9 novembre 2015

Antoine Desjardins ("Sauver les lettres") dans "Le Figaro" : "Réforme du collège : l'opposition doit continuer"

Extraits :

Si j'étais cadre de l'éducation nationale (ce qu'à Dieu ne plaise: on a bien suggéré à certains d'entre nous, militants pour le sauvetage des lettres, de brillantes perspectives de carrières administratives pour neutraliser nos ardeurs militantes et nous faire trahir la cause commune...) ce désenchantement, ce nihilisme, cette perte de la libido docendi (il s'agit bien d'une manière de libido au sens freudien, d'un désir d'enseigner), cette apparente docilité ou parfois cette agressivité passive de la bête blessée qu'on n'a pas encore tout à fait tuée et qui avance mollement en grognant et en décochant, parfois, un coup de sabot, tous ces signes de démission, d'exténuation, de perte de vocation, m'inquiéteraient beaucoup plus, d'une certaine façon que la belle vitalité des manifestants qui brandissaient ce jour-là, des pancartes pour la défense du latin et des humanités et chahutaient joyeusement comme des goliards à la verve rabelaisienne. Ce fut réjouissant de voir l'enthousiame palpable de ceux qui défendent une école de la transmission et des savoirs et ne se résoudront jamais à payer les élèves en monnaie de singe.

Notre métier exige bien une sorte de foi.

Cette flamme, cette ferveur qui refuse de s'exténuer, est un trésor sur lequel un ministre digne de ce nom devrait faire fond pour redresser et réinstituer l'école! Les hussards noirs ne sont pas tout à fait exterminés! il y a encore des gens idéalistes, qui, pour un salaire dérisoire par rapport à leur niveau d'études, sont prêts à aller enseigner la langue latine coûte que coûte sur le front de la fracture sociale! Des gens désintéressés, dans une société malsaine et égoïste où tout est marchandise, prêts à ouvrir les yeux des élèves sur la littérature française, la poésie, les langues vivantes, les mathématiques, la haute culture!

Eh bien, non, rien de tout cela, nous sommes ceux par qui l'école va mal, les empêcheurs de réformer, les réactionnaires!