31 août 2015

"Le Figaro" : "Collège: la dernière rentrée de l'excellence" (abonnés)

Extrait :

Sévèrement touchés par la réforme du collège qui entrera en application en 2016, professeurs de latin et d'allemand abordent cette rentrée à reculons et en colère.

Ils accomplissent ce matin leur dernière rentrée avant «l'Apocalypse», ironise l'un d'eux, avant «notre mort programmée à petit feu» renchérit l'autre. Comprenez la réforme du collège qui entrera en vigueur en septembre 2016, laquelle affaiblit l'apprentissage du latin et supprime une bonne partie des classes bilangues et européennes. Cette vingtaine de professeurs de lettres se sont réunis dans la salle d'un collège parisien à l'initiative de Robert Delord, jeune professeur de lettres classiques à Die (Drôme) et président de l'association pédagogique latiniste «Arrête ton char!».

Ses adhérents sont soit «résignés» soit «au bord de la dépression», explique-t-il, «vexés», «humiliés» par les propos tenus par la ministre à leur sujet.

 

Voir aussi : "Professeurs, parents et syndicats en ordre de bataille pour la rentrée". Extrait :

Sur un plan juridique, l'association de latinistes Arrête ton char dénonce un vice de forme. Pour Me Henri de Beauregard, qui a saisi le Conseil d'État en juin, le «comité technique ministériel» (CTM) aurait dû être consulté en mai avant la publication du décret validant la réforme. L'avocat qui avait réussi à faire plier le gouvernement l'an dernier sur les bourses au mérite espère renouveler son succès dans les mois qui viennent.

Nouveauté de cette rentrée, les associations de parents d'élèves Peep de Paris et du Rhône viennent, quant à elles, cette semaine, de se démarquer de leur fédération nationale en affirmant leur opposition à la réforme du collège. «Elle va créer une inégalité entre les établissements. Nous souhaitons que les mêmes choix soient offerts à tous, y compris en langues anciennes. On nous dit qu'on supprime les classes bilangues parce qu'elles sont élitistes, mais c'est faux. Des gamins issus de tous horizons sociaux s'y épanouissent. Nous faisons confiance aux professeurs qui critiquent fortement cette réforme, que ce soient les professeurs de mathématiques, de lettres, d'allemand», explique Armelle Malvoisin, la nouvelle présidente de la Peep parisienne. Cette dernière annonce des «actions coups de poing» chaque mois.

Défendre l'allemand et les langues anciennes

Les germanistes ne veulent pas voir mourir leurs classes bilangues. Aussi ont-ils multiplié les assemblées générales juste avant de partir en vacances: «Attention au risque d'anticipation de la réforme existant, d'après vous, dans certains établissements, précise-t-on à Rouen. Il serait pour l'allemand totalement contre-productif de ne pas recruter d'élèves bilangues pour la prochaine rentrée sous prétexte que ce dispositif serait condamné. Rien n'est joué. C'est le moment de résister et de recruter des élèves, pas celui de se soumettre et de disparaître.» L'association pour le développement de l'allemand en France (Adeaf) propose de porter tous tout au long de l'année un badge «Ich *cœur* my bilangue». «Nous maintiendrons ainsi notre mobilisation vivante et présente à l'esprit de tous, élèves, chefs d'établissement et parents», indique Laurence Caillarec, de Rouen.

La présidente de l'association, Thérèse Clerc, appelle à diffuser le plus largement possible des cartes postales illustrées par Plantu à envoyer à l'Élysée le 26 septembre (Journée européenne des langues) auprès des parents d'élèves, des comités de jumelage, des conseils municipaux des communes jumelées, en informant les médias locaux notamment là où bilangues et classes européennes seront supprimées. Des rassemblements seront aussi organisés ce jour-là.

La toute récente association Jeunes et contre, un collectif d'étudiants et de jeunes professionnels, est déterminée à faire entendre la voix des jeunes dans le débat sur la réforme du collège. Attachée aux langues anciennes, elle veut aussi se mobiliser. «La société civile doit se saisir de ces sujets, défiler dans la rue. Nous ne pouvons rester indifférents», insistent ses membres. «Nous ne pensons pas que votre réforme, dont l'objectif principal est d'approfondir l'égalité, puisse atteindre son objectif, sinon par le bas: en effet, l'ignorance pour tous est une manière de rétablir l'égalité», ont-ils écrit à Najat Vallaud-Belkacem.