16 juin 2015

Sur "Causeur" : "Latin-grec, un enseignement “un peu académique”…"

Latin-grec, un enseignement “un peu académique”…

Les politiciens sont des mammifères assez proches des humains, bien que totalement dénués de sens moral. Ils sont bipèdes et dotés de mains préhensiles. Ils se nourrissent aux abords du Palais Bourbon, du Palais du Luxembourg et – à l’heure où les grands fauves vont boire – s’abreuvent aux alentours de l’Elysée. Ils ont en général des métiers et on peut les classifier en trois sous-ordres : les avocats, les hauts-fonctionnaires et les médecins. Jean-Marie Le Guen – Secrétaire d’État chargé des Relations avec le Parlement – fait partie de la troisième catégorie. A l’instar de Che Guevara, Bernard Kouchner et Dominique Voynet, il appartient à cette caste des politiques qui savent nommer tous les os de la main (il y en a 27 !), et de quelle manière on fait les bébés. C’est pour cette raison qu’il est intervenu sur la chaîne parlementaire (LCP) en fin de semaine dernière, afin de dire que le latin et le grec comptaient pour des prunes.

La réforme du collège prévoit la suppression des cours de latin, de grec et des classes bilingues. Exit Virgile, Aristophane et Goethe. Le but étant certainement de favoriser le grand flux moderne du rien, allant de Nabilla à TF1 en passant par Booba, Jean d’Ormesson et Conchita Wurst. Les gens de gauche au pouvoir faisant mine de ne pas comprendre que l’enseignement de la culture classique (dont on nous promet le maintien au travers d’un nébuleux module transdisciplinaire de « civilisation » antique, qui ne trompe absolument personne) est un rempart, un mur d’enceinte, un rideau de fer contre la bêtise. Le Ministre Jean-Marie Le Guen, fort de sa ressemblance scandaleuse avec le comique Bénureau, a vendu la mèche sur le plateau de Patrick Chêne l’autre jour. Le but est de procéder à « l’adaptation de notre école aux défis du XXIe siècle ». Il déroule en ces termes le ruban de son mépris : « Est-ce qu’il n’y a pas une polémique un peu académique ? Est-ce que l’on pense que les défis, pour la grande masse de nos jeunes… (un silence) Il ne s’agit pas simplement de s’intéresser à quelques futurs agrégés de lettres classiques, que je respecte beaucoup, et dont je reconnais l’importance dans notre culture, mais il s’agit de former 80% d’une classe d’âge (un silence) et j’allais dire 100% d’une jeunesse qui a besoin de trouver ses repères dans le monde, et des compétences professionnelles. C’est ça l’enjeu. C’est pas de défendre les Lettres classiques. » (Un silence) Pesant.

C’est dommage, les médecins de Molière, dans le déferlement furieux de leur charabia truffaient – eux – la logorrhée de mots latins. C’était plus délicatement fleuri… Outre que l’on ne comprend pas très bien l’ambition finale : adoucir la chair à canon et la rendre tout à fait employable, réduire les effectifs de profs ou ferrailler (avec un cran imbécile) contre ce que certains appellent la « culture » d’une élite – on est fasciné par l’échec prévisible de l’opération. Virgile, Homère, Cicéron, Aristophane, Platon, Guillaume Musso, Lucrèce, et Thucydide seront toujours présents dans la bibliothèque – et la conversation – de certaines familles. Ailleurs, le dernier recours sera toujours ces quelques satanées années d’école obligatoire.

Merci, Docteur Le Guen, pour la franchise de votre diagnostic. On attend maintenant une autre thérapeutique.