9 octobre 2015

Natacha Polony dans "Le Figaro" : "Tuer latin et grec pour enterrer la France" (abonnés)

Extrait :

FIGAROVOX/CHRONIQUE - Les professeurs assistent, impuissants, à la raréfaction de l'enseignement des langues anciennes. Pourtant, aujourd'hui plus que jamais, il serait vital auprès des jeunes générations, estime Natacha Polony.

Ce samedi, des professeurs sont dans la rue. Certains sont vêtus de noir, comme pour un enterrement. Ils marchent pour oublier que, depuis des années, ils descendent les marches. Ils rejoignent les catacombes. Ils s'enfoncent dans les culs-de-basse-fosse de l'Histoire. Ils sont les perdants de l'évolution, les dernières scories d'un monde révolu. Et parmi eux, les professeurs de lettres classiques incarnent sans doute plus que les autres tout ce que détestent les modernes penseurs de l'école, ceux qui, depuis trente ans, ont imposé dans l'indifférence complaisante ou la complicité enthousiaste des politiques un changement de civilisation.

Alors, ils pleurent, ces professeurs. L'une d'entre eux, sur le forum Neoprofs, exprimait en un texte émouvant et terrible la tristesse, la colère, la honte de ces gens à qui l'on demande de préparer les enseignements interdisciplinaires qui signent la mort de leur discipline comme on demande à un condamné de creuser sa propre tombe. Et doivent-ils accepter, en se disant qu'ils pourront peut-être sauver quelques bribes, ou refuser, pour conserver leur dignité, mais en s'entendant dire par leur direction qu'il n'y aura donc pas de latin dans leur établissement l'an prochain?