20 décembre 2015

Dans "Ouest France" la critique d'un essai de Pierre Judet de la Combe : L'avenir des anciens.

Le cadeau des enfants du livre

On va s'offrir des livres à Noël... Et c'est plus important que ça en a l'air. Car le livre est un objet de résistance.

L'acte de lire est essentiel dans sa lenteur face aux dérives de l'immédiate émotion : c'est ce qui permet de connaître les autres et de juger. Il faut donc lire pour « entrer patiemment dans la pensée d'autrui » comme le rappelle l'universitaire helléniste Pierre Judet de la Combe, dans un essai passionnant (1).

La lecture est un droit, ce droit au savoir qui constitue notre bien commun : « la culture repose sur la capacité de lire » poursuit celui qui fait métier de « lecteurs de texte ». Lire pour se connaître soi-même et sa propre langue, c'est la base d'un homme en marche. Lire, prendre possession de la connaissance, c'est aussi éminemment politique puisque « c'est aider les individus à exercer leur métier de citoyen ».

C'est pour cela que la réforme des collèges a déclenché une nouvelle guerre du latin et du grec. Car cette réforme dit en fin de compte que « l'école ne s'intéresse pas à la lecture des textes en général, qu'ils soient de notre culture ou des autres ».

Et pourtant, là où les mots se sont forgés, c'est bien dans les textes anciens.

L'Antiquité est notre creuset. Pas seulement la grecque et la romaine, mais aussi celles des traditions juive, chrétienne, arabe.

Et dans l'histoire où « la culture est vivante, faite des ruptures et de reconfigurations » les Antiquités chinoise, précolombienne, africaine et moyen-orientale deviennent aussi les nôtres, grâce au langage qui est « le lien entre ces mondes anciens et nous ».

Les attentats qui nous endeuillent, la dernière campagne électorale qui a révélé des fractures, la cohabitation entre religions, la crise qui touche de manière générale tout et tout le monde et dévoile un désarroi comme une hésitation des intelligences : on voit remonter à la surface du XXIe siècle spirituel des mots employés parfois à tort et à travers comme démocratie et dieu, philosophie et religion...

Ces mots que l'on emploie tous les jours se sont imposés dans l'Antiquité « parce que leur sens, leur valeur ont été argumentés, disputés, parce qu'ils ont été élaborés par des textes ».

Alors quand une ministre de la Culture avoue qu'elle n'a pas le temps de lire, elle signe l'aveu d'un immense malentendu. Car nous appartenons à la culture du Livre. Nous sommes les enfants du Verbe. C'est la parole qui anime qui le monde, le rend intelligible et produit du sens. C'est la parole qui met la pensée en mouvement...

Alors, allons voir du côté de l'antique pour retrouver du sens. Alors, offrez et offrons-nous des livres. Alors, lisez, lisez encore, il vous en restera quelque chose. Un éveil au monde. Un goût d'universel. Un appétit fraternel. Et vous serez libres davantage face aux dictées des dictatures.

(1) L'avenir des anciens, Albin Michel, 18 €

 

Dans "Le Monde" du 7/01/16 : http://www.lemonde.fr/livres/article/2016/01/07/penser-autrement-grace-au-grec-et-au-latin_4842938_3260.html

Dans "Le Point" du 15/01/16 : http://www.lepoint.fr/editos-du-point/sophie-coignard/coignard-reforme-du-college-conseil-de-lecture-a-najat-vallaud-belkacem-15-01-2016-2010103_2134.php

Dans "La Croix" du 22/01/16 : http://www.la-croix.com/Famille/Education/L-enseignement-latin-grec-valeur-sociale-enorme-2016-01-22-1200733263

 Sur "France Culture" le 23/01/16 : http://www.franceculture.fr/emission-la-suite-dans-les-idees-a-en-perdre-son-latin-grec-2016-01-23