22 mai 2015

Sur le blog du médiateur et des lecteurs du "Monde" : "Education : la nostalgie élitiste"

 

Education : la nostalgie élitiste

Que se passe-t-il une fois de plus sous notre beau ciel de France ? Dans cette question de réforme du collège, l’enseignant retraité que je suis y perdrait volontiers son latin. Essayons de comprendre. D’un côté, le gouvernement et sa ministre Mme Najat Vallaud-Belkhacem. Qu’ont-ils fait de si répréhensible pour ameuter une bonne partie de la classe politique et la fine fleur de notre intelligentsia ? Tout simplement, ils ont voulu aller de l’avant en proposant de modifier sur quelques points seulement le système actuel dont l’échec patent est quasi unanimement reconnu. Et ils avancent sur la base d’un argument choc qui résume leur pensée et leur volonté d’agir : l’excellence pour tous. De l’autre côté, la grande majorité des syndicats d’enseignants, généralement classés à gauche et qui, soutenus pour une fois par les droites et les centres réunis (toujours à l’affût d’un bon coup à jouer au gouvernement), se déclarent fermement opposés au projet sous prétexte qu’il aboutirait à un nivellement par le bas.

L’excellence pour tous contre le nivellement pas le bas. Diantre, la différence n’est pas mince ! Et pour ajouter à mon trouble, voilà que s’en mêlent quelques-uns des ténors de la pensée, de ceux que j’appelle nos « seigneurs du savoir », grands professeurs, docteurs ès ceci ou ès cela, journalistes et juristes de renom, etc. Ceux-là, qu’ils me pardonnent d’aller droit au but, je les soupçonne de craindre plus que tout une réelle démocratisation des savoirs qui porterait atteinte à leur statut de privilégiés de la République ; une République devenue fortement inégalitaire, hélas, dans les conditions d’accès aux diverses grandes écoles et postes de responsabilité qu’il en résulte. Ils rejettent le projet au nom d’un nivellement par le haut qu’ils n’osent pas avouer ou même s’avouer. Passons !

Pour les autres, c’est un peu la même chose. C’est la nostalgie élitiste qui les pousse à tout critiquer pour ne rien avoir à changer. Tactique classique s’il en est ! Prenons nos défenseurs acharnés des humanités grecques et latines. Dieu soit loué, on apprend toujours à l’école l’histoire de cette brillante civilisation gréco-latine dont nous sommes directement issus. A ma connaissance, elle n’est pas supprimée dans la nouvelle organisation du collège. Mais faut-il aller plus loin et considérer l’apprentissage de ces langues mortes comme un enseignement majeur et absolument incontournable pour la structuration de la pensée moderne ? Apprendre les mille subtilités du latin ou du grec n’est certes pas un exercice facile et complètement inutile. J’en sais quelque chose. Mais cette gymnastique intellectuelle pourrait tout aussi bien s’appliquer à l’apprentissage d’autres langues, turques par exemple ou finno-ougriennes ou encore sino-tibétaines encore trop peu parlées par nos compatriotes. Leur compréhension nous ouvrirait à d’autres et brillantes civilisations, à d’autres cultures, à d’autres modes de vie. Et des civilisations contemporaines de la nôtre en plus ! L’un n’empêche pas l’autre me direz-vous. Eh bien si justement. C’est là que le bât blesse. On ne peut tout apprendre, tout connaître, tout embrasser. Dans ce monde ouvert où tout s’accélère, arrive un moment où il faut choisir. Et choisir, c’est exclure comme disait… qui au fait ? Mais le philosophe Bergson mon frère !

Jean Chaussade, Le Buisson-de-Cadouin (Dordogne)

 



Portrait de Loys
Loys a répondu au sujet : #650 il y a 2 ans 5 mois

L’excellence pour tous contre le nivellement pas le bas. Diantre, la différence n’est pas mince ! Et pour ajouter à mon trouble, voilà que s’en mêlent quelques-uns des ténors de la pensée, de ceux que j’appelle nos « seigneurs du savoir », grands professeurs, docteurs ès ceci ou ès cela, journalistes et juristes de renom, etc. Ceux-là, qu’ils me pardonnent d’aller droit au but, je les soupçonne de craindre plus que tout une réelle démocratisation des savoirs qui porterait atteinte à leur statut de privilégiés de la République ;

On se demande bien pourquoi...

une République devenue fortement inégalitaire, hélas, dans les conditions d’accès aux diverses grandes écoles et postes de responsabilité qu’il en résulte.

Notre lecteur ne s'interroge évidemment pas sur ce "est devenue"... Les symptômes sont si peu importants pour porter un diagnostic et proposer un remède.

Ils rejettent le projet au nom d’un nivellement par le haut qu’ils n’osent pas avouer ou même s’avouer. Passons !

L'EPI LCA, une vrai "nivellement par le haut" puisque sans langue ancienne ni histoire antique ! Notre lecteur a l'air de bien connaître la réforme...

Pour les autres, c’est un peu la même chose. C’est la nostalgie élitiste qui les pousse à tout critiquer pour ne rien avoir à changer. Tactique classique s’il en est !

Critiquer UNE réforme, c'est refuser TOUTE réforme bien sûr.

Prenons nos défenseurs acharnés des humanités grecques et latines.

Quelle idée saugrenue de défendre ce qu'on a la vocation à transmettre !

Dieu soit loué, on apprend toujours à l’école l’histoire de cette brillante civilisation gréco-latine dont nous sommes directement issus. A ma connaissance, elle n’est pas supprimée dans la nouvelle organisation du collège.

En cycle 3 mais pas en cycle 4, concerné par les EPI...

Mais faut-il aller plus loin et considérer l’apprentissage de ces langues mortes comme un enseignement majeur et absolument incontournable pour la structuration de la pensée moderne ?

Non, mais très utile.

Ah si seulement la "pensée moderne" pouvait être autonome et s'affranchir de ceux qui lui ont permis d'exister !

Apprendre les mille subtilités du latin ou du grec n’est certes pas un exercice facile et complètement inutile. J’en sais quelque chose.

Merci, monseigneur ! Visiblement ce qui a été utile pour notre lecteur au XXe siècle ne peut plus l'être pour un élève du XXIe siècle !

Mais cette gymnastique intellectuelle pourrait tout aussi bien s’appliquer à l’apprentissage d’autres langues, turques par exemple ou finno-ougriennes ou encore sino-tibétaines encore trop peu parlées par nos compatriotes.

Bel exemple de l'absurdité relativiste d'une certaine bien-pensance.

Les langues anciennes ne sont que des supports à une "gymnastique intellectuelle", remplaçables par n'importe quel autre support. Leur syntaxe ne permet pas de connaître notre syntaxe, leur vocabulaire, notre vocabulaire, la culture qu'elle véhicule, notre culture.

Leur compréhension nous ouvrirait à d’autres et brillantes civilisations, à d’autres cultures, à d’autres modes de vie. Et des civilisations contemporaines de la nôtre en plus !

Lesquelles ?

On le voit, tout se vaut : une langue-mère de langues parlées par des centaines de millions d'européens (pas seulement les langues romanes : l'anglais et l'allemand ont subi une forte influence du latin) et une famille de langues (hongrois, finnois...) parlées chacune par quelques millions de locuteurs.

Mais, au fait, pourquoi les langues sinno-ougriennes et pas le xiang ou l'algonquin ?

L’un n’empêche pas l’autre me direz-vous. Eh bien si justement. C’est là que le bât blesse. On ne peut tout apprendre, tout connaître, tout embrasser. Dans ce monde ouvert où tout s’accélère, arrive un moment où il faut choisir.

Précisément les langues anciennes permettent d'entrer dans des dizaines d'autres langues : c'est pourquoi les petits Finlandais apprennent le latin d'ailleurs.

Et choisir, c’est exclure comme disait… qui au fait ? Mais le philosophe Bergson mon frère !

Bergson, auteur d'une thèse en latin sur Aristote : quel "nostalgique élitiste" !
Portrait de Nemo2
Nemo2 a répondu au sujet : #653 il y a 2 ans 5 mois
Concernant M. Chaussade : quel dommage qu'un papier si bien écrit soit tellement "à côté de la plaque". Ce n'est pas être passéiste que de constater que "l’excellence pour tous" n'est qu'un slogan comportant ne contradiction dans les termes, dont le caractère opérationnel est douteux avec des horaires diminués et toutes les difficultés d'articulation entre les disciplines (reconnues ou non) et des EPI qui ne sont pas annuels. Bon courage aux chefs d'établissement pour organiser des emplois du temps à peu près réguliers, compatibles avec les disponibilités de salles et les jours de présence des professeurs !
Sur la circulaire, commet éviter de constater qu'elle crée ou recadre des institutions (ce qui me paraît juridiquement contestable) et pourvoit à une nouvelle réunionite préjudiciable au temps consacré au suivi individuel des élèves en difficulté scolaire ou "à problème" ainsi qu'au temps consacré au dialogue avec les parents. Les professeurs, comme les élèves, auront des emplois du temps à géométrie variable et il leur faudra quand même trouver du temps pour ces activités non pré-définies qui leur en prend parfois beaucoup....