14 août 2015

Publication en ligne d'une entretien croisé de Michel Onfray et François-Xavier Bellamy daté du 25 mars 2015 dans "Le Figaro" : "Onfray-Bellamy : vivons-nous la fin de notre civilisation ?"

Extrait :

 

Regrettez-vous l'abandon du latin?

M. O. - Mon père était ouvrier agricole. Il a quitté l'école à 13 ans, pourtant il savait lire, écrire, compter et penser. Il était capable de faire une lettre sans faute et, quand bien même il n'aurait pas su orthographier quelque chose, il avait le culte du dictionnaire. Depuis, l'idéologie issue du structuralisme a dévasté l'enseignement. Elle considère que la langue est déjà là, avant même notre naissance, hors de l'histoire! Dans ces conditions, plus besoin de l'apprendre… La théorie du genre procède également du structuralisme négateur d'histoire et de réalité: pas de corps, pas de sexe, pas de biologie, pas d'hormones, pas de testostérone, mais de la langue et de l'archive. Nous ne serions que des constructions culturelles. C'est de cette idéologie datée mais active comme un déchet nucléaire dont il faudrait se débarrasser ; ensuite, on pourrait poser la question du grec et du latin. Mais l'affaire est déjà pliée…

 

F.-X. B. - Sur la question du latin, la gauche au pouvoir consacre une nouvelle fois le triomphe du marché: le latin n'est pas utile pour l'emploi et la croissance, supprimons-le. C'est la poursuite d'une logique qui consiste à penser que l'école a d'abord pour fonction de préparer le futur adulte à la vie économique. Cette logique achève en même temps de condamner un enseignement qui aurait pour but de transmettre les fondements de notre culture. Notre système scolaire est voué à la déconstruction plutôt qu'à l'apprentissage. Mais ceux qui organisent cette école de la négation - qui dénonce la langue comme sexiste, accuse la lecture d'élitisme, morcelle l'histoire, bannit la mémoire, condamne les notes et adule le numérique - ont oublié ce qu'ils en avaient eux-mêmes appris. Le propre de cette génération, c'est une immense ingratitude, qui se complaît à déconstruire la culture dont elle a pourtant reçu toute sa liberté…