31 août 2015

Dans "Télérama" : "Ecole : ma mixité va craquer"

Extrait :

C'est pourtant pour favoriser la réussite du plus grand nombre que dans le cadre de la réforme du collège (appliquée à la rentrée 2016) Najat Vallaud-Belkacem, la ministre de l'Education, a souhaité supprimer les sections bilangues, européennes, et les options latin et grec. Près de la moitié des collèges de France proposent l'une ou l'autre de ces « filières cachées », comme disent les chercheurs. « Ces classes porteuses de ségrégation sont particulièrement répandues parmi les écoles publiques ayant un établissement privé parmi leurs deux plus proches concurrents », souligne un rapport de l'Institut des politiques publiques sur la mixité en Ile-de-France. Alors que faire : conserver ces classes de niveau, une école à l'intérieur de l'école certes, mais qui a l'avantage de retenir les meilleurs éléments ? Ou jouer la carte de la mixité, avec le risque de provoquer un exode massif vers le privé ?

Le choix est d'autant plus cornélien qu'il est explosif. La suppression des options latin et grec, en particulier, échauffe furieusement les esprits, et bien au-delà des cercles conservateurs. Pourquoi diable, s'écrie-t-on, amputer la jeunesse de cette part de nous-même, de cet héritage antique qui fonde la langue française, notre identité européenne, et nous forme à l'exercice de la critique et à la relativité des moeurs ? La ministre a beau assurer que, avantage de sa réforme, les langues et les cultures de l'Antiquité seront désormais enseignées à tous les élèves, nombreux sont ceux qui n'y voient qu'un apprentissage au rabais.



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Loys a répondu au sujet : #725 il y a 2 ans 1 mois

Apprentissage au rabais ?

C'est pourtant pour favoriser la réussite du plus grand nombre que dans le cadre de la réforme du collège (appliquée à la rentrée 2016) Najat Vallaud-Belkacem, la ministre de l'Education, a souhaité supprimer les sections bilangues, européennes, et les options latin et grec.

Bel aveu !

Près de la moitié des collèges de France proposent l'une ou l'autre de ces « filières cachées », comme disent les chercheurs.

Ces chiffres sont totalement faux. Le latin n'a rien d'une "filière" : 81% des latinites ne sont pas regroupés dans une classe de latinistes, avec le grec ancien, le latin est proposé à tous les élèves dans 93% des établissements défavorisés. Il exige du travail supplémentaire et des heures de cours en plus : en quoi cette exigence est-elle cachée ?

« Ces classes porteuses de ségrégation sont particulièrement répandues parmi les écoles publiques ayant un établissement privé parmi leurs deux plus proches concurrents », souligne un rapport (3) de l'Institut des politiques publiques sur la mixité en Ile-de-France.

Parler de "classes" de latinistes, c'est déjà se tromper. Et elles sont "répandues" partout.

On note que le problème est bien la présence du privé : mais on en propose de traiter que la question des options...

Alors que faire : conserver ces classes de niveau...

Le CNESCO l'a dit lui-même : la ségrégation intra-établissement est "faible au collège". Parler de classes de niveaux et les associer de plus aux options de langues anciennes est une aberration.

... une école à l'intérieur de l'école certes, mais qui a l'avantage de retenir les meilleurs éléments ? Ou jouer la carte de la mixité, avec le risque de provoquer un exode massif vers le privé ?

Dans l'esprit de "Télérama", la mixité doit se régler sans tenir compte du privé... Au moins, il y a un peu de réalisme dans les conséquences envisagées.

Le choix est d'autant plus cornélien qu'il est explosif. La suppression des options latin et grec, en particulier, échauffe furieusement les esprits, et bien au-delà des cercles conservateurs. Pourquoi diable, s'écrie-t-on, amputer la jeunesse de cette part de nous-même, de cet héritage antique qui fonde la langue française, notre identité européenne, et nous forme à l'exercice de la critique et à la relativité des moeurs ? La ministre a beau assurer que, avantage de sa réforme, les langues et les cultures de l'Antiquité seront désormais enseignées à tous les élèves, nombreux sont ceux qui n'y voient qu'un apprentissage au rabais.

Mais non : un enseignement de "langues et cultures de l'antiquité" sur un mini-horaire, pendant une seule année, avec un projet pratique, sans langue et dispensé par n'importe que le professeur est une bonne nouvelle pour les langues anciennes !

Convaincre plutôt que de contraindre

Quoi qu'il en soit, il faut agir, et avec force, avertit un rapport (4) du Conseil national d'évaluation du système scolaire (Cnesco) publié en juin dernier. Dénonçant « un quasi-­immobilisme des politiques publiques sur la mixité sociale à l'école en France depuis quarante ans », il préconise en particulier : de réajuster la carte scolaire dans certains territoires, de former les enseignants aux classes hétérogènes, d'inciter le privé sous contrat à accueillir un public plus divers...

Incitons, incitons...

Le problème date de 1959 et de la loi Debré : la seule vraie ségrégation institutionnelel n'est pas les options de langues anciennes ou les classes de niveaux, mais un enseignement privé favorisant l'entre-soi scolaire et social : à lire "Mixité impossible"

Il assure par ailleurs : « une politique de mixité sociale ne fonctionne que si les parents y adhèrent ».

De fait, n'est-il pas vain de vouloir contraindre le choix de ceux qui vivent comme une injustice cette injonction de scolariser leurs enfants dans une école qu'ils jugent n'être « pas à la hauteur » ? Dubet et Duru-Bellat suggèrent de concentrer les efforts sur l'offre scolaire.

Voilà. Un beau renoncement sociologique : ne rouvrons pas la guerre scolaire !

Et "les efforts sur l'offre scolaire", c'est donc de la mutiler.