30 octobre 2015

Dans "Le Figaro" : "Pourquoi le latin peut vraiment mourir".

Et une infographie : "L'enseignement du latin en 5 chiffres"

L'enseignement du latin en 5 chiffres

INFOGRAPHIE - Combien de collégiens étudient cette langue? Combien y a-t-il de candidats au Capes de lettres classiques ? Nos réponses.

 

La réforme du collège a suscité une levée de boucliers de la part des défenseurs du latin. Que représente-t-il, aujourd'hui, en termes d'enseignement? La réponse en chiffres.

 

 

1- 20% des élèves de collège étudient le latin.

2- En classe de cinquième, 44% des enfants d'enseignants et 39% des enfants de cadres choisissent l'option latin, contre 15% des enfants d'ouvriers.

3- 19,3% des élèves de cinquième font du latin en 2014, mais seuls 5,3% persistent en classe de seconde.

4- 133 candidats au Capes de lettres classiques, cette année, pour 230 postes.

5- Une personne née en 1971 a étudié le latin pendant 400 heures pendant sa scolarité, contre 250 heures pour quelqu'un né dix ans plus tard.

 

 

Pourquoi le latin peut vraiment mourir

Marie-Estelle Pech

Affaibli par la réforme du collège, son enseignement souffre également du fait que les parents n’ont eux-mêmes pas appris le latin ou très peu. Ils préfèrent orienter leurs enfants vers d’autres options.

La réforme des langues anciennes au collège risque fort d’accélérer la baisse des effectifs d’élèves en latin. Dès la rentrée 2016, cette option affaiblie sera scindée en deux. Elle sera difficile à organiser dans les établissements : civilisation d’un côté dans le cadre d’un enseignement pratique interdisciplinaire (EPI) venant « mordre » sur d’autres disciplines, étude de la langue de l’autre dans le cadre d’un enseignement de complément. Confrontés au ministère, qui les accuse de ne s’adresser qu’à des enfants d’origine favorisée, les professeurs de lettres classiques ou l’association Arrête ton char brandissent le fait que près de 20% des élèves de collège étudient, bon an mal an, le latin. C’est la quatrième langue enseignée en France, entend-on souvent. Ce rang en impose, mais il cache une lente érosion.

Souvenir négatif

Les dernières statistiques du ministère sont sans appel. Même si, en classe de cinquième, 44 % des enfants d’enseignants et 39 0/0 des enfants de cadres, contre 15 % des enfants d’ouvriers, choisissent encore l’option latin, ils abandonnent vite. Quelque 19,3 % des élèves de cinquième font du latin en 2014, mais seuls 5,3% persistent en classe de seconde. L’étude de cette option qui s’était stabilisée autour de 20% au début des années 2000, baisse depuis 2006 et n’atteint que 17,2% en 2014, avec une perte d’intérêt pour son apprentissage tout au long des années collège. Même dans les établissements privés catholiques, traditionnellement plus attachés à cet enseignement, l’érosion se confirme. Malgré tous leurs efforts, les professeurs ne parviennent pas à conserver leurs recrues.

Les raisons de cette désaffection sont multiples. Selon une enquête menée, il y a quelques années auprès d’une centaine de jeunes par Okapi, la plupart en avaient un souvenir négatif. S’ils plébiscitaient l’enseignement de la civilisation et l’aide au français, les subtilités de la syntaxe les rebutaient. Au lycée, l’éventail des enseignements offerts au choix des élèves est important et les langues anciennes y figurent au même titre que d’autres (enseignements artistiques, langues vivantes, enseignements technologiques, informatique, etc.), avec lesquels elles se trouvent en concurrence, indique le ministère dans une note récente. Alors que le latin décline, le chinois, très en vogue, est par exemple passé d’environ 10 000 élèves à plus de 30 000 en dix ans.

Mais la véritable explication, c’est sans doute que les parents de collégiens n’ont eux-mêmes pas fait de latin ou très peu, y compris parmi l’élite actuelle, celle qui a accédé aux classes préparatoires et aux grandes écoles. Pour ces quadragénaires qui ont souvent réussi sans le latin, une option russe, italien ou informatique est jugée plus utile professionnellement et suffisante pour accéder aux « bonnes classes ». Les langues anciennes apparaissent en revanche désuètes aux yeux de ceux qui ne souhaitent pas se lancer dans des études littéraires, elles-mêmes en déshérence. La majorité des jeunes latinistes choisissent une section scientifique au lycée... Pour le sociologue Philippe Cibois, fin observateur des questions des questions liées à l’enseignement du latin et auteur d’un site sur la question, « depuis 1990, les parents ont fait de moins en moins de latin et leur investissement en latin pour leur enfant devient de plus en plus faible, ce qui explique la décroissance actuelle. »

L’exemple de Bayrou

Il prend l’exemple de François Bayrou, fervent défenseur du latin. Né en 1951, ce dernier a suivi cet enseignement en section classique de lycée, soit 4 heures de cours par semaine, donc près de 900 heures de latin au cours de sa scolarité. Une personne née vingt ans plus tard, en 1971, n’avait plus que 2 heures hebdomadaires de latin, soit environ 400 heures en tout. Dix ans après, pour une naissance en 1981, nombre d’heures se réduit à environ 250 heures.

« On a là un modèle raisonnable d’évolution pouvant se résumer par le fait que l’investissement fort de section classique a poussé les parents à faire étudier le latin par leurs enfants. Quand cet investissement a progressivement divisé par trois, et ce à partir de 1990, la propension faire faire du latin a diminué », indique Philippe Cibois, pour qui, si la réforme actuelle, « qui réduit fortement la part du latin », n’a pas soulevé l’opposition massive de la classe politique, c’est que précisément cette classe politique a eu un investissement en latin plus faible qu’auparavant.



Portrait de Loys
Loys a répondu au sujet : #853 il y a 1 an 4 mois
Pour "Le Figaro", la baisse du nombre de latinistes correspond à des "abandons" mais, en plus des raisons qui peuvent expliquer la baisse à l'entrée en seconde (élèves affectés dans la voie professionnelle ou dans des lycées ne proposant pas l'option, concurrence des enseignements d'exploration et d'autres options, déshérence de la voie littéraire), c'est négliger le fait - "Le Figaro" l'évoque dans un autre article du même dossier - que de plus en plus de collèges ne sont plus en mesure de proposer l'option latin. Rappelons que depuis 2011, 800 postes n'ont pas été pourvus au Capes de lettres classiques ! Ce sont autant de collèges qui peuvent être privés de l'option...

Portrait de Loys
Loys a répondu au sujet : #854 il y a 1 an 4 mois

Alors que le latin décline, le chinois, très en vogue, est par exemple passé d’environ 10 000 élèves à plus de 30 000 en dix ans.

Mais la véritable explication, c’est sans doute que les parents de collégiens n’ont eux-mêmes pas fait de latin ou très peu, y compris parmi l’élite actuelle, celle qui a accédé aux classes préparatoires et aux grandes écoles. Pour ces quadragénaires qui ont souvent réussi sans le latin, une option russe, italien ou informatique est jugée plus utile professionnellement et suffisante pour accéder aux « bonnes classes ». Les langues anciennes apparaissent en revanche désuètes aux yeux de ceux qui ne souhaitent pas se lancer dans des études littéraires, elles-mêmes en déshérence. La majorité des jeunes latinistes choisissent une section scientifique au lycée... Pour le sociologue Philippe Cibois, fin observateur des questions des questions liées à l’enseignement du latin et auteur d’un site sur la question, « depuis 1990, les parents ont fait de moins en moins de latin et leur investissement en latin pour leur enfant devient de plus en plus faible, ce qui explique la décroissance actuelle. »

Il prend l’exemple de François Bayrou, fervent défenseur du latin. Né en 1951, ce dernier a suivi cet enseignement en section classique de lycée, soit 4 heures de cours par semaine, donc près de 900 heures de latin au cours de sa scolarité. Une personne née vingt ans plus tard, en 1971, n’avait plus que 2 heures hebdomadaires de latin, soit environ 400 heures en tout. Dix ans après, pour une naissance en 1981, nombre d’heures se réduit à environ 250 heures.

« On a là un modèle raisonnable d’évolution pouvant se résumer par le fait que l’investissement fort de section classique a poussé les parents à faire étudier le latin par leurs enfants. Quand cet investissement a progressivement divisé par trois, et ce à partir de 1990, la propension faire faire du latin a diminué », indique Philippe Cibois.

L'explication semble peu plausible : l'exemple de la vogue pour le chinois la contredit par exemple. Ou le fait qu'elle soit choisie par des publics issus de milieu défavorisé.
Portrait de Minerve
Minerve a répondu au sujet : #855 il y a 1 an 4 mois
L'étude rappelle que, si les élèves latinistes craignent les difficultés grammaticales, ils "plébiscitent" tant l'étude de la civilisation que l'apport du latin à l'étude du français... Comment ? Nous ne sommes pas seulement "professeurs de déclinaisons" ?
Avec un horaire de français un peu plus raisonnable, permettant d'entraîner davantage les élèves aux notions étudiées et évitant de passer la moitié des cours de cinquième à rappeler les bases de la grammaire française, ou bien avec un horaire de latin un peu supérieur, nos latinistes auraient en plus grand nombre accès, dès la troisième, à des textes les encourageant à poursuivre : non pas que les textes étudiés soient inintéressants pour eux - souvent, les histoires des empereurs, ces "people" scandaleux, les passionnent - mais ils manquent parfois de confiance en eux et ont peur de ne pas avoir le niveau au lycée.
Surtout, ils craignent les horaires dissuasifs.
Tout cela, bien sûr, quand une option "latin" (plus rarement encore "grec") est ouverte à tous dans leur lycée, et n'est pas réservée à ceux de telle ou telle classe - les cours de latin ayant lieu, par exemple, en même temps que ceux de mathématiques!
Quant au problème de recrutement, quelle surprise en effet, quand si peu de postes sont ouverts au concours, et que l'accès aux études de Lettres classiques est de plus en plus difficile faute d'Universités le proposant, que les candidats ne se précipitent pas ! Surtout maintenant, quand cette discipline est ouvertement sacrifiée...