26 janvier 2016

Sophie Coignard dans "Le Point" : "Latin et grec au collège : l'heure de vérité"

Latin et grec au collège : l'heure de vérité


Les dotations horaires des collèges pour la prochaine rentrée suscitent beaucoup d'émotion alors que les professeurs manifestent contre la réforme en cours.

 

Ce mardi 26 janvier, les professeurs de collège manifestent. Contre le gel du point d'indice dans la fonction publique, mais aussi, voire surtout contre la réforme du collège qui leur sera imposée à la rentrée prochaine. Or, depuis quelques jours, les motifs de mécontentement, pour employer un euphémisme, se multiplient. Outre la formation à cette réforme que certains participants considèrent comme d'une « médiocrité humiliante », les dotations horaires globales (DHG) pour 2016-2017, ces enveloppes de temps d'enseignement distribuées à chaque établissement, viennent de tomber dans certains collèges un peu avant l'heure habituelle. Et ce n'est pas toujours agréable, c'est le moins que l'on puisse dire, pour les professeurs de lettres classiques, qui ont au moins quatre raisons de craindre le pire :

Le latin est perdant, mais c'était écrit d'avance, puisque les heures consacrées à son apprentissage (en dehors des anecdotiques enseignements pratiques interdisciplinaires ou EPI) passent de deux à une heure en cinquième, et de trois à deux heures en quatrième et en troisième.

Il existe, de plus, dans le décret sur la réforme du collège, une ambiguïté que le ministère s'est toujours refusé à lever : ces horaires, déjà réduits à la portion congrue, représentent-ils un plafond indicatif ou une obligation ? Plafond, selon la direction de l'enseignement scolaire. Obligation, selon le cabinet de la ministre. Celui-ci, toutefois, n'a jamais voulu répondre favorablement à une doléance des associations de défense des langues anciennes, qui réclamaient une circulaire pour clarifier ce point fondamental.

On n'a encore rien vu !

Le temps consacré à l'enseignement du latin et du grec, de surcroît, sera puisé dans un pot commun de la DHG d'environ 2 h 45 par semaine, qui peut aussi concerner le soutien scolaire ou le travail en petits groupes dans certaines matières. Dans certains collèges, le chef d'établissement omet tout simplement d'attribuer des heures au latin et au grec, et invite les enseignants de ces matières à « s'arranger avec leurs collègues ». Insensé.

Et encore, redoutent les professeurs de lettres classiques, on n'a encore rien vu ! Pour la première rentrée où s'applique la réforme du collège annoncée par Najat Vallaud-Belkacem en mars 2015, le ministère et les rectorats vont s'efforcer de ne pas trop maltraiter les langues anciennes en termes de dotations horaires afin de donner le change.

Mais que se passera-t-il les années suivantes ?