18 mai 2015

Alain Morvan, ancien recteur, dans "La Tribune" : "Cette réforme ne sauvera pas le collège"

Extrait :

L'enseignement est un ensemble complexe, fragile, où le sort des structures ne peut être dissocié de celui des disciplines. L'Enseignement Pratique Interdisciplinaire, cet EPI déjà tristement célèbre, procède d'une intention louable, mais qui se fracasse sur la réalité des faits et des horaires. Pour les mettre sur pied, il faut rogner sur les disciplines. Et c'est ainsi que la langue latine, dont il est permis d'espérer qu'on puisse la défendre sans passer pour un fossile culturel, est sacrifiée. Une heure en classe de 5ème ! Autant dire rien. Écoutons ceux qui enseignent les langues anciennes et faisons-leur la grâce de croire qu'ils ne plaident pas pour des intérêts particuliers.

Une lourde faute contre l'esprit

Quel EPI sur l'antiquité, si astucieusement conçu soit-il, va en effet permettre ce contact d'abord rugueux, mais richement dépaysant et directement ouvert sur un exotisme et un mystère que les jeunes affectionnent presque tous, qu'est le premier contact d'une langue qu'on doit s'approprier ? Ne tuons pas le Champollion amateur qui sommeille chez bien des collégiens ! D'autant qu'il a ainsi la chance de cultiver son esprit d'analyse et de toucher du doigt ces invariants, ces universaux qui structurent nos civilisations. Rayer tout cela d'un trait de plume est une lourde faute contre l'esprit. Le résultat sera nécessairement un acquis culturel encore amputé, alors que tant de censeurs nous reprochent de former des élèves qui ne savent rien. Et relisons Klemperer, pour comprendre comment le rétrécissement de la conscience linguistique soutient le rétrécissement de la conscience tout court.