28 mai 2015

"La Voix du Nord" : "Ostricourt: un prof s’affiche sur le Bon Coin pour protester contre la réforme du collège"

Ostricourt: un prof s’affiche sur le Bon Coin pour protester contre la réforme du collège

Un professeur de latin et de grec du lycée Henri-Matisse d’Ostricourt a passé une annonce sur le Bon Coin. Objectif : marquer, avec humour, son opposition à certains aspects de la réforme de Najat Vallaud-Belkacem.

Samuel Tursin, 31 ans, est un jeune prof de langues anciennes bien dans son époque. Loin de l’image surannée du prof de latin faisant ânonner « Rosa, rosa, rosam » à sa classe, cet enseignant du collège d’Ostricourt a choisi internet et l’humour pour médiatiser son propos : une annonce sur le site Le Bon Coin (rapidement supprimée…).

 

Un de ses collègues, membre comme lui du collectif Arrête ton char , a eu l’idée de poster, depuis la Drôme où il réside, une offre originale (elle aussi vite disparue des écrans) : « Prof de latin et grec ancien à recycler ». Il poussait même la dérision jusqu’à se déguiser en gladiateur.

 

Oui à… une autre réforme

 

Le Nordiste, lui, est plus soft, avec une photo de la vieille Bourse de Lille. Il lançait, lundi, un appel… aux dons d’heures d’enseignement ! « Enseignant de lettres classiques recherche pour ses élèves heures d’enseignement toutes disciplines confondues pour assurer l’EPI langues et cultures de l’Antiquité à la rentrée 2016 », indiquait le texte de Samuel Tursin. Pour rappel, EPI est un sigle du projet de réforme du collège et désigne « les enseignements pratiques interdisciplinaires », ces heures qui s’ajoutent aux 22 heures de cours de disciplinaires obligatoires.

 

Le professeur s’adressait aux enseignants de ces disciplines (EPS, français, histoire-géo, langues vivantes, maths, SVT, etc.) pour leur demander de bien vouloir lui céder des heures de cours. « Unités de 50 minutes souhaitées, dons à la seconde acceptées », poursuivait celui qui enseigne à Henri-Matisse depuis quatre ans, sans être syndiqué.

 

« Je pense qu’il faut une réforme du collège, tient à préciser le prof de français, latin et grec ancien. Mais je suis, comme beaucoup de collègues, opposé à cette réforme. Elle est pleine d’incohérences et d’hypocrisie ! Dans la réforme telle qu’elle nous est proposée à ce jour, les langues et cultures de l’Antiquité (latin et grec ancien) ne sont plus des disciplines en tant que telles, avec des heures spécifiquement allouées. Or, les EPI seront mis en place grâce à des heures prises sur les enseignements. »

 

« Il faudra donc, explique le Seclinois, que les collègues de ces matières acceptent de retirer une demi-heure à l’un, une demi-heure à l’autre… » On imagine le souk !

 

« Nous sommes scandalisés, poursuit Samuel Tursin, par la tentative de passage en force d’une brutalité déconcertante et par le double discours manifeste, qui compromet la confiance que nous devrions avoir dans notre ministre. Car le ministère supprime des disciplines, tout en prétendant favoriser l’accès des élèves à ces enseignements ! »

 

« Mépris »

 

Le jeune prof, qui est aussi co-président de l’APLAAL, une association régionale de promotion des langues anciennes, parle de « mépris, de méconnaissance, de non-reconnaissance ».

 

L’enseignant en colère est convaincu que ses collègues resteront, comme lui, mobilisés jusqu’à obtenir l’abrogation du récent décret mettant en place cette réforme.

 

« Il faut se remettre autour de la table pour travailler ensemble, repenser l’organisation. »