1er décembre 2015

"La Voix du Nord" : "Réforme du collège : à Ostricourt, un prof refusera d’enseigner à la rentrée"

Réforme du collège : à Ostricourt, un prof refusera d’enseigner à la rentrée

Enseignant de latin et de grec au collège Henri-Matisse d’Ostricourt, Samuel Tursin s’était « vendu » sur le Bon Coin pour attirer l’attention sur certains aspects de la réforme du collège. Il récidive, avec une autre provocation.

 

Samuel Tursin, professeur de latin et de grec au collège Henri-Matisse, vient d’annoncer qu’il « s’opposerait à enseigner les langues anciennes à la rentrée de septembre ». C’est sa manière de montrer son opposition, non pas à une réforme du collège, mais à la réforme telle qu’elle est prévue par Najat Vallaud-Belkacem. Notamment l’autonomie donnée aux établissements, qui supprime « la garantie de continuité » de certains cours.

« Sentiment d’abattement »

Le trentenaire, membre de l’association Arrête ton char, est un habitué de l’humour pour faire passer ses messages : en mai, il s’était « vendu » sur le site de petites annonces Le Bon Coin, déjà pour marquer son opposition au projet. Cette fois, il joue la provocation. « Coup de folie ? Schizophrénie ? Les mots ne suffisent plus pour dire mon sentiment d’abattement devant le mutisme de l’équipe ministérielle », affirme l’enseignant.

Qui, ce faisant, s’appuie paradoxalement sur un arrêté ministériel du 19 mai 2015 : « En refusant ouvertement d’enseigner les langues anciennes à la rentrée 2016, je fais moi-même la preuve de ce que permet la réforme du collège », explique Samuel Tursin : « au nom de l’autonomie, le conseil pédagogique peut décider de proposer ou non l’enseignement des langues anciennes. Mais on peut aller plus loin. (…) ».

Cohérence et concertation

Voici sur quoi l’enseignant s’appuie : « Les enseignements de complément de latin et de grec sont pris en charge par les professeurs de lettres classiques, qui ont en outre vocation avec les professeurs d’autres disciplines, à être mobilisés pour la prise en charge de l’enseignement pratique interdisciplinaire langues et cultures de l’Antiquité ». Samuel Tursin traduit ainsi ce jargon : « Cela veut dire que nous, profs de langues anciennes n’avons pas d’obligation à les enseigner, et les autres profs non plus ! »

Le professeur refuse d’être taxé d’immobilisme : « Je ne suis pas un partisan acharné du maintien de l’organisation actuelle des enseignements et de leurs programmes. Les jeunes, la société évoluent (…) Il faut des changements, mais des changements cohérents et en concertation (…) Afin qu’on n’apprenne pas n’importe quoi et qu’on ne fasse pas faire n’importe quoi aux élèves, qu’on ne fragilise pas encore plus l’école, je me refuse à jouer l’hypocrisie. »

Sa première action (« prof à recycler ») n’avait pas fait réagir l’Éducation nationale. Sera-t-il cette fois entendu ?