12 mai 2015

"Les Echos" : "Le sort réservé à l'enseignement du latin reste un point de blocage fort"

 

Le sort réservé à l'enseignement du latin reste un point de blocage fort

Manuel Valls a assuré lundi que le projet du gouvernement « ne remet pas en cause l'enseignement du latin et du grec » . Mais des incertitudes demeurent. Najat Vallaud-Belkacem a beau répéter à longueur d'interviews que latin et grec ne disparaîtront pas, le message ne passe pas auprès des associations de défense des langues anciennes. Manuel Valls a soutenu la ministre de l'Education, lundi, assurant que la réforme du collège « ne remet pas en cause l'enseignement du latin et du grec ». La polémique actuelle fait suite à beaucoup d'autres depuis la présidence de Georges Pompidou dans les années 1970, rappelle l'historien Claude Lelièvre.

La pétition des associations de défense des langues anciennes a déjà recueilli plus de 42.000 signatures. L'une des associations, la Cnarela, qui regroupe des enseignants de langues anciennes de Toulouse, a qualifié vendredi les propos de Najat Vallaud-Belkacem de « mensonges ». « Le latin et le grec, devenus des enseignements ludiques à éclipse, sont massacrés, éradiqués comme discipline à part entière », affirme l'association. Elle liste, parmi ses soutiens, Marc Fumaroli, Pierre Nora, Régis Debray, Alain Finkielkraut, François Bayrou ou encore Jack Lang.

L'EPI langues de l'Antiquité

« Les langues anciennes sont désormais l'un des choix offerts dans les enseignements pratiques interdisciplinaires (EPI), obligatoires pour tous les élèves, alors qu'aujourd'hui l'option latin ne concerne que 19 % des élèves, argue le ministère de l'Education nationale. Et un enseignement dédié à la langue latine et à la langue grecque continue à être proposé en complément aux élèves qui le souhaitent. » Les EPI se feront au bon vouloir des établissements et donc il n'y en aura « certainement pas partout », et « généralement pas dans les banlieues », répliquent ceux qui sont hostiles à la réforme, assurant qu'il faudra choisir entre fromage ou dessert. Selon eux, les collèges difficiles donneront la priorité au travail en petits groupes plutôt qu'aux langues anciennes.

« Non ! rétorque Claire Krepper, du SE-Unsa. La réforme offre trois heures par semaine et par classe à distribuer, soit 48 heures pour un collège moyen de 16 classes. Ces heures permettront de faire les 5 heures d'enseignement de complément en latin, et aussi le travail en petits groupes. C'est du jamais-vu ! »

Aujourd'hui, 2,8 millions d'élèves suivent l'option latin au collège, soit 19 % des élèves de classe de cinquième. Parmi eux, selon le ministère, 31 % sont issus de catégories socioprofessionnelles très favorisées, et 12 % de catégories défavorisées. Les élèves qui prennent l'option latin en font 2 heures en cinquième, 3 heures en quatrième et 3 heures en troisième. Le grec, enseigné seulement en troisième (3 heures), concerne 2 % des élèves.

A partir de 2016, ceux qui le souhaitent pourront suivre l'EPI langues de l'Antiquité, avec au moins une heure par semaine. Cet EPI pourra être suivi sans interruption de la cinquième à la troisième. Auquel les élèves pourront ajouter un enseignement de complément d'une heure en cinquième, de 2 heures en quatrième et de 2 heures en troisième. « Soit le même nombre d'heures qu'aujourd'hui », plaide le ministère.

M-C. C., Les Echos