20 mai 2015

Sur "FranceTVInfo" : "Réforme du collège : comment enseigne-t-on le latin dans d'autres pays d'Europe ?"

 

Réforme du collège : comment enseigne-t-on le latin dans d'autres pays d'Europe ?

Retour sur trois exemples européens qui illustrent le relatif déclin du latin et du grec.

Le latin et le grec sont-ils en danger ? Non, assure le gouvernement, qui a pourtant décidé de supprimer leur enseignement dans leur forme actuelle, pour les fondre dans des cours interdisciplinaires. Face à la fronde des enseignants de lettres anciennes, un "enseignement complémentaire" facultatif est malgré tout envisagé.

En France, près de 430 000 collégiens suivaient une option latin en 2013. Un chiffre en baisse de près de 16% en quinze ans, qui rappelle le déclin statistique également observé dans la plupart des pays européens.

Allemagne : possible de l'apprendre en deuxième langue

Quel enseignement ? Le système allemand est très différent du système français. Outre-Rhin, il n'y a pas de collège unique, mais plusieurs filières : Gymnasium (général), Realschule (professionnel), Hauptschule (vers l'apprentissage) et Gesamtschule (avec tous les cursus).

Comme l'explique sur son blog le sociologue Philippe Cibois, il est possible de choisir le latin en deuxième langue après les deux premières années du Gymnasium, vers l'âge de 12-13 ans, pour une durée de quatre ans. Les collégiens allemands bénéficient de quatre cours par semaine d'une durée de quarante-cinq minutes. Le latin peut aussi être choisi deux ans plus tard, en troisième langue. Son enseignement reste rare dans les autres filières.

Quelle tendance ? Le latin est la troisième langue enseignée dans le pays, juste derrière l'anglais et le français. En raison de l'apprentissage précoce de l'anglais, le nombre d'élèves latinistes a d'ailleurs fait un bond de 30% au début des années 2000 (en allemand) : "Untote Sprache (langue non morte)", s'enthousiasme alors Der Spiegel. En 2014, 709 400 élèves suivent ainsi des cours de latin (proportionnellement au 90 000 de plus qu'en 2003).

Cette tendance pourrait toutefois repartir à la baisse. Jusqu'à présent, l'accès à certaines formations universitaires nécessitait la réussite d'un examen de latin ou de grec. Or, ce prérequis disparaît de plus en plus au fil des ans, et pourrait entraîner une désaffection chez les élèves. "Il est bien difficile d'imaginer une future reprise", souligne l'universitaire Gherardo Ugolini dans une étude sur l'enseignement du latin en Allemagne (en italien). Et que dire du grec ancien, et de ses 14 000 élèves ?

Royaume-Uni : plus facile de l'étudier dans le privé

Quel enseignement ? Outre-Manche, l'apprentissage des langues anciennes est optionnel. Le cas échéant, un test est prévu dès le General Certificate of Secondary Education – l'équivalent britannique du brevet des collèges. Une épreuve est proposée aux élèves du niveau AS (équivalent de la première) et de niveau A (équivalent de la classe de terminale). Les établissements proposent généralement une heure toutes les deux semaines, comme l'indique cet exemple (en anglais).

Quelle tendance ? Depuis les années 1980, les établissements britanniques ont introduit de nombreuses langues vivantes à leurs programmes, au détriment des langues anciennes. Résultat, seuls 19% des établissements publics du secondaire proposent aujourd'hui d'étudier Cicéron en version originale, selon un rapport du British Council (en anglais). "Beaucoup d’établissements publics ont aujourd’hui renoncé à offrir à leurs élèves l’opportunité d’étudier le latin (...). Pour beaucoup, le latin est devenu un luxe coûteux", regrette le projet européen CIRCE.

Italie : obligatoire dans plusieurs filières au lycée

Quel enseignement ? Une option de latin est parfois proposée pendant les trois années du premier cycle – l'équivalent du collège –, mais elle n'a rien d'obligatoire. "On ne peut pas accuser les Italiens de brader leur patrimoine culturel, observe le sociologue Philippe Cibois, joint par francetv info. Et pourtant, il n'y a plus d'option latin obligatoire au collège depuis 1979 !" L'enseignement se joue surtout ensuite, puisque le latin est obligatoire dans quatre des six filières proposées au second cycle. Son enseignement peut alors durer jusqu'à cinq ans.

A la différence de la France, les scientifiques aussi ont l'obligation d'étudier le latin, à raison de trois heures par semaine, contre cinq pour la filière d'études classiques. Cette dernière est la seule qui impose aussi le grec ancien.

Quelle tendance ? La filière d'études classiques perd du terrain, victime des filières scientifiques. Seuls 6% des étudiants l'ont choisie en 2013, contre 10% en 2008-2009, selon l'Istat, citée par La Repubblica (en italien). Dans le pays, des pétitions fleurissent régulièrement pour la défense des langues anciennes. La question est évidemment sensible dans le berceau de l'antiquité romaine.



Portrait de Minerve
Minerve a répondu au sujet : #552 il y a 2 ans 3 mois
Ce n'est pas une option obligatoire? Certes, mais le latin est tout de même enseigné. Autrement dit, dans l'équivalent du collège, c'est une option facultative, comme en France jusqu'à aujourd'hui; au lycée, l'étude du latin, voire du grec, est obligatoire dans quatre filières sur six, avec un horaire qui, pour la filière d'études classiques, est presque le double du nôtre. Qui plus est, le lycée dure cinq ans : donc un lycéen de filière littéraire aura fait 25h hebdomadaires de latin, un scientifique "seulement" 15 heures, auxquelles s'ajoutent les heures éventuelles du premier cycle. Philippe Cibois a raison, "on ne peut pas accuser les Italiens de brader leur patrimoine culturel", ils étudient beaucoup plus le latin que nous!
Et avec un bagage "classique" important pour tous, le choix de la section scientifique n'implique nullement un renoncement aux humanités.
Quant à l'Angleterre, regarder les chiffres antérieurs à la réforme de 2010 est peu significatif.