29 octobre 2015

Dans "Libération" : "Qui fait du latin au collège ? Avant tout les enfants de profs..."

Qui fait du latin au collège ? Avant tout les enfants de profs...

 

Par Marie Piquemal — 29 octobre 2015 à 16:50

 

Une étude statistique, portant sur 35 000 élèves, met notamment en évidence les liens entre origine sociale et apprentissage du latin.

Les amoureux des langues anciennes, en pointe dans la fronde contre la réforme du collège(1), vont partir au quart de tour en lisant cette nouvelle étude publiée par le ministère de l’Education.

La Depp (la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance) s’est penchée sur ces élèves qui choisissent l’option latin au collège et au lycée. L’étude, portant sur un panel de 35 000 gamins entrés en sixième en 2007, met notamment en évidence les liens entre origine sociale et apprentissage des langues anciennes.
Un enfant d’enseignant sur deux fait du latin

La Depp s’est intéressée au profil des 23% d’élèves choisissant l’option latin en cinquième. Si l’on s’en tient aux résultats scolaires, ce sont clairement les enfants ayant les meilleures notes qui font du latin. «Parmi les 10% des meilleurs élèves à la fin de la sixième, plus de la moitié étudient le latin en cinquième. A l’inverse, seuls 4% des élèves les plus faibles (ceux appartenant au premier décile) choisissent cette option», indique la Depp.

Deuxième focale utilisée par les chercheurs : l’origine sociale des enfants. Là encore, les statistiques sont parlantes : «L’étude du latin concerne 44% des enfants d’enseignants, 39% des enfants de cadres, mais seulement 20% des enfants d’employés et 15% des enfants d’ouvriers.» Pourquoi ? Il y a l’effet «niveau scolaire» (les enfants de milieux favorisés ayant statistiquement plus de chances d’avoir de bonnes notes). Mais pas seulement : «Même à résultats scolaires identiques, l’étude du latin est plus fréquente pour les catégories les plus aisées», précise l’étude.

 

Les latinistes réussissent mieux leur bac

Choisir le latin augmente également la probabilité de finir en filière scientifique. Environ 36% des élèves étudiant le latin en cinquième sont, cinq ans plus tard, en classe de terminale S. «Pour les non-latinistes, cette part n’est que de 13%, note l’étude. Là aussi, des disparités entre milieux sociaux existent : l’écart entre latinistes et non-latinistes est moins prononcé pour les enfants de milieux très favorisés que pour ceux des milieux défavorisés.»

Si on s’arrête sur les résultats, en 2014, des candidats au baccalauréat général des élèves n’ayant pas redoublé, il ressort que 63% des élèves ayant fait du latin jusqu’en terminale obtiennent une mention «Bien» ou «Très bien». «En plus d’être un marqueur de réussite, le latin en est-il aussi un vecteur ? L’étude du latin a-t-elle un effet sur la progression scolaire des élèves ?» questionne la Depp. Jouant la prudence dans sa réponse : «Toutes ces questions font l’objet de débats dans le système éducatif français depuis plus de quarante ans. Ces questions sont complexes et la présente note ne prétend pas y répondre. L’étude montre cependant de façon certaine que toute interprétation hâtive sur les effets du latin dans la réussite des élèves est erronée si elle ne prend pas en compte les profondes différences sociales et scolaires entre les élèves qui choisissent d’étudier le latin et ceux qui font le choix inverse.»

 

 (1) La colère contre la réforme du collège a démarré au printemps dernier sur l’enseignement du latin, jusqu’ici proposé de manière optionnelle dans la plupart (mais pas tous) les collèges. A la place, la réforme prévoit d’intégrer dès la rentrée 2016 un module «langues et culture de l’antiquité», dans le cadre des enseignements pratiques interdisciplinaires (EPI) mis en place pour tous les élèves. Latinistes et hellénistes ont alors tempêté, considérant que c’était la mort annoncée de leurs disciplines. Ils ont obtenu le retour d'«un enseignement de complément» que pourra instaurer le chef d’établissement dans son collège. Mais les amoureux des langues anciennes tempêtent toujours, considérant que cela ne suffit pas.

 

Marie Piquemal

A lire : l'analyse de l'étude de la DEPP par "Avenir latin grec".



Portrait de Loys
Loys a répondu au sujet : #839 il y a 1 an 8 mois

Qui fait du latin au collège ? Avant tout les enfants de profs...

Un "avant tout" bien ambigu (notamment avec les bienveillants points de suspension), puisqu'il laisse penser que la plus grande partie des latinistes sont enfants d'enseignants. Or ce n'est pas du tout ce que dit l'article de la DEPP ni ce que dit l'article ("L’étude du latin concerne 44% des enfants d’enseignants" devenant "Un enfant d’enseignant sur deux fait du latin"). En réalité, d'après les chiffres du MEN, un latiniste sur deux est issu des deux classes sociales les moins favorisées.

Rien ou presque, évidemment, dans l'article sur la mixité ou l'égalité des chances, notamment en éducation prioritaire.

On focalise dans le titre sur les seuls enseignants, en laissant entendre (avec les points de suspension lourds de mépris) que ce sont les seuls profiteurs de ce système d'options "réservées à quelques-uns" (Najat Vallaud-Belkacem).

(1) La colère contre la réforme du collège a démarré au printemps dernier sur l’enseignement du latin, jusqu’ici proposé de manière optionnelle dans la plupart (mais pas tous) les collèges. A la place, la réforme prévoit d’intégrer dès la rentrée 2016 un module «langues et culture de l’antiquité», dans le cadre des enseignements pratiques interdisciplinaires (EPI) mis en place pour tous les élèves.

C'est quoi, un "module" ? Aucun recul critique sur l'impossibilité d'un enseignement linguistique dans ce "module".

Et "pour tous", est-ce bien sûr ? avenirlatingrec.fr/analyses/485-l-epi-lc...serve-a-quelques-uns

Latinistes et hellénistes ont alors tempêté, considérant que c’était la mort annoncée de leurs disciplines.

Et que considère "Libé" ?
Portrait de Minerve
Minerve a répondu au sujet : #840 il y a 1 an 8 mois
Qui fait du latin au collège? Avant tout, des enfants dont les parents sont bien placés pour savoir quel intérêt intellectuel cela présente, et pour leur en parler. Mais pas uniquement! Et donc, il faudrait interdire à tous les autres d'en faire?
L'étude comporte des nuances et des observations sur l'intérêt du latin pour réussir son bac (y compris pour les classes défavorisées) qu'aucun gros titre ne reprend.
Une fois de plus, les langues anciennes font, depuis quelques jours, l'objet d'une attaque virulente. Représentons-nous donc une telle menace ? Mais à quel titre? Est-ce parce que nos élèves acquièrent - même s'ils ne sont pas les seuls, il est vrai qu'ils ont un avantage - une culture et un esprit critique qui pourraient déranger?
Doit-on interdire les sections "sport-études" parce que tous les élèves ne sont pas de futurs champions sportifs?
Portrait de Loys
Loys a répondu au sujet : #842 il y a 1 an 8 mois
Autre réponse de Pascale Fourier : avenirlatingrec.fr/actualite/sur-les-blo...-de-profs-c-est-faux

La moitié des latinistes sont des fils et filles d'employés, d'artisans, de commerçants, d'ouvriers ou de chômeurs.
Portrait de Loys
Loys a répondu au sujet : #846 il y a 1 an 8 mois
Pour citer un internaute sur ce sujet : "Si 80% des enfants de ministres font latin, est-ce que 80% des élèves qui font latin sont enfants de ministres ?"