9 décembre 2015

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Pascal Charvet (inspecteur général honoraire de l'Education nationale) dans la "Revue de l'éducation" (décembre 2015-janvier 2016) : "Oui à la pédagogie de projet, non à la réforme du collège".

Extraits :

Dans une tribune libre publiée le 5 octobre nous avions mis en cause, avec un collectif, le paradoxe de cette réforme du collège qui brandit des exigences d’égalité en totale contradiction avec les mesures qu’elle met en place. Les nouveaux programmes confirment malheureusement cette analyse, et relèvent de la même affligeante contradiction notamment sur cinq points cruciaux : la progression des apprentissages, l’interdisciplinarité, le latin et le grec, le parcours Avenir et l’égalité filles/garçons. Là encore, les principes directeurs vont dans le bon sens, mais leur traduction pratique est désastreuse.

[...]

Au lieu de quoi les enseignants ont aujourd’hui, sur les bras, pourrait-on dire, d’un côté, des programmes manifestement conçus en tuyaux d’orgues, et, de l’autre, des EPI nébuleux promis à devenir (comment ?) le foyer de toutes les réjouissances interdisciplinaires. En témoignent ces injonctions creuses et machinales assénées à longueur de pages, à croiser des enseignements dont rien de concret ne permet d’espé- rer, dans les textes, qu’ils puissent un jour se rencontrer.

C’est le cas malheureux de tous les enseignements, et particulièrement du latin et du grec, les grands oubliés de ces nouveaux programmes : on recommande ainsi, ex abrupto, en français en 5e, « le décryptage de textes latins du Moyen Âge au XVIIIème siècle (religion, sciences et philosophie) », alors que les élèves n’ont à ce stade aucune connaissance de la langue latine ni des domaines envisagés. Et cette connaissance des langues et cultures de l’Antiquité ne risque guère d’être acquise à l’avenir, car si par pure générosité, en cette année accessoirement électorale, des consignes ont parfois été données afin de répondre favorablement aux demandes d’heures complémentaires, il n’y a nulle garantie pour la rentrée 2016 et au-delà : ces heures resteront tributaires du bon vouloir des chefs d’établissement.