17 mars 2015

Augustin d'Humières dans "Le Figaro" (abonnés) : "Réforme du collège : le coup de grâce aux langues anciennes".

Réforme du collège : le coup de grâce aux langues anciennes

    Par Augustin d'Humières

Le reproche d'élitisme adressé au latin et au grec n'a aucun sens, plaide le professeur de lettres classiques.

Augustin d'Humières est professeur de lettres classiques. Il est l'auteur de «Homère et Shakespeare en banlieue» aux éditions Grasset. Il a également fondé l'association Mêtis pour mettre en place un réseau de solidarité entre anciens élèves, écoliers, collégiens et lycéens des établissements de grande banlieue.

 

Reconnaissons un mérite à la réforme du collège annoncée par Najat Vallaud-Belkacem, celui d'une cohérence certaine avec celles de ses prédécesseurs, dans ce qui semble devoir constituer aujourd'hui l'unique ambition du système éducatif français: construire une école au service des enfants les plus privilégiés, culturellement et économiquement, au détriment des autres, ou, pour le formuler de façon plus lapidaire: couler le pauvre. Le pauvre, ce n'est pas seulement le fils d'ouvrier ou le jeune de banlieue, c'est celui qui n'a que l'école, qui n'a pas d'autre choix que de faire confiance à l'école, qui n'a personne autour de lui pour le protéger d'un système scolaire inégalitaire, inefficace et dangereux.

C'est cette ambition que l'on retrouve déclinée dans cette nouvelle réforme des collèges, à travers quelques idées fortes dont l'efficacité n'est plus à démontrer: multiplier les matières, et le plus tôt possible. Cette fois-ci, c'est au tour de l'élève de 5e: sorti du primaire avec une maîtrise approximative de la langue française, ânonnant quelques mots d'anglais, il se voit maintenant sommé de se lancer dans l'apprentissage d'une deuxième langue vivante.

Laisser le choix à l'élève, il est libre de se noyer: étrange définition de la liberté que de confronter un enfant à des choix de matières et de filières, sans qu'il ait le moindre élément en main pour éclairer son choix, sauf à avoir un entourage qui balaiera d'un revers de main l'accessoire pour l'engager vers l'indispensable. Lutter contre l'ennui, tout faire pour que l'élève ne se rende pas compte qu'il est en train de se noyer: des émissions de radio, des blogs, multiplier les sorties pendant les heures de cours. Il se rendra compte de l'imposture plus tard, mais cela n'est plus l'affaire de l'école.

Dernier élément capital du dispositif: veiller à ce qu'il n'y ait aucune bouée de sauvetage à proximité. La bouée de sauvetage, ce peut être un chef d'établissement ou un professeur, qui décide au détriment de sa carrière et de son confort, de faire fi du cadre imposé, de ne prendre en compte que la réalité des difficultés des élèves qu'il a sous les yeux. C'est une denrée qui se fait rare: en ce sens, les concours de recrutement de l'Éducation nationale remplissent bien leur office. Mais il existe aussi des matières de sauvetage. L'une d'entre elles fait l'objet des soins généreux du ministère: les langues anciennes.

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