17 mai 2015

Irène Inchauspé dans "Les Echos" : "L'annus horribilis des professeurs de latin"

 

L'annus horribilis des professeurs de latin

Les professeurs de langues anciennes sont toujours vent debout contre la réforme, malgré les aménagements apportés par la ministre. Ils seront mobilisés le 19 mai.

Les professeurs de langues anciennes ne décolèrent pas. La décision de Najat Vallaud Belkacem d'appeler Michel Zink au chevet du futur « Enseignement pratique interdisciplinaire» (EPI) intitulé « Langues et cultures de l’Antiquité » ne les a pas calmés. Les compétences du secrétaire général de l'Académie des inscriptions et belles-lettres ne sont pas remises en cause. « C'est sans aucun doute un médiéviste très réputé, juge Robert Delord, président de l'association « Arrête ton char », qui regroupe les professeurs de latin et de grec opposés à la réforme. Mais il est à mille lieues de l'enseignement secondaire. Faire appel à lui, c'est comme utiliser une Ferrari pour tondre la pelouse.» Une simple caution qui ne changerait rien au fond du sujet.

Dans le projet de réforme du collège, c'est le conseil d'administration de l'établissement, sur proposition du conseil pédagogique, qui déterminera les thématiques des huit EPI qui seront traités dans les classes de 5e, 4e et 3e. Mais chaque collège pourra au final n'en retenir que six. « Rien n’assure donc que l’EPI Langues Anciennes soit réellement mis en place dans chaque collège. Cela dépendra uniquement de la bonne volonté et des choix de chaque chef d’établissement. Tout cela conduira à des inégalités entre établissements du public comme du privé sur tout le territoire » fustige Robert Delord. Le projet prévoit tout de même des enseignements complémentaires pour ceux qui veulent approfondir l'apprentissage des langues anciennes, soit une heure hebdomadaire au lieu de deux aujourd’hui en 5e et deux heures au lieu de trois en 4e et 3e. Au total, EPI plus enseignements complémentaires, le ministère affirme que ces élèves auront donc le même nombre d'heures que ceux qui suivent aujourd'hui les options latin ou grec.

« Sauf que dans les collèges où l'EPI Langues et cultures de l'Antiquité n'a pas été choisi, il n'y aura pas non plus d'enseignements complémentaires », affirme Robert Delord. On voit mal toutefois pourquoi les collèges qui cherchent tous à attirer les bons élèves décideraient de renoncer ainsi au grec et au latin, parés de toutes les vertus. « Depuis deux mois, nous demandons un rendez-vous à la ministre, qui n'a même pas accusé réception, s'indigne Robert Delord. En revanche, depuis quinze jours, on ne voit qu'elle dans les médias et j'ai peur que cela ait eu un impact, que les professeurs se mobilisent moins.» Lui consacrera la matinée de mardi à ses élèves de terminale qui présentent l'option latin au bac.