22 juin 2015

"Le Figaro" : "L'Académie française contre la réforme de l'enseignement".

L'Académie française publie un communiqué qui détaille pourquoi elle s'oppose à la réforme de l'Education nationale: «Réduire la place des humanités, matrice de notre civilisation, mettre le latin et le grec sur un pied d'égalité avec les langues régionales, est un mauvais coup porté à la langue française.»

L'Académie française contre la réforme de l'enseignement

« Affaiblissement des disciplines fondamentales, mauvais coup porté à la langue française, développement des inégalités...» Dans un communiqué, les Immortels disent pourquoi ils s'opposent à la réforme de la ministre de l'Éducation nationale.

L'Académie française prend son temps, mais quand elle donne un avis, elle s'appuie sur des arguments solides et mûrement réfléchis. Dans un communiqué qu'elle vient de diffuser aujourd'hui, elle annonce de manière nette et à l'unanimité de ses membres son opposition à la réforme de l'enseignement. «L'Académie française, qui a fait part au Président de la République François Hollande de ses réserves sur les projets de réforme du collège et des programmes d'enseignement présentés par le gouvernement, considère que l'ensemble de ces projets n'est pas satisfaisant», est-il souligné en préambule. Ensuite, les Immortels mettent en avant trois arguments fondamentaux.

● «Un défaut de structure qui interdit la compréhension»

Premier argument: «La réforme d'ensemble concerne à la fois la réforme des programmes d'enseignement de la fin du primaire et du collège, qui sont encore en consultation, et la réforme du collège qui a fait l'objet d'un décret et d'un arrêté sans que les programmes enseignés soient définis. Il y a là un défaut de structure qui interdit la compréhension et dissimule la logique même des réformes proposées.»

● «Affaiblissement des disciplines fondamentales»

Deuxième argument: «L'Académie déplore que l'ensemble de la réforme repose sur deux principes implicites: l'affaiblissement des disciplines fondamentales et le bouleversement du calendrier d'acquisition «des connaissances et des compétences», c'est-à-dire leur remplacement au profit de thématiques interdisciplinaires.» Selon l'Académie: «Les projets posent en fait le principe d'un effacement des disciplines traditionnelles au profit de «thématiques interdisciplinaires», dont l'objet est le plus souvent ponctuel, dicté par l'actualité ou directement appelé par l'environnement immédiat des élèves.» Et d'ajouter que les «itinéraires pédagogiques» élaborés au sein de chaque établissement ne permettront pas de «lutter efficacement contre l'échec scolaire», et ne favoriseront pas «la réussite pour tous», but visé par la réforme. Bien au contraire, expliquent les académiciens, cette réforme «a toute chance de perpétuer voire de développer les inégalités».

● «Un mauvais coup porté à la langue française»

Troisième argument: «L'Académie insiste sur sa vive préoccupation concernant la place faite à la langue française dans les projets de réforme en cours. Elle considère qu'aucun redressement de notre système éducatif ne pourra être opéré si l'accent n'est pas mis sur l'apprentissage du français, dont la maîtrise et la compréhension sont la condition d'accès aux autres disciplines. Les difficultés rencontrées par un trop grand nombre d'élèves dès l'entrée au collège proviennent des lacunes constatées dans l'acquisition du socle des connaissances dispensées dans l'enseignement primaire: elles tiennent en particulier à une maîtrise insuffisante de la lecture et de l'expression écrite et orale.»

Ensuite, l'Académie française rappelle que «le patrimoine littéraire constitue un élément essentiel de l'enseignement de la langue française». «Elle regrette vivement la disparition quasi complète, dans le document - par ailleurs incompréhensible dans sa formulation - concernant la classe de 6e, de toute référence à des textes, des œuvres ou des courants littéraires, tandis que pour les autres classes du collège, seuls quelques genres sont mentionnés.»

«Réduire la place des humanités, matrice de notre civilisation, mettre le latin et le grec sur un pied d'égalité avec les langues régionales, dont l'enseignement relève d'une tout autre problématique et renvoie à d'autres finalités, est aussi un mauvais coup porté à la langue française. Apprendre le latin et le grec n'est pas consacrer à des langues «mortes» un temps qui serait mieux employé en étudiant une ou plusieurs langues «vivantes», c'est avant tout découvrir notre propre langue, dont la maîtrise ouvre l'accès à toutes les disciplines et à la culture en général.» (…) «Elle appelle ensuite à rendre à la maîtrise de la langue française la première place, et à favoriser cet apprentissage par un véritable enseignement des langues anciennes aussi largement que possible.»

● «Résister à la tentation de la facilité»

L'Académie a la certitude que le redressement du système scolaire, si impatiemment attendu par la Nation tout entière, devra, d'une part, s'inscrire dans la continuité de notre culture, faite d'enrichissements successifs et respectueuse de ses origines, et d'autre part, résister à la tentation de la facilité, qui n'a jamais eu d'autre résultat que l'aggravation des inégalités. L'exigence constitue le principe fondateur de l'école de la République ; elle doit le rester ou le redevenir.»

On l'aura compris, et c'est la conclusion: «Pour toutes ces raisons, l'Académie française estime nécessaire de reconsidérer les principes et les dispositions des réformes proposées.»