15 septembre 2015

"Intellego" : "Education : Pressions académiques sur un enseignant critique envers la réforme du collège"

 

Education : Pressions académiques sur un enseignant critique envers la réforme du collège

Il a osé critiquer la réforme des collèges, et plus particulièrement le lissage opéré sur les langues anciennes. Qu’à cela ne tienne ! Romain Vignest, le président de l'Association des professeurs de lettres, en a subi les conséquences académiques. Inquiétant.

Peut-on jouir de sa liberté de penser en dehors des murs des écoles lorsqu’on est professeur de l’Education nationale ? C’est sans doute la question que de nombreux enseignants se poseront après avoir pris connaissance des représailles académiques infligées au Président de l’APL pour s’être opposé à la réforme des langues anciennes au collège.

Souvenez-vous. le 22 mars dernier, en pleine polémique sur la réforme du collège, l’APL publiait un appel au Président de la République pour le mettre en garde contre l’abandon – même partiel – de l’enseignement du latin et du grec : « Aujourd'hui plus que jamais, la fréquentation des ces langues est cruciale pour l'avenir de notre pays, écrivait alors Romain Vignest. Connaître le latin, c'est maîtriser la langue et la littérature françaises (…).Étudier le latin et le grec, c'est perpétuer la tradition d'une nation universaliste, plutôt construite qu'héritée (…).Diffuser l'enseignement du latin et du grec, c'est donner aux futurs citoyens les références nécessaires pour comprendre l'histoire artistique, philosophique, juridique, politique de notre pays comme des autres pays européens et méditerranéens. » Et de conclure : « Nous en appelons au président de la République, non seulement pour que cette réforme absurde soit abandonnée, mais pour qu'en outre des mesures d'ensemble soient prises de manière que le latin et le grec retrouvent dans notre école et pour tous les élèves de France la place éminente qui leur revient naturellement, « au sommet des études », disait Victor Hugo. »

Des pressions infondées

Cet appel, signé par de nombreuses personnalités telles Alain Juppé, Jean-Pierre Chevènement, Yves Bonnefoy, Régis Debray ou encore Jules Hoffmann, ne semble pas avoir été du goût de l’Education nationale si l’on en croit l’hebdomadaire Le Point. Le Président de l’APL est rappelé à l’ordre par le directeur académique des services de l’Education nationale en charge des collèges au rectorat de Paris le soir même de la publication de son texte. On lui reproche d’abord « La violence outrancière des propos qui sont tenus à l'égard d'une politique issue de la représentation nationale » et on s’interroge sur ses qualités pédagogiques : « Je suis inquiet pour les élèves que vous formez si vous vous situez dans le registre de l'outrance en usant de termes qui sont implicitement vecteurs de violence. » Dans une parfaite mauvaise foi, le directeur académique  poursuit ses reproches envers Romain Vignest, l’accusant de faillir à sa mission de neutralité imposée par le fonctionnariat de l’Etat en publiant son appel un jour d’élections départementales.

Comme le note Le Point, on ignorait jusqu’alors qu’un fonctionnaire n’était pas en droit de défendre les idées auxquelles il croyait en dehors de l’exercice de ses fonctions lorsqu’elles visaient son employeur : l’Etat. De toute évidence ce directeur académique s’est arrogé des droits inacceptables dans un pays où la critique est au cœur de notre culture. On espère simplement que ces accusations infondées de la direction académique de Paris envers Romain Vignest n’ont pas été dictées par le ministère de l’Education nationale lui-même.