23 juin 2015

Jean-Marie Rouart dans "Le Figaro" : "Il faut changer cette réforme à l'esprit absurde".

 

Jean-Marie Rouart : «Il faut changer cette réforme à l'esprit absurde»

VIDÉO - Invité de Thomas Sotto sur Europe 1, l'Académicien est revenu sur l'opposition de l'Académie française face à la réforme du collège. Pour lui, elle n'a pas lieu d'être et aggrave un problème déjà existant: celui du primaire.

L'académicien Jean-Marie Rouart est venu défendre ce mardi sur Europe 1 la position de l'Académie française dont il est membre depuis le 18 décembre 1997.

Invité de Thomas Sotto, il a répondu aux interrogations nées suite au communiqué diffusé hier où «l'Académie française [...] fait part au Président de la République François Hollande de ses réserves sur les projets de réforme du collège et des programmes d'enseignement présentés par le gouvernement [et] considère que l'ensemble de ces projets n'est pas satisfaisant».

La position engagée de l'Académie sur un sujet politique et polémique paraît étonnante pour certains. Serait-ce déplacé de sa part de commenter des affaires concernant l'Éducation nationale? «L'Académie est très prudente. Il est très rare qu'elle s'engage. Aujourd'hui, la situation est grave. Cela touche à notre mission fondamentale qui nous a été confiée il y a 350 ans par Richelieu qui est la défense de la langue française et du savoir. [...] En dévalorisant les savoirs, on va énormément handicaper les élèves.»

Ce n'est pas la première réforme alors cette nouvelle prise de position de l'institution française prouve cette volonté de s'opposer au projet. Pour l'Académicien, la France vit depuis trop longtemps dans le mensonge. «On vit dans la dévaluation du savoir. Il y a un problème énorme qu'on ne veut pas régler: celui du primaire. C'est pourtant à cette période que l'enfant acquiert les fondamentaux.» Le problème de ce premier apprentissage déteint sur le collège, ainsi que sur les études supérieures.

Une réforme «imaginaire»

Jean-Marie Rouart prend alors l'exemple des résultats au baccalauréat: «En 1970, il y avait 70% des élèves reçus, aujourd'hui 91%. Les gens sont-ils devenus des génies? Je ne crois pas, je crois que le mensonge s'accroît. On arrive aujourd'hui à quelque chose d'invraisemblable. Les gens ne connaissent plus l'orthographe au Bac. On refuse même [de corriger] par peur de faire de la peine aux parents et aux élèves. C'est un mensonge, et je ne pense pas qu'une société puisse survivre en se mentant à elle-même et aux autres.»

Pour Jean-Marie Rouart, il faut tout changer à cette réforme qui doit s'appliquer à la rentrée prochaine car «elle a un esprit absurde. L'Académie n'est ni de droite, ni de gauche. Cette réforme est d'ailleurs largement critiquée par les professeurs et par la gauche.» Sans le latin et le grec, qui formeraient une élite selon certains socialistes, les gens ne se «comprendront plus et se sentiront étrangers dans leur propre pays».

Très dur envers le gouvernement, l'écrivain parle d'une «réforme imaginaire». Pour Jean-Marie Rouart, il faudrait commencer par s'en prendre à l'enseignement primaire, l'orthographe et à l'histoire. «On a un gouvernement qui nie Napoléon. Mettre des gens au Panthéon, c'est très bien. Mais il ne faudrait pas oublier de revenir aux fondamentaux: la langue française, le savoir, la littérature et l'histoire.»

Il souhaite à tout prix éviter que les Français deviennent étrangers aux fondamentaux de leur pays. Il conclut par une adresse aux dirigeants: «François Hollande et Najat Vallaud-Belkacem, comme pseudo-intellectuels, doivent revoir leur copie». L'Académie française ne se laissera donc pas faire.