20 mai 2015

Dans "Le Point" : "Didier Raoult : de quoi meurent les républiques"

 

Didier Raoult : de quoi meurent les républiques

Le débat sur le latin et le grec au collège va plus loin que le simple apprentissage des langues anciennes. Il en va de la connaissance de la démocratie.

Le débat sur l’apprentissage des lettres classiques dépasse de loin le problème de l’usage des langues anciennes. Il apporte la connaissance des origines du système politique des pays d’Europe et d’Amérique, qui ont réinventé la démocratie et la République à partir de leurs modèles grecs et romains. Les Grecs nous ont enseigné la démocratie à Athènes, où les représentants du peuple étaient tirés au sort. Les dérives en furent telles que les philosophes du siècle de Périclès - dont Platon, dans La République - firent une apologie de la tyrannie et du gouvernement des sages ! Tous les "ennemis" étaient exilés (ostracisés), voire mis à mort (comme Socrate). La démocratie athénienne fut écrasée par l’oligarchie de Sparte, puis la Grèce conquise par les rois de Macédoine.

Rome nous a appris la République. La sienne durera cinq siècles, et Tite Live décrit la vie de la cité romaine comme un combat permanent entre le peuple, qui, à force de lutter, obtient d’être représenté par des tribuns, dont Le Pen est un bon exemple, et le Sénat, où se trouvaient les hommes de famille ancienne, dont De Gaulle, Giscard, Chirac et Mitterrand sont des exemples. Il y eut des généraux exilés (Coriolan).

En 493 avant Jésus-Christ, la grève de la guerre par le peuple a permis la création des tribuns de la plèbe. Les tentatives révolutionnaires de redistribution des terres par les Gracques ont fini dans le sang (les deux frères furent assassinés). Le temps passant, certains "nobles" romains (les patriciens : pères de la patrie) s’appuyèrent sur la plèbe, dans le parti des "populares" (les populistes de notre époque), et des "hommes nouveaux" pour prendre le pouvoir.

Le danger du populisme

Le premier à être très dangereux fut Catilina. Empêché d’être élu du fait de malversations financières, il tenta de renverser la République, ce qui nous est détaillé par Salluste (La Conjuration de Catilina), et par Cicéron qui, dans un discours célèbre (le premier des catilinaires), lui dit : "Jusqu'à quand Catilina abuseras-tu de notre patience ?" (quousque tandem Catilina). Question devenue une locution proverbiale. Catilina déclencha la guerre, et le paya de sa vie ; mais ce qu’il avait lancé aboutit à la pire des guerres civiles et à la fin de la République.

La guerre se poursuivit entre César et Pompée, puis Auguste et Caton, et, enfin, Auguste et Antoine. L’histoire romaine doit nous apprendre à nous méfier du populisme, qui en dressant une partie de la population contre l’autre mène à la guerre civile, comme on l’a vu pour le nazisme ou le fascisme, qui sont issus du mariage de la démocratie et du populisme !

La remise à l’honneur de la République - tout le monde se réclamant républicain - devrait retrouver dans ces sources la clé de sa réussite : la recherche d’un équilibre permanent sans ostracisme.

* Le professeur Didier Raoult est spécialiste des maladies infectieuses tropicales émergentes à la faculté de médecine de Marseille.