10 novembre 2015

Dans "AlterEco+" Marie Duru-Bellat : "Du commun… au collège aussi !"

Du commun… au collège aussi !

La notion de commun a le vent en poupe, en premier lieu quand on aborde les questions environnementales ; mais elle pourrait tout autant s’appliquer à cette formation que l’Etat juge nécessaire d’assurer à tous les petits Français pour fonder leur intégration. Pourtant, les réactions à la réforme des collèges montrent que ce n’est pas si consensuel.

Il est compréhensible qu’un certain corporatisme s’exprime de la part des enseignants de langues anciennes ou d’Allemand qui vont sans doute y perdre un peu d’influence. Mais que dire des parents qui défendent les classes bilangues ? Ces résistances rappellent que les questions scolaires n’ont pas de raison d’être consensuelles quand une compétition impitoyable régit l’accès aux diplômes Ils veulent pouvoir choisir librement, tel un bien de consommation, l’éducation de leur enfant. Et tant pis si, les ressources publiques allouées à l’éducation n’étant pas extensibles à l’infini, cela équivaut à ce que d’autres élèves, plus souvent de milieu moins favorisé, en reçoivent moins. Mais qui défend ces élèves ? Les deux principales associations de parents (FCPE et PEEP) soutiennent la réforme, notamment pour certains de ses aspects qui n’intéressent pas les meilleurs élèves, tels que le renforcement de l’accompagnement individualisé.

Ces résistances rappellent que les questions scolaires n’ont pas de raison d’être consensuelles quand une compétition impitoyable régit l’accès aux diplômes.

Classes bilangues

C’est certes une des missions de l’école que d’organiser la sélection pour les emplois. Mais cela ne doit pas se faire aux dépens de sa fonction primordiale d’éducation de tous. Si l’on défend la valeur d’une jeunesse formée ensemble jusqu’à 15-16 ans, alors il faut différer toute mise à l’écart avant cet âge et toute option qui produirait ce résultat. A ce stade, la priorité est de tout faire pour donner plus à ceux qui ont le plus de difficultés.

Si l’on défend la valeur d’une jeunesse formée ensemble jusqu’à 15-16 ans, alors il faut différer toute mise à l’écart avant cet âge.

Certains diront que cela tire le niveau vers le bas : peut-être (un peu) pour les élèves des classes bilangues, qui apprendront une seconde langue avec un an de décalage, mais pas du tout pour les plus faibles qui, si la réforme est effectivement mise en œuvre, pourraient en tirer de réels bénéfices, parce qu’ils seraient davantage aidés, parce qu’ils percevraient mieux, grâce aux enseignements interdisciplinaires, le sens de ce qu’ils étudient, parce qu’on se préoccuperait des compétences qu’ils acquièrent, pour se préparer à une vie dont les exigences ne seront pas disciplinaires.

Autonomie des établissements

Il reste l’argument, plus justifié, des risques que l’accroissement (modéré) de l’autonomie des établissements ferait courir en matière d’équité. Même s’il faut rappeler qu’aujourd’hui les collèges sont déjà très fortement inégaux (dans la couverture des programmes notamment), il est certain que leur laisser du jeu expose au risque d’une diversification plus grande encore.

C’est pour cela que les exigences du socle commun doivent être évaluées de manière standardisée, pour tous les élèves, l’adaptation locale devant porter sur les modalités pédagogiques pour atteindre ces objectifs communs et non bien sûr sur les objectifs eux-mêmes. Les enseignants auraient-ils peur qu’on fasse, à cet égard, confiance à leur professionnalisme?