Le 3 mars 2016

Dans "Le Point" : "Réforme du collège : près d'un million d'heures de latin perdues !"

Réforme du collège : près d'un million d'heures de latin perdues !

 

L'enquête est sans appel. En dépit des dénégations de Najat Vallaud-Belkacem, les heures consacrées à l'enseignement du latin ont fortement diminué.

 

Par Louise Cuneo

 

« Le latin et le grec ne disparaissent pas avec la réforme du collège. Bien au contraire. » Ces mots prononcés par Najat Vallaud-Belkacem le 31 août sur France Inter ne convainquent pas Arrête ton char (ATC). « Ce que fait la réforme (…), c'est qu'elle donne plus d'heures de cours, plus de latin », a également affirmé la ministre de l'Éducation nationale à l'antenne de LCI et Radio Classique, le 7 mai dernier.

À force d'avoir entendu ces paroles répétées par la ministre, Robert Delord, professeur de lettres classiques et président de cette association, en a eu assez. Marre d'entendre des affirmations qui lui semblaient pour le moins erronées. Lassé d'entendre que, selon la ministre, la réforme du collège 2016 viserait à démocratiser et à offrir à tous les élèves les langues anciennes, jusque-là jalousement réservées à l'élite de la bourgeoisie. « Cette belle histoire de ministre-Robin des bois, qui vole le latin aux riches pour le donner aux pauvres, avait de quoi séduire et a pu faire effet quelque temps, mais c'était sans compter sur le fait que les professeurs de lettres classiques sont intrinsèquement interdisciplinaires et savent aussi compter », confie le président d'ATC.

Un demi-million d'élèves apprennent le latin ou le grec

Alors, Robert Delord a voulu en avoir le cœur net. Savoir ce qu'il adviendrait du latin et du grec, qui concernent aujourd'hui plus d'un demi-million d'élèves, ce qui fait du latin la troisième langue enseignée au collège après l'anglais (obligatoire) et l'espagnol. Et il a vérifié. Demandé à un maximum de collègues de langues anciennes de lui indiquer la variation du nombre d'heures de latin et de grec dans leur établissement dès la rentrée prochaine. Seuls trois collèges sur près de trois cents ont répondu qu'ils gagneraient des heures ; pour tous les autres, c'est une perte sèche. Grâce à ces informations, ATC a construit une carte interactive recensant toutes les informations remontées des collèges, représentant un panel représentatif des établissements de toute la métropole et d'outre-mer. Robert Delord a décidé de publier cette « carte interactive du latin pour tous selon Najat Vallaud Belkacem », qui est consultable sur le site d'ATC.

Le résultat est sans appel. Selon ses calculs, dès la rentrée 2016, les horaires d'enseignement du latin et du grec diminueront de 40 % : avant la réforme, les établissements qui en proposaient dispensaient 10 heures de cours par semaine ; ils n'en proposeront plus que 6 heures après la réforme. Soit, par projection, quelque 950 000 heures de langues anciennes perdues dès la rentrée de septembre, rien que pour l'an prochain.

« La mort du latin est programmée »

« Et dire que cette réforme prétendait démocratiser le latin et l'offrir à tous les élèves ! regrette Robert Delord. Ces chiffres me semblent assez évocateurs et apportent enfin une preuve concrète des mensonges répétés du ministère. » Et l'ardent défenseur des langues anciennes de déplorer qu'avec les nouveaux programmes les « compléments d'objet direct et indirect » (COD et COI) se confondront dans l'appellation « complément du verbe ». Pardon : complément du « prédicat », comme le voudra la nouvelle dénomination. « En faisant disparaître cette différenciation, il sera difficile d'expliquer aux élèves la différence entre un accusatif et un datif. Mais, de toute façon, à quoi bon ? Avec des horaires réduits à peau de chagrin, la mort du latin est programmée ».

Et Robert Delord de conclure : « La ministre, telle Calypso qui, par ses douces paroles, parvint à retenir Ulysse dix ans auprès d'elle, ne manque pas de nous rassurer lors de ses envoûtantes allocutions médiatiques : Non, le latin et le grec ne disparaissent pas du collège, ils sont renforcés. En effet, avec 40 %, soit près d'un million d'heures, d'enseignement des langues anciennes supprimé sur un an, il faut louer tous les dieux du Panthéon gréco-romain que la volonté de la ministre soit de renforcer les langues anciennes et non de les affaiblir ! »