14 octobre 2015

Tribune de Thierry Meignen, maire (LR) du Blanc-Mesnil : "Apprentissage du grec et du latin : un bien précieux pour les élèves de banlieue"

Apprentissage du grec et du latin : un bien précieux pour les élèves de banlieue

 

Au Blanc-Mesnil, dans cette ville au cœur de la Seine-Saint-Denis, tous les élèves de l'école primaire pourront, dès le deuxième trimestre de l'année scolaire, faire l'apprentissage des langues grecque et latine. Il s'agit pour nous de reconstruire, dans le temps périscolaire, ce que le gouvernement a voulu détruire dans l'éducation nationale par sa reforme du collège.

Cette ambition, nous l'avions affirmée dès l'année 2014 lorsque le conseil général de la Seine-Saint-Denis nous a laissé le choix du nom du nouveau collège du Blanc-Mesnil: nous avions alors proposé le nom de Jacqueline de Romilly, comme on propose un manifeste, comme on fixe une ambition. En proposant le nom de cette farouche défenseure de l'apprentissage des langues grecque et latine dans un collège d'une ville défavorisée de la Seine-Saint-Denis, nous voulions avant tout affirmer que l'enseignement du grec et du latin ne devait pas être réservé aux enfants du centre de Paris mais que nos enfants, aussi, y avaient droit.

Dans le même temps, le gouvernement fourbissait sa réforme du collège et préparait avec soin la mise à mort de l'apprentissage du grec et du latin, comme s'il fallait absolument que les langues anciennes mourussent une nouvelle fois. Cette mise à mort prenait par ailleurs une forme tout à fait pernicieuse, elle n'avait pas la franchise de la réforme initiée par Edgar Faure en 1968 qui avait simplement et ouvertement supprimé l'enseignement du latin en classe de sixième ; elle déguisait son méfait en diluant les langues anciennes dans les Enseignements Pratiques Interdisciplinaires (EPI) afin, finalement, de les diluer tellement qu'elles auraient perdu toute leur saveur.

Cet acharnement à l'égard des deux civilisations dont Paul Valéry affirmait qu'elles étaient au fondement de l'Europe nous paraissait d'abord incompréhensible avant de reconnaître, devant l'obstination du gouvernement, qu'une suspicion demeurait de la part des esprits égalitaristes devant ces langues jadis enseignées par les moines et dispensées aux fils d'aristocrates et de bourgeois.

Nous déplorons cette situation paradoxale où nos gouvernants sont persuadés que le drame de l'école réside dans son caractère élitiste alors même que nous dégringolons d'année en année dans les classements internationaux. Mais nous affirmons avec plus de force encore que l'apprentissage des langues anciennes revêt un caractère particulièrement salutaire dans les villes de Seine-Saint-Denis.

Au fond, c'est précisément parce que nous sommes convaincus que les enfants des banlieues défavorisées méritent l'éducation des princes et des princesses que nous avons déjà introduit dans le temps périscolaire l'apprentissage du jeu d'échecs ou l'initiation au golf et que nous introduisons aujourd'hui l'apprentissage du grec et du latin.

Nous sommes d'abord convaincus que les enfants du Blanc-Mesnil ont la même aspiration que tous les autres à faire l'apprentissage de ces langues apparemment ésotériques qui donnent l'impression tellement excitante d'entrer dans une société secrète et de rompre, pour un temps, avec un quotidien rivé sur un présent souvent difficile et parfois détestable.

Nous sommes convaincus aussi que l'apprentissage des langues anciennes permet un saut dans le passé, d'autant plus salvateur qu'en Seine-Saint-Denis on peut parcourir des kilomètres dans une architecture exclusivement contemporaine, sans aucun vestige ni aucune construction qui rappellerait à nos enfants qu'ils sont le produit d'un passé plus grand qu'eux et d'une histoire qui commence avant eux.

En supprimant l'apprentissage des langues anciennes, le gouvernement ne se rend pas compte de ce qu'il fait, il ignore ce qu'il nous fait perdre, il n'a pas conscience qu'il retire aux enfants les plus pauvres et les moins favorisés un bien précieux.

Le gouvernement qui, à raison, met tellement de zèle dans la préservation écologique de notre patrimoine naturel, se révèle bien prompt à liquider le patrimoine de toute une civilisation, et à retirer leur héritage à des enfants qui n'en ont finalement pas d'autre.

Au Blanc-Mesnil, nous avons décidé, avec nos moyens, d'entrer en résistance, non par conservatisme mais parce que nous avons la conviction de permettre à nos enfants de prendre en main leur avenir, eux pour qui l'école de la République est au fond la seule chance de réussite sociale.