12 juillet 2015

"Marianne" met en ligne cette tribune de l'historien Pierre Nora parue dans l'édition papier du 26 juin : "Avant le latin, défendons le français !"

Avant le latin, défendons le français !

Pierre Nora est historien, membre de l'Académie française.

 

 

 

Pour l'historien Pierre Nora, avant même de se "crisper sur la défense du latin" il faudrait déjà "défendre d'abord le français !" "Les discussions autour de la réforme du collège et des programmes, explique-t-il, ne sont que du vent tant qu'on n'aura pas pris à bras-le-corps le seul problème qui compte et détermine tout le reste : la lecture, la grammaire, le vocabulaire et l'orthographe, l'expression écrite et orale."

>>> Tribune parue dans Marianne daté du 26 juin

On s'est beaucoup crispé sur la défense du latin. Comme si, depuis plus d'un siècle, l'enseignement secondaire et même supérieur n'était pas qu'un long et progressif abandon du latin ! Comme si la culture de l'Antiquité ne pouvait être que d'ordre philosophique, et non pas historique et littéraire ! Comme si, au terme de centaines d'heures de thèmes et versions, on arrivait à lire dans le texte Virgile ou Tacite !

Qui dit latin dit grammaire. Or les enfants qui entrent au collège ne la connaissent pas, parce qu'on ne la leur apprend pas. Les heures de français ont brutalement chuté depuis les années 70-80, sans parler des méthodes d'apprentissage et de la pratique des textes. Un enfant qui ne dispose à l'entrée du collège que de 300 mots par rapport à son voisin qui en maîtrise 1 000 est condamné d'avance

On ne le dira jamais assez : un enfant qui ne dispose à l'entrée du collège que de 300 mots par rapport à son voisin qui en maîtrise 1 000 est condamné d'avance. Aucun avenir scolaire, ni intellectuel, ni social.

 

Les discussions autour de la réforme du collège et des programmes ne sont que du vent tant qu'on n'aura pas pris à bras-le-corps le seul problème qui compte et détermine tout le reste : la lecture, la grammaire, le vocabulaire et l'orthographe, l'expression écrite et orale. Et puis une approche des grands textes classiques qui n'aboutisse pas à ce qu'il faut bien nommer chez beaucoup d'adolescents et de bacheliers : la ferme résolution de ne plus lire un livre, la haine de la littérature. Défendons d'abord le français !