul cas à notre connaissance », affirme Pascal Clément, directeur académique adjoint, qui prend acte en rappelant que « chaque chef d’établissement organise sa répartition des heures de cours, après quoi son conseil d’administration, souverain, la vote ».

Pour autant, le poste vacant de lettres classiques à Henri-Corbet n’est pas supprimé : M. Giraud veut espérer que cette décision sera « une parenthèse d’une année », avant un éventuel retour du latin à la rentrée de 2017.

YVAN STRELZYK

 

Quelles perspectives pour les collégiens latinistes?

 

Le point sur l’enseignement du latin dans les collèges qui ont été en mesure de nous répondre.

 

Abondance

Collège Sainte-Croix-des-Neiges : « Cela fait des années que nous n’enseignons plus le latin, même si nous avons une enseignante qui serait en mesure de le faire. Mais nous recevons un public assez international, avec des élèves non francophones dont ce n’est pas la priorité. Nous mettons donc l’accent sur les langues vivantes. Et nous recevons très peu de demandes pour du latin, en tout cas. »

 

Bellevaux

Collège Notre-Dame : « Il y a environ 1/5 des élèves d’un niveau qui choisissent l’option latin. Le latin est une demande de certaines familles mais surtout des élèves qui souhaitent découvrir un autre enseignement, entre autres la civilisation, qui les intéresse beaucoup. Nous allons bien évidemment suivre la réforme qui intervient à la rentrée 2016. Le nombre d’heures d’enseignement de latin va donc diminuer mais nous envisageons, par le biais des enseignements pratiques interdisciplinaires, d’intégrer également du latin quand le projet s’y prête. Nous avons un retour positif des élèves et des familles, ce qui nous encourage à aller dans ce sens. »

 

Evian-les-Bains

Collège des Rives-du-Léman : « Les cours de latin seront maintenus dans l’établissement à la rentrée prochaine, pour les élèves volontaires. La langue et culture de l’Antiquité (nous ne parlons plus de latin) représente à la fois des connaissances transférables dans d’autres disciplines et une ouverture culturelle et historique. »

Collège Saint-Bruno : « L’enseignement du latin sera maintenu à la rentrée prochaine en 5e, 4e et 3e… et les années suivantes. »

 

La Chapelle-d’Abondance

Collège du Val-d’Abondance : « A partir de l’année prochaine, nous ne pourrons maintenir qu’une seule heure hebdomadaire à chaque niveau de classe, soit un groupe par niveau (contre actuellement 2 heures en 5e et 3 heures en 4e et 3e, ndlr). Nous devrions garder sensiblement les mêmes effectifs mais avec une augmentation en 4e. »

 

Saint-Paul-en-Chablais

Collège du Gavot : « Nous avons une enseignante titulaire qui assure cet enseignement, qui sera donc maintenu dans le cadre de la réforme du collège. Cet enseignement a vocation à être pérenne dans l’établissement compte tenu de la présence de l’enseignante et des effectifs constatés. »

 

Thonon-les-Bains

Collège Champagne : « Le latin est solidement implanté au collège. Il apporte une plus-value aux élèves qui l’ont choisi. Il est intégré dans le projet d’établissement et l’ensemble de la communauté éducative a fait le choix de le maintenir pour l’avenir. Cette année encore un voyage de découverte de la civilisation latine est organisé sur des sites archéologiques italiens. »

Collège du Sacré-Cœur : « Selon les années, cela oscille entre une dizaine et une quinzaine d’élèves par niveau depuis la classe de 5e, avec une enseignante à temps partiel. Il est nécessaire de proposer cet enseignement à nos élèves qui le souhaitent, car il renforce nettement l’apprentissage des savoirs. L’étudier permet à la fois de mieux appréhender les subtilités orthographiques, grammaticales et sémantiques de notre langue et d’approfondir la connaissance de la culture romaine, à la source directe de notre propre culture dans bien des domaines comme la littérature, l’architecture… Le latin sera donc proposé à la rentrée à nos collégiens dans le cadre de la réforme, et cela conformément aux textes. »

Collège Saint-Joseph : « Nous allons poursuivre, même si c’est un choix cornélien : allouer des heures pour le latin, ce seront des heures qui n’iront pas à d’autres options ni à des dédoublements de classes. On mesure pleinement le sens de l’expression choisir, c’est renoncer. Cela représentera 6 heures par semaine au lieu de 8 heures, mais nous avons la chance d’avoir 80 % des élèves qui continuent le latin dans notre lycée, donc tout cela va s’équilibrer. »