1er juin 2015

Marie Duru-Bellat dans "Télérama" : "Le collège : un chantier prometteur"

Extraits :

En même temps, le collège en France a-t-il un jour été vraiment unique ?

La France est dans une situation intermédiaire entre les vraies écoles uniques, celles des pays nordiques, et les systèmes à filières séparées, qui subsistent essentiellement en Allemagne. On est entre les deux. Les collèges français ont du mal à gérer l'hétérogénéité des élèves, donc ils regroupent les bons par le biais des options, celles des langues classiques et modernes, puisque les classes de niveau sont interdites.

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Pour une fois, on va donner plus à ceux qui ont moins ! C'est important, parce qu'on sait bien que, non seulement les élèves sont inégaux en termes d'acquis, mais que davantage d'argent public, selon la Cour des comptes, va aux écoles fréquentées par les élèves favorisés ! Alors quand on entend des intellectuels invoquer « l'école de la République », regardons-la de près, cette école qui a toujours donné plus à ceux qui ont le plus. Cessons de toujours mettre en avant la question des bilangues, des élèves de latin et grec, de ne s'intéresser qu'aux meilleurs élèves. Que fait-on des 20 % qui n'y arrivent pas ? Personne ne défend leur point de vue. Ceux qui parlent sur l'école sont d'anciens bons élèves, ils défendent les leurs. Mais que promet la République à un gamin qui n'a pas eu la chance de naître dans un milieu instruit ?

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La rupture entre le primaire et le collège est très marquée dans notre pays. Faire travailler ensemble des enseignants de disciplines différentes peut permettre aux enfants de sixième de retrouver un peu l'esprit de l'école élémentaire, où le savoir est moins abstrait, moins découpé. Certains enseignants ont des réactions très aristocratiques lorsqu'ils disent que hors de la discipline on n'apprend rien. C'est absurde. Najat Vallaud-Belkacem prend l'exemple d'une maquette d'une cité romaine qu'une classe ferait avec les profs de technologie, d'histoire, de latin. Ce n'est pas parce qu'il n'est pas dans un cours « professé » que l'élève n'apprend rien. On apprend aussi en « faisant ».

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L'essentiel, c'est l'initiation du plus grand nombre aux cultures de l'Antiquité. Najat Vallaud-Belkacem a eu raison de réintroduire la possibilité d'un enseignement complémentaire de latin. Mais, dans un monde ouvert, peut-être est-ce aussi important d'être initié à des cultures d'autres continents. Il est normal de réévaluer régulièrement la culture qu'on enseigne aux élèves.