1er décembre 2015

Diverses critiques de Mia madre, film de Nanni Moretti.

Extraits :

À travers les mésaventures de Margherita (Margherita Buy), cinéaste engagée, en pleine catastrophe familiale et professionnelle – sa mère est très malade à l’hôpital, le tournage de son nouveau film n’est pas sans problèmes, Nanni Moretti décrit « notre confusion, notre difficulté à comprendre et à raconter une crise culturelle et sociale qui nous concerne tous.»

On ne peut pas mieux dire. La mère de Margherita était une professeure de lettres qui a consacré sa vie à la transmission d’un savoir littéraire qui semble voué à partir à la poubelle après la disparition des personnes de sa génération, en Italie comme ailleurs. Les leçons de latin qu’elle a encore la force de donner à sa petite-fille, d’abord assez peu réceptive à l’importance de cette matière puis convertie grâce aux talents de pédagogue de sa grand-mère, trouve un écho saisissant au débat actuel autour de la suppression de l’enseignement des langues mortes à l’école.

Dans "Libération"

Cette épiphanie silencieuse, c’est la nôtre, c’est aussi celle de Margherita, personnage principal de Mia Madre (Margherita Buy, formidable de tension volatile, lire ci-contre), réalisatrice reconnue dont la mère est en train de vivre ses derniers jours à l’hôpital. Après la Chambre du fils, Nanni Moretti nous emmène donc visiter la chambre de la mère, cette matrice, et si c’est à cause d’une fuite d’eau que la réalisatrice y débarque en pleine nuit, on perçoit bien pourquoi elle ne quittera pas les lieux, et y sera parfois rejointe par son frère Giovanni (Nanni Moretti, en retrait) et sa fille adolescente. Il s’agit de se chauffer encore un peu auprès de ce foyer-là, avant qu’il ne s’éteigne.


[...] La mère, Ada, professeure de latin à la retraite, dont le testament est tout entier contenu dans cette leçon qu’elle aimerait léguer à sa petite fille, que le latin c’est l’analyse logique. La mère aimerait que la fille reste un peu plus à ses côtés, et perd doucement la tête. La dernière balise est la petite-fille, qui pointe plus gaiement vers l’avant, tout à sa joie d’étrenner son premier scooter.


[...] Alors qu’on lui annonce que sa mère est à l’agonie, Margherita choisit de terminer une prise. On y entend l’un des ouvriers parler au patron, et il nous semble l’entendre, elle : « Vous ne comprendrez jamais combien ce travail compte pour nous. » Mais si, on comprend, et sa mère aussi sûrement, dont les recueils de Tacite encombrent les étagères, et dont les anciens élèves, après son décès, viendront dire combien elle a compté pour eux. La fin du film arrive peu après, brutale comme un décès auquel on est pourtant préparé, nous laissant face au dérisoire de nos vies et à ce que l’on décide d’en faire. Est-ce trop lire dans ce film que d’y voir un aveu de Moretti, qui apprit la mort de sa propre mère, elle aussi professeure de latin, lors du tournage de Habemus Papam ? Il y a quelque chose qui tiendrait d’un constat d’impuissance, mais non d’échec. Car le film et la vie, l’un et l’autre réversibles dans leurs sensibilités épidermiques aux moindres nuances, sont là vaille que vaille.

Dans "Le Temps" (Suisse) :

Sur le versant onirique, la grabataire, inapte à mourir, s’évade de l’hôpital – comme le pape fugue dans Habemus Papam. Ailleurs, Margherita remonte une interminable file d’attente devant un cinéma; elle s’y croise, adolescente. Cette séquence pétrie de nostalgie, d’autant plus que Leonard Cohen chante «Famous Blue Raincoat», renvoie à la jeunesse, au temps où le cinéma était un art populaire. Lorsqu’elle sort du lit, Margherita marche dans l’eau. Mais elle ne rêve plus, la machine à laver a un problème…

Moretti pose la fameuse équation du vieillard qui meurt et de la bibliothèque qui brûle. « Lucrèce… Tacite… Que vont devenir tous ces livres ? », s’interroge Margherita face à la bibliothèque maternelle. En cessant d’être fréquentés, les volumes pleins de science oubliée se fossiliseront en attrape-poussière stériles.

«A demain»

« A quoi penses-tu? », demande Margherita à sa mère. « A demain », répond la mourante. C’est le mot de la fin. Il est sublime. Il nous rappelle qu’il faut continuer à progresser, dépasser la terrible dichotomie du corps et de l’esprit, souscrire à la conviction laïque de Nanni Moretti selon laquelle la vie éternelle nous est promise: elle se fonde sur le souvenir et la transmission du savoir. Mia Madre fait la pluie et le soleil, se conclut en arc-en-ciel, un signe d’alliance entre les hommes et les femmes de bonne volonté, entre les vivants et les morts.

Dans "Le Monde" :

Mais la manière de faire dialoguer les deux blocs narratifs n’est pas moins impressionnante. C’est qu’en vérité une même obsession les tenaille, celle de la mort au travail, de la terrible et douloureuse précarité de toute entreprise humaine. Mort de la fiction dans le champ du réel, à l’heure où les êtres qui peuplent le roman de notre vie finissent par nous quitter inexorablement. Et mort de la réalité dans la fiction, tant l’artifice d’un tournage et l’absurdité des exigences de la production empêchent d’atteindre à la vérité des choses. Il n’est pas jusqu’à l’apprentissage du latin – langue morte dont les personnages doutent de la légitimité fondatrice dans les mots vivants qui la démontrent – qui ne soit également intéressé par cette loi universelle. L’idée de la transmission est pourtant à ce prix, telle que le film la figure entre la grand-mère, qui fut professeure de latin, et sa petite-fille, qui prépare déjà son émancipation du foyer familial, en exigeant l’achat d’un scooter.
Le cinéma serait-il un moyen de garder en mémoire ce qui a lié ou opposé les hommes entre eux ? Et que reste-t-il d'une vie quand meurt une vieille dame qui adorait enseigner le latin et se passionnait pour les civilisations anciennes ? Ce qu'elle a transmis bien sûr, son amour du savoir communiqué à sa petite-fille, sa joie de vivre y compris au moment de s'éteindre. Sous ses airs de comédie, « Mia madre » ne parle que de cela : des mondes qui disparaissent et que seuls, sauvent la transmission et l'amour.

Dans l’intimité de cette chambre d’hôpital, au chevet de cette mère qui s’éteint, Mia Madre se révèle aussi être un film sur l’impossibilité du dialogue ou sur le dialogue de sourds. Peut-être le seul véritable dialogue est-il l’enseignement, du latin en particulier, la langue que la mère a enseignée, la langue mère.

Ada a été professeur de vie selon ses anciens élèves qui se considèrent comme ses enfants et la connaissent mieux que les membres de sa famille. C’est pour lui rendre hommage et en souvenir d’elle que sa petite fille, d’abord rétive, va accepter d’apprendre le latin.

Giovanni, lui, peut se rappeler un datif de possession, mais sa présence constante auprès de sa mère le révèle surtout dans l’expectative : il attend de trouver du travail, certes, mais semble surtout attendre d’entrer dans la vie elle-même. Comme si, pour devenir un homme, ce grand adolescent avait besoin que soit coupé le cordon ombilical.

 

Dans l’intimité de cette chambre d’hôpital, au chevet de cette mère qui s’éteint, Mia Madre se révèle aussi être un film sur l’impossibilité du dialogue ou sur le dialogue de sourds. Peut-être le seul véritable dialogue est-il l’enseignement, du latin en particulier, la langue que la mère a enseignée, la langue mère.

Ada a été professeur de vie selon ses anciens élèves qui se considèrent comme ses enfants et la connaissent mieux que les membres de sa famille. C’est pour lui rendre hommage et en souvenir d’elle que sa petite fille, d’abord rétive, va accepter d’apprendre le latin.

Giovanni, lui, peut se rappeler un datif de possession, mais sa présence constante auprès de sa mère le révèle surtout dans l’expectative : il attend de trouver du travail, certes, mais semble surtout attendre d’entrer dans la vie elle-même. Comme si, pour devenir un homme, ce grand adolescent avait besoin que soit coupé le cordon ombilical.

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Ada a été professeur de vie selon ses anciens élèves qui se considèrent comme ses enfants et la connaissent mieux que les membres de sa famille. C’est pour lui rendre hommage et en souvenir d’elle que sa petite fille, d’abord rétive, va accepter d’apprendre le latin.

Giovanni, lui, peut se rappeler un datif de possession, mais sa présence constante auprès de sa mère le révèle surtout dans l’expectative : il attend de trouver du travail, certes, mais semble surtout attendre d’entrer dans la vie elle-même. Comme si, pour devenir un homme, ce grand adolescent avait besoin que soit coupé le cordon ombilical.

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Ada a été professeur de vie selon ses anciens élèves qui se considèrent comme ses enfants et la connaissent mieux que les membres de sa famille. C’est pour lui rendre hommage et en souvenir d’elle que sa petite fille, d’abord rétive, va accepter d’apprendre le latin.

Giovanni, lui, peut se rappeler un datif de possession, mais sa présence constante auprès de sa mère le révèle surtout dans l’expectative : il attend de trouver du travail, certes, mais semble surtout attendre d’entrer dans la vie elle-même. Comme si, pour devenir un homme, ce grand adolescent avait besoin que soit coupé le cordon ombilical.

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